Gestes barrières : ces trucs qui nous manquent (ou pas)

covid

Qui dit Covid dit mesures sanitaires drastiques et mort de la convivialité. Focus sur nos petites habitudes d’avant Covid qu’on a hâte de retrouver… ou pas !

Faire la bise : fini les microbes

La fin de ce geste de politesse qu’on se forçait tous à faire, n’est-il pas une libération ? Tantôt deux bises, tantôt quatre, en fonction des régions, on ne s’y retrouve pas toujours. L’abolition de cette habitude, un tantinet maniérée me convient parfaitement.

Rien de tel qu’un bon check de coude 💪

La trace de rouge à lèvres de ta grand-mère

C’est peut-être là, la seule exception à ce qui a été dit précédemment.

Cette fameuse trace de rouge à lèvres que tu découvres deux heures après avoir quitté ta tendre grand-mère. Rien que pour ça, la bise me manque.

Boire dans le même verre

Tu es à une soirée (si, si, imagine bien), tu échanges par mégarde ton verre avec quelqu’un, tu bois dedans…

Oseras-tu, d’ailleurs, quitter ton verre des mains durant la soirée ? Défi.

Danser corps à corps

Tu es toujours à cette soirée (mais si, ce sera à nouveau possible ! Suffit d’y croire !), et là ta chanson préférée passe.

Tes amis t’entrainent sur une musique funky et vous dansez. Imagine alors le moment du slow. Aïe aïe aïe, j’ai moi-même du mal à l’envisager.

Faire pipi à même la cuvette dans des WC publiques

Alors ça c’était déjà pas recommandé avant Covid, mais ça l’est d’autant moins maintenant.

Même avec des feuilles de PQ bien disposées sur la cuvette, ça ne fait pas rêver !

Lécher Toucher la barre du métro

Même remarque que la précédente. On sait tous que la barre du métro est un nid à microbes.

Petit tips pour éviter de t’y tenir : on serre les abdos, les fessiers et on écarte légèrement les pieds comme un vigile (testé, approuvé!)

S’agglutiner aux passagers dans les transports

Si je devais tirer une satisfaction de cette crise sanitaire ce serait bien celle-ci.

Enfin, les gens arrêtent de faire grappe de raisin autour de toi alors qu’il y a de la place partout autour.

Pourvu que ça dure !

Commuting Season 2 GIF by Broad City

Laisser ton voisin de train dormir sur ton épaule

Si, si, ça m’est déjà arrivé !

La crise du Covid nous oblige à être dans un contrôle permanent, pas sûre qu’on se détache de ces séquelles si rapidement. Et à moins que le dormeur en question soit le beau gosse le plus sexy de la planète, se coltiner un filet de bave sur notre belle chemise en soie ne va pas nous manquer.

Ne pas se laver les mains

Inconcevable hein ?

C’est là aussi un point bénéfique, car beaucoup de gens ne se lavaient pas suffisamment les mains avant le confinement. Pourtant, se laver les mains est une mesure d’hygiène de base qui permet d’éviter de contracter et de transmettre certains virus (gastro, grippe…). 

Montrer tes dents à n’importe qui

Le port du masque nous fait regretter les sourires, les dents belles ou cassées.

Tu as l’impression de commettre un attentat à la pudeur si par malheur tu ne portes pas ton masque 5 minutes dans la rue ? Tout est dans le regard parait-il.

Alors avant de pouvoir apprendre à sourire et rire à gorge déployée, apprenons à sourire avec les yeux 😄

Sentir autre chose que le gel hydroalcoolique

Tu as beau te parfumer de ton Mademoiselle Chanel, cette odeur chimique de gel hydroalcoolique te poursuit toute la journée et dans tous les magasins. 

Embrasser un.e bel.le inconnu.e

Il parait loin le temps de la légèreté de vivre, où légèrement pompette, tu embrassais un.e inconnu.e dans un bar. Mais restons optimistes !

Lips Love GIF by Benjamin Siksou

Regarder une comédie romantique sans être crispé.e

Nous avons tellement intégré les gestes barrières qu’ils viennent nous gâcher les plus beaux films romantiques.

Vivement qu’on fasse taire cette petite voix intérieure qui nous dit « c’est pas très covid tout ça ! » quand les deux personnages s’embrassent.

Se laisser approcher à moins d’un mètre

Encore une chose qui avait tendance à nous agacer, surtout venant de personnes avec qui on n’est pas très familiers : un collègue, un prof.

C’est jamais très agréable de sentir l’haleine de cette personne qui veut absolument te dire cette chose non-essentielle de très très près.

Lécher le plat à gâteau

Tout seul.e passe encore, mas quand il y a une, deux, trois mains avec la tienne…

Finir l’assiette de son voisin

Combien de fois tu as fini l’assiette de raviolis du bambin que tu gardais en babysitting ?

C’est du passé, n’en parlons plus…

Emprunter la brosse à dents de ton lover

Tu dors chez ton amant, tu as oublié ta brosse à dents. Tu lui empruntes.

Bon OK mauvais exemple, car a priori vous avez déjà échangé vos fluides. Mais tout de même ! Ce n’est pas très Covid tout ça.

Prêter son make-up

Rouge à lèvres, mascara, crayon : là aussi on risque la transmission de virus et microbes. On s’évite un herpès, vous l’aurez compris, c’est chacun pour soi.

Oui c’est moche, mais peut-être moins qu’un gros bouton de fièvre sur le coin de la lèvre.

Embaumer son intérieur avec autre chose que de la Javel

Réputée pour être virucide, la Javel a eu le vent en poupe.

Elle est néanmoins pas du tout écolo et très toxique. Vivement nos petits produits DIY qui sentent bon la lavande. 

Petit tips : le vinaigre ménager est également très utile pour lutter contre toute sorte de bactéries, et la trace de café majestueusement étalée sur votre plan de travail.

NDLR : Attention, ne reproduisez pas cette scène chez vous à la maison. Sauf si vous vous appelez Donald Trump.

La fête

Sans aucun doute ce qu’on attend tous avec impatience. La fête, la danse, les potes, l’insouciance, la joie, les corps enlacés, heureux, déchainés.

Vivement !

party partying GIF by Topshelf Records

 

5 podcasts pour décortiquer les relations

photo of a copper audio mixer

Normes de genre, rencontres, amour, couple, ruptures : On vous livre nos cinq podcasts chouchous !

« Sur leurs lèvres », le podcast Grrrrr de Cheek Magazine

En quatre épisodes, on plonge dans les confessions plus qu’intimes de Nathan, Mathieu, Guillaume et Raphaël. Ils ont la vingtaine ou la trentaine et nous content leurs expériences sexuelles et amoureuses.

Du nombre de leurs conquêtes, à leur première fois, ils abordent sans complexe la sexualité féminine : le premier cunnilingus, leur vision du sexe féminin (mention spéciale à Nathan qui le voit comme quelque chose de « design » !) son odeur, son goût; leurs interrogations quant à la masturbation féminine et l’orgasme. Quoi de plus énigmatique et complexe que le plaisir féminin.

Ce podcast nous invite à entendre des hommes préoccupés, parfois même stressés, ou au contraire incollables sur le sujet.

Tout est dit, sans tabou !

À découvrir sur Soundcloud

« Les Couilles sur la table », le plus décalé

Créé par la journaliste Victoire Tuaillon, ce podcast incontournable est également un livre. Véritable succès, « Les Couilles sur la table » vise à déconstruire les masculinités.

À travers des sujets originaux (les hommes et l’alcool, « manger comme un homme »), il s’agit ici de questionner et déconstruire les normes de genre, et notamment la virilité. On décortique, on met sur la table, comme lors d’une opération chirurgicale, le symbole de la virilité : les couilles.

Les spécialistes invités évoquent ainsi des thématiques comme la sexualité, le patriarcat, les injonctions sociales, la violence, le langage, en bref la domination masculine que le podcast a vocation d’abolir.

À découvrir sur Binge Audio

« Chagrins d’amour », pour se remettre d’une rupture amoureuse

C’est le podcast émouvant qui va t’aider à surmonter tes peines de cœur. Véritable « club de soutien pour les cœurs brisés », on aborde le sujet universel et douloureux du chagrin d’amour.

Sous forme de lettres, d’interviews, de lectures, de discussions, les invités racontent leurs peines de cœur, ce qu’ils en ont appris, et comment ils les ont surmontées.

Regrets, questionnements, souvenirs, apprentissage, on se retrouve dans ces témoignages attendrissants.

À découvrir sur Ausha

« La Clinique de l’amour », le plus intimiste

On se rend ici en thérapie de couple : un psychiatre et une psychologue reçoivent des couples au bord de la rupture.

Au micro, Delphine Saltel s’interroge sur la vie à deux et s’immisce dans les séances psy. Comment on en arrive à consulter un thérapeute de couple ? Comment on en arrive à se détester, à ne plus se comprendre ? Comment réparer son couple ?

Les couples, parfois parents, se dévoilent, on y entend des reproches, des inquiétudes, des jalousies. Les désaccords sur le quotidien, les tâches ménagères, l’éducation, apparaissent comme les motifs premiers de consultation, mais n’est-ce pas là l’expression d’un reproche plus profond (le besoin d’exister pour l’autre) ?

Les psys du podcast nous livrent leurs interprétations. Passionnant !

À découvrir dans l’émission Les Pieds sur Terre sur France Culture

« Libre(s) », le plus existentiel

Qu’est-ce que c’est être libre et comment le devenir ? Comment mener une vie pour être heureux.se ? Ce podcast est animé par Marion Seclin et réalisé avec Tinder.

Au micro, l’actrice et réalisatrice s’inspire de la génération Z pour trouver la recette de la liberté. Famille, amis, couple, sexualité, comment oser dire ce qu’on veut, ce qu’on ne veut pas, ce qu’on aime ? Assumer nos choix, nos désirs, c’est peut-être ça être libre.

À découvrir sur Spotify

Sur la route avec Gloria Steinem

street desert road sand

Gloria Steinem représente à merveille l’esprit Colette : journaliste, écrivaine, militante, elle est une figure féministe inspirante. Avec son livre, Ma Vie sur la route : Mémoires d’une icône féministe, on sillonne les États-Unis à travers ses combats.

vie
Ma Vie sur la route : Mémoires d’une icone féministe, éditions Harper Collins, mars 2020.

Ma Vie Sur la route, préfacé par Christiane Taubira, nous fait découvrir la vie passionnante de Gloria Steinem.

Libre et bohême

Aujourd’hui à 86 ans, elle fait le point sur le chemin parcouru, et y a de quoi être fière ! Toute sa vie, elle a parcouru les routes des États-Unis pour défendre l’égalité des droits. Itinérante assumée, sa trajectoire est faite de rencontres et de combats féministes.

Son amour pour la route, elle le doit à son père : « Je suis la fille de mon père » écrit-elle. Ce choix de vie nomade et bohème va à l’encontre des attentes de la société patriarcale des années 60. Si la place de la plupart des femmes à cette époque est souvent à la maison, Gloria choisit de prendre la route comme un homme. Gloria est libre, la route représente l’inattendu, le danger, les rencontres, les amitiés, le chemin du possible.

« Je peux partir parce que j’ai une maison qui m’attend. Je peux rentrer parce que je suis libre de partir. C’est l’alternance qui donne toute sa saveur à chacun  de ces modes de vies. C’est à la fois très ancien et très moderne. Nous avons besoin des deux. »

 

Faire entendre sa voix pour l’égalité des droits

D’abord journaliste dans un univers machiste, elle a réussi à faire porter sa voix à l’échelle du politique et encourager les prises de paroles des femmes.

Créatrice du premier magazine féministe Ms en 1971, elle retiendra de son voyage en Inde l’importance des cercles de parole qu’elle développera aux États-Unis. Inscrite au Women’s National Hall of Fame, elle fondera avec Jane Fonda et Robin Morgan le Women’s Media Center, une organisation visant à rendre les femmes plus présentes et plus visibles dans les médias. 

Son combat féministe rejoindra très vite les luttes des minorités raciales. Par la suite, elle participera aux campagnes présidentielles de Hillary Clinton et de Barack Obama.

Bref, vous l’aurez compris, tant qu’il y aura des injustices et des combats à mener, la route ne s’arrêtera pas pour Gloria Steinem.

Ce road trip aussi instructif que savoureux plein d’optimisme et de courage nous invite à voyager, à faire des rencontres et lutter tant qu’il faudra.

5 BO qui vont te réchauffer les oreilles cet hiver🎵

vinyl records discs and three cassette tapes

C’est l’hiver, il fait froid et gris, on se laisse pas abattre ! Découvre cinq bandes originales qui vont te réchauffer les oreilles et le cœur.

La BO de Paris, le remède hivernal efficace

Achat Paris en DVD - AlloCiné

Les BO des films de Klapisch sont toujours savoureuses mais on s’arrête ici sur celle de Paris où l’histoire se déroule dans la capitale en plein hiver. La musique est composée par Loïk Dury. Si on traverse une période compliquée, on copie les protagonistes du film et on oublie pas le pouvoir de la musique et le bien qu’elle procure à nos corps.

Pourquoi ça réchauffe : Rien que de penser au déhanché de Fabrice Luchini sur « Comin Home Baby » de Quincy Jones, tu vas transformer ton salon en piste de danse.

La BO du Journal de Bridget Jones, girly et punchy

Bridget Jones: The Edge of Reason : Original Soundtrack: Amazon.fr: Musique

Comme notre Bridget, tu te sens seule (vive le confinement) ? Pas de panique, la bande originale du film va te redonner de l’espoir.

Pourquoi ça réchauffe : Tu vas d’abord te dire « All by myself ». Mais tu vas bien vite te rappeler que « It’s raining men » (Geri Halliwell); et retrouver le « Respect » (Aretha Franklin yeah) que tu mérites !

La BO de Wild, tendre et mélancolique

WILD (2014) - Film - Cinoche.com

Tu aimerais, comme Reese Witherspoon, quitter ton canap’ pour te lancer dans un périple en solitaire de 1.700 kilomètres à pied. Le confinement en a décidé autrement. Comme Cheryl Strayed, c’est l’occasion de faire le point sur ta vie à travers cette bande originale douce et mélancolique.

Pourquoi ça réchauffe : La voix réconfortante de Leonard Cohen (« Suzanne »); la sensualité de Portishead (« Glory Box »), les ondes chaudes comme les plaines du Pérou (« El Condor Pasa », Simon & Garfunkel).

La BO feel good de Love Actually

Love Actually: Artistes Divers: Amazon.fr: Musique

Réconfortante et efficace, c’est la BO de Noël par excellence.

Pourquoi ça réchauffe : Parce que LOVE IS THE AIR : « All I want for Christmas is youuuu ». Tu va repenser à Hugh Grant et sa danse mémorable sur The Pointer Sisters (« Jump For My Love »).

La BO shiny de Hair

Hair - Milos Forman - DVD Zone 2 - Achat & prix | fnac

Un peu de vibes hippies avec cette comédie musicale cultissime.

Pourquoi ça réchauffe : Parce qu’on « Let the Sunshine In ». La BO sent bon le pacifisme et la contre-culture. On plane !

Entreprises : pas de petites économies

the-last-shirt-dollar-bill-20-euro-folded-128878.jpeg

On a tous eu une expérience dans une entreprise de ce genre. De celles qui comptent la moindre heure supplémentaire, qui refusent de payer pour le confort de leurs salariés au détriment de leur santé mentale ou physique. De celles encore qui ne se soucient guère de dépenser en encre et en papier mais qui se refusent de débourser un centime pour garantir une stabilité d’emploi à leurs employés.

Paye ta planète

Fichiers, Papier, Bureau, Formalités Administratives

C’est souvent ces petites entreprises, pourtant aux principes écolos et anticonformistes bien affirmés qui avouent une certaine contradiction dans leur manière de travailler.

N’avez-vous jamais eu connaissance d’un responsable, certes d’un certain âge et de fait en décalage avec la performance numérique, qui s’obstinait à garder une trace papier de TOUT ? Y compris du mail d’une ligne de cet interlocuteur lambda dont on aura oublié le contenu de l’échange le lendemain ? Moi si.

Si la numérisation permet non seulement une facilité dans l’archivage des données, elle permet aussi (rappelons le en passant) une économie d’encre et de papier. Nous ne pouvons pas ignorer l’avenir de notre planète, d’autant plus dans un secteur comme le livre (le responsable en question étant un éditeur).

Lors de différentes expériences professionnelles, j’ai observé une sorte de vénération pour le papier. Des piles et des piles de papier accumulées, parfois pour des questions d’archivage, cela s’entend dans ce cas (et encore…). Mais aussi souvent comme un acte frénétique du clique droit « Imprimer ». Ce clique si facile est à l’image d’une empreinte au critérium qu’on viendrait effacer, jeter donc. Lesquels de ces acharnés du papier pensent d’ailleurs à jeter les masses blanchâtres dans la poubelle appropriée…?

On observe donc une surconsommation de papier et d’encre dans certains milieux, y compris le domaine du livre. On déplore que ses acteurs nient les problématiques environnementales.

Les travailleurs jetables

Petites ou grandes entreprises, on constate une dévalorisation des travailleurs. Le néolibéralisme à l’œuvre dans les modes de travail actuels tend à réduire, voire à nier, la subjectivité des salariés. Le travail dissimulé, les licenciements abusifs que l’on observe dans de nombreuses sociétés réduisent les travailleurs à ces fameuses boules de papier dans la poubelle. Qu’est-ce que ça peut faire puisque on peut imprimer à nouveau ?

Si l’on a de scrupule à imprimer en rafale, à faire griller les encres de la monstrueuse machine, on n’en a pas moins à dépenser pour le bien-être des salariés. Des mauvaises conditions matérielles et sanitaires participent de cette dévalorisation du corps du travailleur, réduit à être enroulé sur lui même (maux de dos), froissé, crispé, parfois déchiré jusqu’au burn out ou au suicide.

Mais l’humain n’est pas un bout de papier !

Big brother is watching you

De même, la surveillance des employeurs dans de plus en plus d’entreprises ramène la subjectivité du travailleur au rang d’objet.

La mise en place de logiciels sur les ordinateurs (parfois à l’insu des salariés), ou encore le système de pointage sont des manières de contrôler le temps de travail. Cela occasionne un stress dans le quotidien des salariés qui renoncent parfois à prendre de pause. Où va le monde ? On entend bien que le mot « travail » tire son étymologie du latin tripalium signifiant « torture », mais tout de même…

Les messageries où l’on peut tchater avec ses collègues (Teams) ou encore le partage de données permet encore de savoir qui travaille et à quel moment.

Les députés Éric Ciotti et Guillaume Larrivé proposent à nouveau de coupler  caméras de surveillance et reconnaissance faciale
Souriez, vous êtes filmés !

Certains employeurs ont été réticents à la mise en place du télétravail, craignant un désinvestissement des salariés. N’est-ce pas là encore une crainte de l’employeur à ne plus avoir de contrôle sur ses salariés ?

Cela est ironique quand on sait que les télétravailleurs ont tendance à être au contraire plus productifs à leur domicile qu’au bureau.

Le Trésor relève un accroissement de 5 à 30% de la productivité en télétravail : le temps de travail augmente du fait de l’absence passé dans les transports en commun, le volume horaire augmenterait du fait de meilleurs conditions de travail (calme, concentration). Enfin, l’investissement du salarié serait plus important en compensation à son absence physique.

Pourtant, qui dit télétravail dit télécommunications et surveillance potentielle…

Des solutions à court terme

Le stagiaire à tout faire, payé 3,90 euros de l’heure, et cumulant parfois l’équivalent de deux à trois postes permet de ne pas créer d’embauche. On peut d’ailleurs relever l’absence d’intérêt dans cette économie à court terme. En effet, si l’on va dans une logique de rendement, le temps passé à la formation du stagiaire n’est-il du temps de « perdu » sur le travail à effectuer?

Cet investissement à court terme s’observe aussi dans la reconduite de CDD : les entreprises qui embauchent des salariés en CDD jusqu’à la durée maximale (un an et demi) pour les faire revenir six mois après au lieu de les embaucher en CDI. Ces choix coûtent parfois plus cher à l’entreprise qui s’obstine à des solutions bricolos.

Et le droit du travail dans tout ça ?

Code Du Travail, France, Réglementation, Code, Travail

Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises sont toutefois tenues de respecter le Code du travail. Aussi, la législation et la contractualisation permettent de protéger le salarié.

Concernant la surveillance, si un système de vidéosurveillance est autorisé, il doit respecter certaines règles, notamment celle d’informer les salariés de l’installation des caméras (article L 1222-4 du Code du travail).

Quant au temps de pause, il n’est pas optionnel mais bien prévu dans le temps de travail. Le Ministère du travail fixe une pause d’une durée minimale de 20 minutes consécutives dès que le temps de travail quotidien atteint 6 heures.

Rappelons qu’une visite à la médecine du travail ne doit pas être considérée comme une pause, elle est prise en charge par l’employeur. Selon l’article R. 4624-28 du Code du travail :


” Le temps nécessité par les examens médicaux, y compris les examens complémentaires, est soit pris sur les heures de travail des salariés sans qu’aucune retenue de salaire puisse être opérée, soit rémunéré comme temps de travail normal lorsque ces examens ne peuvent avoir lieu pendant les heures de travail.
Le temps et les frais de transport nécessités par ces examens sont pris en charge par l’employeur. “

La durée quotidienne de travail effectif par salarié ne peut excéder 10 heures, sauf exceptions.

Le contrat de travail doit toujours mentionner les éléments suivants : nature du contrat, coordonnées des deux parties, date de début d’exécution, nature du poste occupé, rémunération et des congés payés, durée du contrat (hors CDI).

Un stagiaire doit recevoir une gratification à partir de deux mois consécutifs. Le taux horaire de la gratification est égal au minimum à 3,90 € par heure de stage.

Si vous vous sentez malmenés, que vos conditions de travail ne sont pas respectées, exigez le respect. N’hésitez pas à contacter votre syndicat, avoir recours à la médecine du travail ou à l’inspection du travail. Ayez un échange écrit (sans imprimer !) avec votre responsable en listant les points que vous souhaiteriez aborder sur vos conditions de travail.

Sélection de livres à offrir à Noël 🎁

Avec la crise sanitaire actuelle, les temps sont durs pour nos amis libraires et éditeurs. Pourquoi ne pas les soutenir en glissant des livres sous le sapin ? Colette Magazine a sélectionné 10 titres d’éditeurs indépendants parus en 2020 à offrir (ou à s’offrir).

1. Tout le monde peut être féministe, de bell hooks

bell hooks
Tout le monde peut être féministe, bell hooks, éditions Divergences, octobre 2020

Résumé : « Pour faire simple, le féminisme est un mouvement qui vise à mettre fin au sexisme, à l’exploitation et à l’oppression sexistes. » Ainsi débute cette efficace et accessible introduction à la théorie féministe, écrite par l’une de ses figures les plus influentes, la militante noire-américaine bell hooks.
Conçu pour pouvoir être lu par tout le monde, ce livre répond de manière simple et argumentée à la question « qu’est-ce que le féminisme ? », en soulignant l’importance du mouvement féministe aujourd’hui. Ce petit guide, à mettre entre toutes les mains, nous invite à rechercher des alternatives à la culture patriarcale, raciste et homophobe, et à bâtir ainsi un avenir différent.

On l’offre à : une sœur, une mère oui ! mais pas que ! A la portée de tous, ce guide sera l’occasion d’élever les idées rétrogrades de votre cousin, père ou collègue.

2. Les Bons Gros Bâtards de la littérature, de PoPésie et Aurélien Fernandez

Les bons gros bâtards de la littérature - prévente
Les Bons Gros Bâtards de la littérature, éditions Lapin, juin 2020

Résumé : Victor Hugo, Georges Sand, Flaubert, Voltaire, Colette, Baudelaire… L’Histoire de la littérature compte de de nombreux grands hommes, et de nombreuses grandes femmes, dont les noms résonnent aujourd’hui encore dans les salles de classe, dans les rues et dans les mémoires. Des héros, des génies, des artistes incroyables, mais aussi, parfois… des bons gros bâtards!
Aurélien et Guillaume, avec humour et  finesse, nous racontent dans des planches thématiques le côté sombre des auteurs classiques.

On l’offre à : sa meilleure copine littéraire, un copain lettré un peu snob, son prof de lettres préféré.

3. Confinement En Œuvres, de Manu Larcenet

Slider
Confinement En Oeuvres, Manu Larcenet, éditions Les Rêveurs, novembre 2020.

Résumé : Les tableaux de Van Gogh, Warhol, Klee, Matisse, Bonnard, Munch, Rubens, Goya, Picasso pour ne citer que ceux-là parmi une cinquantaine de peintres sont revisités et commentés par Manu Larcenet ! L’auteur a retenu cinquante tableaux de grands peintres qu’il détourne en y ajoutant une légende imparable. Ces oeuvres l’ont accompagné pendant son confinement. Il les déconfine dans cet ouvrage dans lequel les peintures détournées se succèdent au fil des courants qui ont marqué l’histoire de la peinture : impressionnisme, expressionnisme, dadaïsme, surréalisme et le pop art.
Un voyage dans l’Art accompagné de la malice et l’humour de notre star internationale de la bande dessinée.

On l’offre à : tous les amoureux des arts plastiques.

4. Dépôt de bilan de compétences, de David Snug

Dépôt de bilan de compétences, David Snug, Nada éditions, février 2020

Résumé : Dans cette nouvelle BD, David Snug s’inspire de son parcours professionnel pour nous livrer une critique du travail décalée et documentée. Héritier de Bob Black et Paul Lafargue, il dénonce avec humour l’absurdité du salariat et les travers du capitalisme tout en cultivant ce goût pour la liberté et l’autonomie qui lui sont chers.
De ses études d’arts appliqués à l’usine en passant par la case chômage, l’intérim et son lot de boulots précaires, il aborde la question du déterminisme social, la pénibilité du travail à la chaîne, la vacuité des formations dites professionnalisantes, pour pointer les dysfonctionnements du système et prôner une vie en marge, mais pas oisive, et envisager des pistes alternatives d’activités.

On l’offre à : ceux qui ont aimé ce livre, son ami syndicaliste, son patron (Cap’?)

5. Recueil à punchlines, Collectif

Recueil à punchlines
Recueil à punchlines, Collectif, éditions du Commun, octobre 2020

Résumé : Genre musical le plus écouté et le plus lucratif aujourd’hui, le rap reste pourtant marginalisé par une classe politico-médiatique qui circonscrit cette musique à des clichés que ce recueil souhaite modestement démonter. Ce livre que vous tenez dans vos mains est un hommage aux raps. Ce n’est ni une anthologie, ni un dictionnaire, c’est le fruit d’un travail collectif mené par des passionnés. Ce recueil peut se lire de deux manières différentes. Tout d’abord, comme une succession de phrases poétiques et percutantes. Ou alors comme un quiz, avec un index et une bibliographie en fin d’ouvrage présentant les références de chaque punchline et les artistes qui y sont associés.

On l’offre à : Tous les passionnés du rap, et ceux qui sont contre.

6. Seins : En quête d’une libération, de Camille Froidevaux-Metterie

Seins : En quête d’une libération, Camille Froidevaux-Metterie, éditions Anamosa, mars 2020.

Résumé : Les seins des femmes sont l’objet de fantasmes et d’injonctions sans fin. Ronds, fermes et hauts, ni trop petits ni trop gros, à la fois sexy et nourriciers… seraient-ils le siège visible, désigné, ressenti d’une condition féminine objectivée ?
Sans doute mais pas seulement. Camille Froidevaux-Metterie a choisi d’explorer l’expérience vécue des femmes en menant l’enquête auprès d’une quarantaine d’entre elles, de tous les âges. Grands oubliés des luttes féministes, les seins des femmes ne sont pas seulement vecteurs d’assignation mais aussi d’affirmation et d’émancipation.

On l’offre à : Toutes celles qui en ont 😉

7. Frantz Fanon, Frédéric Ciriez, Romain Lamy

Frantz Fanon, Frédéric Ciriez, Romain Lamy, La Découverte, septembre 2020

Résumé : Le nom de Frantz Fanon (1925-1961), écrivain, psychiatre et penseur révolutionnaire martiniquais, est indissociable de la guerre d’indépendance algérienne et des luttes anticoloniales du XXsiècle. Mais qui était vraiment cet homme au destin fulgurant ? Nous le découvrons ici à Rome, en août 1961, lors de sa légendaire et mystérieuse rencontre avec Jean-Paul Sartre, qui a accepté de préfacer Les Damnés de la terre, son explosif essai à valeur de manifeste anticolonialiste.
Ce roman graphique se donne à lire non seulement comme la biographie intellectuelle et politique de Frantz Fanon mais aussi comme une introduction originale à son œuvre, plus actuelle et décisive que jamais.

On l’offre à : Qui veut (re)découvrir ce géni aux multiples facettes.

8. Nos mères, Christine Détrez, Karine Bastide

Nos mères, Christine Détrez, Karine Bastide, La Découverte, septembre 2020

Résumé : Christiane est née en 1945, Huguette en 1941. Toutes deux étaient institutrices. De Christiane, on ne savait rien : après sa disparition dans un accident de voiture, à l’âge de vingt-six ans, elle avait été effacée de l’histoire familiale et des albums photos. D’Huguette, au contraire, on détenait beaucoup : un livre publié, des manuscrits, des lettres, des articles de journaux, une correspondance avec Simone de Beauvoir… Tout cela enfermé dans des malles bien verrouillées.
Christiane et Huguette sont les mères des deux autrices. Au fil d’une enquête qui les a menées aux quatre coins de la France, mais aussi en Tunisie, celles-ci ont récolté des témoignages et des photos, retrouvé des archives, fait parler des courriers. Elles retracent la vie de ces deux femmes « ordinaires », dans ce moment charnière des années 1960, où les femmes se battent pour leur indépendance

On l’offre à : Nos mères.

9. Police, Amal Bentounsi, Antonin Bernanos, Julien Coupat, David Dufresne, Eric Hazan, Frédéric Lordon

Police, éditions La Fabrique, septembre 2020

Résumé : On pense qu’elle a toujours existé et qu’elle existera toujours, mais non : la police telle que nous la connaissons est récente et les événements actuels mettent mondialement son existence même « en question ». On trouvera dans ce livre des constats, des propos théoriques et des histoires vécues. L’ensemble est inquiétant mais cette inquiétude active est salutaire face à une institution de plus en plus militaire et violente.

On l’offre à : Nos camarades qui en ont marre de se faire taper dessus en manif.

10. L’Agenda des femmes 2021. Écoféminismes : Horizon des luttes, illustrations de Sara Hébert, sous la direction de Clara Lamy

L'Agenda des femmes 2021
L’Agenda des femmes 2021, les éditions du remue-ménage,

Résumé : Véritable repère pour les féministes québécoises, L’Agenda des femmes est une publication militante qui paraît chaque année depuis 1978, explorant une nouvelle thématique à travers 12 textes originaux. Pour cette première édition destinée à la francophonie, il fera le point sur l’écoféminisme grâce à des voix du Québec, des Antilles, d’Afrique et d’Europe. Les autrices tisseront des liens entre les stratégies de résistance féministe et les luttes contre la domination de la nature. Quels rôles les femmes occupent-elles lorsque vient le temps de protéger une rivière, de résister à l’extractivisme, de revendiquer une justice climatique ?

On l’offre à : Celles qui veulent que l’année 2021 rime avec justice écologiste, féministe et décoloniale.

On compte sur vous pour passer commande à votre libraire préféré, et pas sur Amazon !

Les hommes et l’alcool : Je bois donc je suis ?

À l’ère du Covid19, les rencontres amoureuses semblent de plus en plus complexes. La fermeture des bars et des restaurants nous a fait prendre conscience que ces lieux étaient plus que des espaces de socialisation et de convivialité. Incarnation de la consommation et notamment de la consommation d’alcool, on en mesure aujourd’hui l’importance.

Cette réflexion est née d’expériences sur les applis de rencontre. Nous avons observé comment les hommes s’y décrivaient. À travers les profils se dessinent des catégories qui reviennent de manière récurrente.

Il y a la catégorie bestiaire, où l’on voit un homme accompagné d’un kangourou, d’un lion ou plus modestement, d’un chat. Vient alors le papa décomplexé qui s’affiche avec sa progéniture. On trouve aussi le type entouré de ses potes sur chacune de ses photos ; ou celui dont on ne sait pas s’il est vraiment célibataire. Ces profils provoquent rires et commentaires avec les copines.

On relève un autre critère, moins évident car ancré dans les habitudes et la tradition française : l’homme et l’alcool.

Séduction et alcool

Drôle de période que nous traversons en ce moment, où l’Autre est perçu comme un danger potentiel. Le confinement et la fermeture des bars, des boîtes de nuit et des restaurants a sonné comme une difficulté encore plus insurmontable pour de nombreux célibataires.

Le bar, QG du dating

La plupart des rendez-vous galants habituels, appli de rencontre ou non, se réalisent bien souvent dans des bars.

La consommation entraînant la consommation, l’alcool désinhibe et permet bien souvent de prolonger la soirée plus intimement. Quand je repense à plusieurs rendez-vous que j’ai eus, il apparaît clair que l’alcool a joué un rôle dans la séduction. C’est le cas de P. à qui il est proposé de se voir en journée. Sa réponse vient titiller ma réflexion à propos des hommes et de l’alcool : « Je travaille en journée, et puis ça me paraît complexe de me tiser en pleine journée ». Le date n’a-t-il de valeur que lorsqu’il est partagé autour d’un verre d’alcool ?

La boisson apparaît comme une arme de séduction, James Bond et ses Vodka Martini a toutes les femmes à ses pieds. Il est l’incarnation du mâle viril et on constatera que les héros masculins dans les films ont souvent une attirance pour la boisson. Cette représentation sociale est ironique quand on sait qu’une consommation excessive d’alcool peut avoir l’effet inverse de celui attendu : la « panne » sexuelle, sous l’effet de la dilatation vasculaire…

Alcool : Entre loisir, plaisir et identité 

L’application qui fait l’objet de cet article fait de l’alcool une donnée déterminante de la personnalité. L’utilisateur est invité à quantifier sa consommation d’alcool (cela va de « jamais » à « régulièrement » en passant par « à l’occasion »). Cette donnée apparait à côté de sa taille, son signe astrologique, ses penchants politiques ou la fréquence de son activité physique.

Le mythe de la virilité

C’est à l’écoute d’un des excellents podcast « Les Couilles sur la table », que je me suis intéressée au rapport des hommes et de l’alcool. Dans ce podcast qui vise à déconstruire la masculinité, Victoire Tuaillon interroge avec subtilité le mythe de la virilité à travers la consommation d’alcool par les hommes.

En petite sociologue, je me suis lancée dans une enquête, à l’affût de la moindre référence à l’alcool.

Dans la catégorie 24-34 ans, il est apparu qu’environ trois quart des hommes mettent en avant leur intérêt pour l’alcool. Certains le mentionnent dans leur « biographie », d’autres préfèreront un émoji représentant un verre de vin ou une pinte de bière. D’autres l’affichent explicitement sur leur photo, allant parfois jusqu’à se placer au second plan, après le verre donc. L’alcool est alors présenté comme un bien de consommation récréatif.

L’ivresse : entre extase et destruction

On tourne autour du pot (verre ?), on en fait un moment de convivialité -qu’il est sans aucun doute-, mais on a tendance à oublier qu’il est aussi une drogue. L’alcool présente des risques en tout genre : dangers pour la santé, accidents de la route, violences physiques ou psychologiques (violences sur enfants, conjugales et notamment violences faites aux femmes). Il ne s’agit pas ici de diaboliser la consommation d’alcool mais de questionner notre rapport à celui-ci. La frontière est parfois mince entre la notion de plaisir et celle de destruction.

Quelques exemples de profils allant dans le sens de l’identification par l’alcool :

« Cherche partenaire de road trip, sport, gin tonic et couvre-feu », « emoji verre de vin, bon vivant », « Plaisirs : émoji pinte de bière, verre de vin, suivis de fromage, pain, sushis », « Mon enfer personnel, c’est… Quand il n’y a plus de pastis pour l’apéro », « Pour moi rien de tel qu’une bonne bière au soleil, un bon livre… », « Petit brun aux yeux clairs, sans prise de tête, aime le bon vin et la bonne bière ! Bon vivant ».

Le lien entre l’amour et l’alcool a été pensé par de nombreux auteurs. On pense à Baudelaire et « Le Vin des Amants », aux Alcools d’Apollinaire où le poète est déchiré par ses ruptures amoureuses. La thématique du fluide (« Sous le pont Mirabeau ») et de l’ivresse poétique est prégnante dans son œuvre. Plus trivialement, on notera qu’on dit « boire un coup » comme « tirer un coup »…

Au même titre que Eros et Thanatos, il y a une tension entre désir et alcool. Tous deux représentent une extase, une joie qui attise les pulsions, un côté festif. Mais ils recouvrent aussi le revers de la dimension dionysiaque, celui de démesure, de folie, d’excès. Un article publié sur Slate intitulé, « L’amour a les mêmes effets que l’alcool sur le cerveau » relatait une étude démontrant la présence de « l’hormone de l’amour » dans l’alcool. Il soulignait ainsi cette dualité entre euphorie et destruction.

Je m’interroge : le point de convergence entre le sentiment amoureux (ou l’acte sexuel) et la consommation d’alcool réside peut-être dans l’idée de plaisir partagé mais aussi de transgression (morale, religieuse).

La chanson de Michel Legrand dans l’inoubliable Peau d’Âne fait dire aux amoureux : « Nous ferons ce qui est interdit, nous irons ensemble à la buvette, nous fumerons la pipe en cachette, nous nous gaverons de pâtisseries ». Si la rencontre entre le breuvage et l’amour s’opère si efficacement c’est bien que la raison n’y a pas sa place. Comme le dit notre Peau d’Âne : « Amour, Amour n’est pas bien sage ».

Peau d’Âne réalisé par Jacques Demy en 1970

Alcool partout, justice nulle part

Stéréotypes et normes de genres

Ne sommes-nous pas imbriqués dans un système genré quant à l’alcool ? Une femme qui boit est moins bien perçue qu’un homme. Car un homme qui boit et qui tient l’alcool, c’est ça qui fait de lui un « homme ». À voir certains profils sur l’application de rencontre, on se rend compte de cette essentialisation : je bois donc je suis un homme ; je suis un homme cool parce que je bois.

Mais ce qui interpelle sur les applis de rencontre n’est finalement que le reflet de ce qui existe déjà dans l’espace public. Lors de mon jogging dominical, je vois très souvent un homme ou un groupe d’hommes trônant avec sa canette de bière et ses cigarettes à 9h du matin, pendant que nous autres sportifs, en majorité des femmes d’ailleurs, nous essoufflons devant ces assoiffés.

Si les hommes semblent décomplexés à consommer de l’alcool et à l’exhiber dans l’espace public, c’est bien que la société les y encourage. Cela nous amène à une réflexion sur le rapport au corps. En effet, le corps de l’homme pourrait être abîmé, on admet facilement un homme au ventre bedonnant (le fameux bide à bière), tandis que la femme est encore sujette aux diktats de la société, devant répondre au culte de la « beauté fatale ».

drunk straw GIF

Plus encore, le côté destroy de l’homme qui boit est souvent perçu comme une qualité, lui donnant un côté sexy et rock’n’roll. La femme qui boit au contraire n’est pas reçue avec autant d’éloge. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle se cache pour boire, si c’est tabou. Une femme alcoolique sera facilement jugée de « pochtronne », de « clocharde ».

On dira plus volontiers d’un homme qu’il a un « problème avec l’alcool », qu’il est « porté sur la bouteille », que c’est un « bon vivant ». Cette terminologie renverrait à l’idée que les hommes seraient par essence attirés par la boisson. N’alimentons pas ici les stéréotypes et reconnaissons que beaucoup d’hommes ne boivent pas.

Cependant, l’ivresse des hommes prête davantage aux rires, celle des femmes peut inquiéter. Une femme qui parle fort du fait de l’ivresse est facilement jugée « hystérique », elle ne tient plus alors sa place qui devrait allier discrétion, élégance, esthétisme. Cette tolérance accordée aux hommes engendre de fait leur domination dans l’espace public.

Le « tenir l’alcool » comme preuve de virilité

Force est de constater que la culture de la boisson est souvent un héritage de père en fils. Véritable rite d’initiation, on apprend aux hommes à boire, à être endurant, à « tenir l’alcool ».

Un homme qui ne tient pas bien l’alcool est étiqueté de qualificatifs péjoratifs genrés (« tapette », « petite nature », « t’es pas un homme »). Cela le renvoie à une fragilité, au rang de la féminité que la société a voulu douce, élégante, fragile. Le « tenir l’alcool » renvoie à un certain défi, on le retrouve dans les jeux à boire, le sport. Les hommes sont autorisés à se lâcher, à perdre le contrôle et à s’en vanter.

Ce comportement semble plus valorisé pour la gente masculine, les jeunes femmes étant souvent dans un sentiment d’insécurité lorsqu’elles sont alcoolisées. La boisson chez l’homme est souvent encouragée, et valorisée comme preuve de virilité.

Le consentement en question

Les rites d’intégration dans les écoles de commerce, d’ingénieurs ou en faculté de médecine où l’on clame « bois d’l’alcool pendant que j’te viole », donnent à réfléchir à la domination de l’homme sur la femme. Rappelons les abus que l’alcool engendre, et notamment les violences physiques et la culture du viol.

L’alcool légitimise bien souvent les harcèlements, les agressions sexuelles, brouillant les limites du consentement. En effet, boire un verre lors d’un rendez-vous amoureux n’est pas toujours un plaisir partagé. Cela peut parfois être une manière pour l’homme de forcer le consentement. Dans le cas de féminicides, l’alcoolémie de l’homme sert d’ailleurs souvent de prétexte aux médias : « Ivre, il tue sa femme ». L’ivresse apparait alors comme une excuse.

La consommation d’alcool serait une « affaire d’hommes », les bars et cafés étant historiquement des lieux fréquentés exclusivement par les hommes. Si les femmes profitent aujourd’hui de ces lieux de socialisation, on observe cependant un reliquat de la tradition qui associe l’homme à la boisson, et notamment dans le cadre professionnel. On pense aux images dans les films ou séries, où la signature de contrats se négocie autour d’un verre.

Déni collectif 

Pour autant, au-delà du marqueur de genre, on observe une banalisation de la consommation d’alcool en France et dans nos sociétés occidentales. Femmes et hommes sont pris dans une injonction à consommer. Une femme qui ne boit pas sera facilement pointée de « sainte nitouche », ne sachant pas s’amuser.

Une consommation encouragée et banalisée

La tendance de l’afterwork fait de l’alcool une activité pour décompresser après le travail, une manière de socialiser avec ses collègues en dehors du cadre de l’entreprise.

Si la consommation d’alcool a diminué en France depuis les années 1960, elle reste l’un des pays les plus consommateurs au niveau mondial, occupant le sixième rang des 34 pays membres de l’OCDE. D’après Santé Publique France, 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 en France métropolitaine. 15,2% des hommes boivent tous les jours contre 5,1% des femmes. Les hommes meurent trois plus que les femmes des suites de la consommation d’alcool.

Le phénomène de l’apéro Skype pendant le confinement peut questionner sur notre rapport à l’alcool. S’agissait-il uniquement de socialiser avec sa famille, ses amis ou ses collègues, ou était-ce un prétexte pour boire ? Forte de son patrimoine culturel et gastronomique, la France valorise la consommation d’alcool et il semblerait que nous ayons une consommation normée et banalisée.

Le tabou de l’alcoolisme

Quel que soit le milieu social, culturel ou politique, l’alcool semble omniprésent. J’ai rencontré des hommes se disant en « marge » qui paraissaient eux aussi répondre à une norme dans leur manière de consommer. L’argument mis en avant étant celui de la tradition française, du plaisir.

La question de l’alcoolisme est souvent niée car associée à des représentations faussées et peu exposées dans le débat public français. Il est frappant de noter la disparition de la figure de l’alcoolique dans la production cinématographique française, à la différence des films et séries nord-américaines. En effet, sous couvert de tradition française, la figure de l’alcoolique ne semble pas être remise en question.

Dans le cas de personnalités publiques alcooliques, l’addiction est banalisée et apparait alors comme une faculté de génie. C’est le cas d’écrivains alcooliques comme James Joyce, Hemingway, Jack London, Bukowski, Marguerite Duras et tant d’autres. En littérature, la consommation de substances apparait comme un exutoire au poète permettant de supporter le réel et de s’évader vers des paradis artificiels.

Mais alors, dans le cadre de la rencontre amoureuse, pourquoi avons-nous besoin de boire ? Avons-nous peur de l’Autre, de nous-même et de nos pulsions ? Que cherchons-nous à fuir par l’alcool ? Comme une antidote, le verre d’alcool vient atténuer la peur, briser le naturel. Il agit comme un masque et vient maquiller les blessures et les complexes.

La sphère des relations amoureuses et intimes est-elle nécessairement tributaire des logiques consuméristes ?

Le confinement et la crise sanitaire que nous traversons nous permettent de repenser notre consommation et notre rapport à autrui. Saisissons-en nous pour rendre à la rencontre sa beauté nue, ses maladresses. Elle est en elle-même une ivresse pour qui veut bien y goûter.

Société en marche et corps en ruine

Lorsqu’on travaille, on a tendance à vivre à cent à l’heure et nos corps en pâtissent. La devise « métro, boulot, dodo » et la performance qu’elle implique nous prive de l’écoute de soi. Nos corps ne méritent-ils pas plus de bienveillance ?

Le corps au travail

Une vidéo parue sur Brut en novembre 2019 s’inquiétait de montrer « A quoi pourraient ressembler les employés de bureau dans 20 ans ». Terrifiante prévision que nous avons là : on voit une femme en surpoids, le dos courbé, les veines enflées, les yeux injectés de sang. Pour avoir fait les frais de postes éprouvants (hôtesse d’accueil, secrétaire, vendeuse), je peux moi aussi me reconnaitre dans cette inquiétante description des conditions de travail inadaptées au corps.

New York Times Journal, Salle De Presse, 1942

Aux conditions matérielles inadéquates (position inconfortable, absence d’ergonomie) s’ajoute souvent le stress du travail en lui-même (échéance à respecter, assurer les missions demandées etc). La notion de stress est devenue tellement banale qu’elle est quasiment érigée en mantra de la société néo-libérale. Les expressions comme « je suis busy » ou « je suis sous l’eau » semblent attester de son sujet qu’il répond aux attentes sociétales implicites.

Busy Work Work Work GIF by funk

Mais ce fameux stress est un motif courant des consultations médicales, ostéo ou psy. Le stress agit sur le corps de manière plus ou moins grave, il peut être à l’origine de réactions psychologiques ou physiologiques (manque de sommeil, perte ou prise de poids, accélération du rythme cardiaque entre autres). Les manifestations du stress sont parfois moins évidentes et viennent toucher des zones conscientes ou inconscientes. Ce peut être le cas quand on somatise par exemple.

Pantins désarticulés

Les conditions de travail que nous connaissons ne semblent pas respecter nos corps. Pour des raisons d’impératifs et de rendement, le corps est souvent meurtri et nié. Combien de gens zappent leur pause dej ou font des heures supplémentaires afin d’achever leurs missions ? Les besoins physiologiques de base (se nourrir, bien dormir, bouger régulièrement) sont bien souvent expédiés, faisant de nous des automates surmenés.

Les transports en commun débordent de pantins guillotinés, penchés sur leurs smartphones. Cette mauvaise inclinaison de la tête appelée « Text neck » pourrait provoquer des troubles musculo-squelettiques.

L’émergence du télétravail a séduit de nombreux travailleurs et nous pouvons nous questionner sur cette attirance. Le « chez-soi » n’est-il pas par définition le lieu calme et réconfortant (Home sweet home), loin du brouhaha et des interactions sociales -certes importantes mais parfois contraignantes ? La souffrance au travail, le harcèlement ont parfois des impacts sur la santé mais aussi sur la santé mentale.

Dès lors, comment ne pas se laisser envahir par cette violence du monde du travail ?

Et si on prenait le temps ?

Yoga, L'Exercice, De Remise En Forme, Femme, La Santé

Le confinement a vu naître de nombreux apprentis yogis et on en salue l’initiative. Le fait d’«avoir du temps » pour soi a été une merveilleuse occasion pour beaucoup de se reconnecter à soi. Cela a pu se manifester à travers l’expression artistique mais aussi un investissement du corps. Les clubs de sports ont proposé des cours en ligne, les sportifs de haut niveau nous ont partagé leur routine. Pour ma part, engager le corps dans ce contexte sanitaire anxiogène, a été libérateur sur le plan psy et sur le plan physique. L’exercice physique libérant de l’endorphine, j’ai constaté une amélioration de mon anxiété et un bien-être grâce au yoga.

Apprendre à écouter les manifestations du corps

Plébiscité par bon nombre de stars, on le sait, le yoga est « tendance ». Mais à toi lecteur qui n’a jamais pratiqué, ne le fais pas uniquement parce que les tops de Victoria Secret en sont fans. Le yoga invite au contraire à un retour à soi, loin des diktats de la société alliant performance et culte de la beauté.

A travers les postures, conscience du corps, détente et amélioration des tensions s’opèrent. Des recherches scientifiques ont montré les effets de cette pratique sur la santé. La pratique du yoga sollicite également la respiration (les Pranayama), primordiale pour prendre conscience de notre énergie vitale. On apprend donc à respirer, car croyez-le ou non, on ne sait pas respirer correctement. Les exercices de respiration viennent calmer le mental et les maux physiques (troubles digestifs, maux de dos etc).

Stronger Together Love GIF by Shalita Grant

La sophrologie ou encore la méditation sont des alternatives intéressantes pour calmer l’anxiété. Mais je vous le concède, cela ne résout pas les problèmes initiaux (conditions précaires de travail ou de logement, contraintes du quotidien, stress de la vie citadine).

Dans la société « en marche » dans laquelle nous évoluons, il y a peu de temps pour l’écoute de soi et de son corps. Il semblerait qu’on souhaite cacher les manifestations du corps :les médicaments pour les moindres petites douleurs, la chirurgie esthétique pour l’acceptation de soi, la mode et la beauté pour échapper à la nudité du corps. Au lieu d’abandonner nos corps à une emprise consumériste, prenons le temps de l’écouter. Les manifestations psychologiques font aussi l’objet d’un rejet : quelqu’un qui ne va pas bien semble « déranger » le théâtre dont nous sommes les acteurs.

Il ne tient qu’à nous d’apprendre à s’écouter avec bienveillance. Votre corps vous remerciera.

Lecture – Vous reprendrez bien un peu de chouquette ?

Le syndrome de la chouquette

Alors que le télétravail s’impose dans de nombreuses entreprises, profitons d’un instant entre deux « conf-call » pour savourer ce délicieux ouvrage du chroniqueur Nicolas Santolaria, Le syndrome de la chouquette ou la tyrannie sucrée de la vie de bureau publié aux éditions Anamosa en 2018.

En 69 chroniques, l’auteur nous livre avec humour les ingrédients d’un univers professionnel hostile aux rituels implicites. Il montre à merveille le côté « cool » de la start-up nation en analysant de façon juste chaque détail de la vie de bureau – du décor et de ses objets, en passant par les pratiques, jusqu’au langage et à la gestuelle. Il livre la recette qui fera de vous le parfait « coworker ». Le lecteur s’amusera de retrouver le traditionnel babyfoot, les ragots à la machine à café, les formules agaçantes en « ing« , les guillemets avec les doigts, le cadre à trottinette, le canapé dans l’open space…

On rit à cette peinture du monde moderne. L’analyse de l’auteur n’en est pas moins critique (sans être ennuyeuse et théorique!) et nous interroge à la fois sur la limite entre sphère intime et professionnelle et sur la « tyrannie » du management. Nicolas Santolaria souligne bien que ces petits ingrédients qui peuvent (devraient) nous écœurer ne sont finalement que le symptôme d’un monde professionnel manipulateur et névrosé.

Il aborde la souffrance au travail (burn out, bore out) et montre bien comment l’entreprise moderne vient étouffer ce mal-être. La dose de sucre de la chouquette réconfortante offerte par votre boss « ami », les espaces de détente et de loisirs dont déborde votre lieu de travail apparaissent comme des éléments de « coolitude ». Pourtant, ce théâtre dissimule la surcharge professionnelle et la froideur d’un univers où la hiérarchie semble imperceptible, mais bien réelle.

Un livre à consommer sans modération.

Les hommes et l’alcool : Je bois donc je suis ?

Hommes Alcool

À l’ère du Covid19 et du couvre-feu, les rencontres amoureuses semblent de plus en plus complexes. La fermeture des bars et des restaurants m’a fait prendre conscience que ces lieux étaient davantage que des lieux de socialisation et de convivialité. Incarnation de la consommation et notamment de la consommation d’alcool, j’en mesure aujourd’hui l’importance.

Désespérée mais curieuse des applis de rencontre, j’ai pris un certain plaisir à « swiper » et un intérêt particulier à la manière dont les hommes se décrivaient sur ce genre d’applications. Au fur et à mesure des profils, se sont dessinées des catégories qui revenaient de manière récurrente : la catégorie bestiaire, où l’on voit un homme accompagné d’un koala, d’un lézard ou plus modestement, d’un chat ; la catégorie du papa décomplexé qui s’affiche avec sa progéniture ; celui du type entouré de ses potes sur chacune de ses photos ; celui dont on ne sait pas s’il a des photos autres qu’avec son ex. Ce genre de profils m’amusaient et provoquaient rires et commentaires avec les copines. J’ai peu à peu été plus attentive à un autre critère, moins évident car ancré dans les habitudes et la tradition française : l’homme et l’alcool.

Séduction et alcool

Drôle de période que nous traversons en ce moment, où l’Autre est perçu comme un danger potentiel, où l’on prend des risques à être avec autrui. L’annonce du couvre-feu et la fermeture des bars, des boîtes de nuit et des restaurants a sonné comme une difficulté encore plus insurmontable pour de nombreux célibataires.

Moi-même j’ai pensé « Mais comment on va faire pour rencontrer des gens, s’il n’y a même plus les bars ? » Comme si notre vie sociale dépendait de ces lieux enivrants. J’ai pris conscience que tous les rendez-vous galants habituels, appli de rencontre ou non, se réalisaient dans des bars.

La consommation entraînant la consommation, l’alcool désinhibe et permet bien souvent de prolonger la soirée plus intimement. Quand je repense à plusieurs rendez-vous que j’ai eus, il apparaît clair que l’alcool a joué un rôle dans la séduction. C’est le cas de P. à qui je propose de se voir en journée, sous-entendu de faire une balade automnale ou de boire un thé. Sa réponse vient titiller ma réflexion à propos des hommes et de l’alcool : « Je travaille en journée, et puis ça me paraît complexe de me tiser en pleine journée ». Le date n’a-t-il de valeur que lorsqu’il est partagé autour d’un verre d’alcool ?

Mon expérience sur cette application m’a fait rencontrer un garçon qui cherchait une accompagnatrice de ciné. Grande cinéphile, j’ai accepté sans broncher de le rencontrer, mais je ne pouvais m’empêcher de trouver la rencontre « bizarre » car inhabituelle, l’habitude étant liée à la rencontre autour d’un verre. Nous ne sommes pas revus pas la suite.

La boisson apparaît comme une arme de séduction, James Bond et ses Vodka Martini a toutes les femmes à ses pieds, il est l’incarnation du mâle viril et on constatera que les héros masculins dans les films ont souvent une attirance pour la boisson.

Alcool : Entre loisir, plaisir et identité 

L’application sur laquelle j’étais inscrite fait de l’alcool une donnée déterminante de la personnalité : l’utilisateur est invité à quantifier sa consommation d’alcool (cela va de « jamais » à « régulièrement » en passant par « parfois »), cette donnée apparaissant à côté de sa taille, son signe astrologique, ses penchants politiques ou la fréquence de son activité physique.

C’est à l’écoute d’un des excellents podcast « Les Couilles sur la table », que je me suis intéressée au rapport des hommes et de l’alcool. Dans ce podcast qui vise à déconstruire la masculinité, Victoire Tuaillon interroge avec subtilité le mythe de la virilité à travers la consommation d’alcool par les hommes.

En petite sociologue, je ne m’intéressais plus alors aux physiques ou aux centres d’intérêts, je me suis lancée dans une enquête, à l’affût de la moindre référence à l’alcool.

Dans la catégorie 24-34 ans, il est apparu qu’environ trois quart des hommes mettent en avant leur intérêt pour l’alcool. Certains le mentionnent dans leur « biographie », d’autres préfèreront un émoji représentant un verre de vin ou une pinte de bière, d’autres encore l’affichent explicitement sur leur photo, allant parfois jusqu’à se placer au second plan, après le verre donc. L’alcool est alors présenté comme un bien de consommation récréatif, et le problème de santé publique qu’il sous-tend n’est jamais explicité.

On tourne autour du pot (verre ?), on en fait un moment de convivialité -qu’il est sans aucun doute-, mais on a tendance à oublier qu’il est aussi une drogue, pouvant dégénérer en addiction et étant la cause de risques en tout genre : dangers pour la santé (cancers, maladies chroniques), accidents de la route, violences physiques ou psychologiques (violences sur enfants, violences conjugales et notamment violences faites aux femmes). Il ne s’agit pas ici de diaboliser la consommation d’alcool mais de questionner notre rapport à celui-ci. La frontière est parfois mince entre la notion de plaisir et celle de destruction.

J’ai sélectionné des exemples de profils allant dans le sens de l’identification par l’alcool : « Cherche partenaire de road trip, sport, gin tonic et couvre-feu », « emoji verre de fin, bon vivant », « Plaisirs : émoji pinte de bière, verre de vin, suivis de fromage, pain, sushis », « Mon enfer personnel, c’est… Quand il n’y a plus de pastis pour l’apéro », « J’aime la simplicité et les voyages en mode aventure ! Pour moi rien de tel qu’une bonne bière au soleil, un bon livre… » « Petit brun aux yeux clairs, sans prise de tête, aime le bon vin et la bonne bière ! Bon vivant ».

Le lien entre l’amour et l’alcool a été pensé par de nombreux auteurs, on pense à Baudelaire et « Le Vin des Amants », aux Alcools d’Apollinaire où le poète est déchiré par ses ruptures amoureuses, la thématique du fluide (« Sous le pont Mirabeau ») et de l’ivresse poétique est prégnante dans son œuvre. Plus trivialement, on notera qu’on dit « boire un coup » comme « tirer un coup »… Au même titre que Eros et Thanatos, il y a une tension entre désir et alcool: ils représentent une soif de vivre, une extase, une joie qui attise les pulsions, un côté festif mais également le revers de la dimension dionysiaque, celui de démesure, de folie, d’excès. Un article publié sur Slate intitulé, « L’amour a les mêmes effets que l’alcool sur le cerveau » relatait une étude démontrant la présence de « l’hormone de l’amour » dans l’alcool et montrait ainsi cette dualité entre euphorie et destruction.

Je m’interroge : le point de convergence entre le sentiment amoureux ou l’acte sexuel et la consommation d’alcool réside peut-être dans l’idée de plaisir partagé mais aussi de transgression (morale, religieuse). La chanson de Michel Legrand dans l’inoubliable Peau d’Âne fait dire aux amoureux : « Nous ferons ce qui est interdit, nous irons ensemble à la buvette, nous fumerons la pipe en cachette, nous nous gaverons de pâtisseries ». Si la rencontre entre le breuvage et l’amour s’opère si efficacement c’est bien que la raison n’y a pas sa place. Comme le dit notre Peau d’Âne : « Amour, Amour n’est pas bien sage ».

Peau d’Âne réalisé par Jacques Demy en 1970

Alcool partout, justice nulle part

Sur l’application de rencontre, les centres d’intérêt que j’ai choisis de mettre en avant dans ma description, d’ordre culturel principalement, sont certes des biens consommables, mais la société n’attend-t-elle pas justement de moi, femme, que je me décrive à travers ces biens « honorables » ? Me viendrait-il à l’esprit de mentionner dans ma biographie : « J’aime les mojitos et chanter ivre I will survive avec mes copines le samedi soir ? » J’en doute.

J’ai alors admis que nous sommes imbriqués dans un système genré quant à l’alcool : une femme qui boit est moins bien perçue qu’un homme. Car un homme qui boit et qui tient l’alcool, c’est ça qui fait de lui un « homme ». À voir certains profils sur l’application de rencontre, on se rend compte de cette essentialisation : je bois donc je suis un homme ; je suis un homme cool parce que je bois.

Mais ce qui m’a interpellée sur l’appli de rencontre n’est finalement que le reflet de ce qui existe déjà dans l’espace public. Lors de mon jogging dominical, je vois très souvent un homme ou un groupe d’hommes trônant avec sa canette de bière et ses cigarettes à 9h du matin, pendant que nous autres sportifs, en majorité des femmes d’ailleurs, nous essoufflons devant ces assoiffés.

Si les hommes semblent décomplexés à consommer de l’alcool et à l’exhiber dans l’espace public, c’est bien que la société les y encourage. Cet exemple du parc est d’autant plus frappant qu’il permet de penser le rapport au corps : le corps de l’homme pourrait être abîmé, on admet facilement un homme au ventre bedonnant (le fameux bide à bière), tandis que la femme est encore sujette aux diktats de la société, devant répondre au culte de la « beauté fatale ».

drunk straw GIF

Plus encore, le côté destroy de l’homme qui boit est souvent perçu comme une qualité, lui donnant un côté sexy et rock’n’roll. La femme qui boit au contraire n’est pas reçue avec autant d’éloge, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle se cache pour boire, si c’est tabou. Une femme alcoolique sera facilement jugée de « pochtronne », de « clocharde ». Il y a d’emblée une violence symbolique. Au contraire, on dira plus volontiers d’un homme qu’il a un « problème avec l’alcool », qu’il est « porté sur la bouteille » que c’est un « bon vivant ». Cette terminologie renverrait à l’idée que les hommes seraient par essence attirés par la boisson. N’alimentons pas ici les stéréotypes et reconnaissons que beaucoup d’hommes ne boivent pas. Cependant, l’ivresse des hommes prête davantage aux rires, celle des femmes peut inquiéter. Une femme qui parle fort du fait de l’ivresse est facilement jugée « hystérique », elle ne tient plus alors sa place qui devrait allier discrétion, élégance, esthétisme. Cette tolérance accordée aux hommes engendre de fait leur domination dans l’espace public.

Force est de constater que la culture de la boisson est souvent un héritage de père en fils, on apprend aux hommes à boire, à être endurant, à « tenir l’alcool ». Un homme qui ne tient pas bien l’alcool est étiqueté de qualificatifs péjoratifs genrés (« tapette », « petite nature », « t’es pas un homme »), le renvoyant à une fragilité, au rang de la féminité que la société a voulu douce, élégante, fragile. Le « tenir l’alcool » renvoie à un certain défi, on le retrouve dans les jeux à boire, le sport. Les hommes sont autorisés à se lâcher, à perdre le contrôle et à s’en vanter.

Ce comportement semble plus valorisé pour la gente masculine, les jeunes femmes étant souvent dans un sentiment d’insécurité lorsqu’elles sont alcoolisées. La boisson chez l’homme est souvent encouragée, et valorisée comme preuve de virilité. Vision bien rétrograde que celle des hommes au bar et des femmes à la maison…

Les rites d’intégration dans les écoles de commerce, d’ingénieurs ou en faculté de médecine où l’on clame « bois d’l’alcool pendant que j’te viole », donnent à réfléchir à la domination de l’homme sur la femme. Au-delà des inégalités biologiques face à l’alcool – les femmes ayant en moyenne une résistance moins importante à l’alcool–, il faut aussi rappeler les abus que l’alcool engendre, et notamment les violences physiques et la culture du viol.

L’alcool légitimise bien souvent les harcèlements, les agressions sexuelles, brouillant les limites du consentement. En effet, boire un verre lors d’un rendez-vous amoureux n’est pas toujours un plaisir partagé, cela peut parfois être une manière pour l’homme de forcer le consentement. Dans le cas de féminicides, l’alcoolémie de l’homme sert d’ailleurs souvent de prétexte aux médias : « Ivre, il tue sa femme ». L’ivresse apparait alors comme une excuse.

La consommation d’alcool serait une « affaire d’hommes », les bars et cafés étant historiquement des lieux fréquentés exclusivement par les hommes. Si les femmes profitent aujourd’hui de ces lieux de socialisation, on observe cependant un reliquat de la tradition qui associe l’homme à la boisson, et notamment dans le cadre professionnel. On pense aux images dans les films ou séries, où la signature de contrats se négocie autour d’un verre.

Déni collectif 

Pour autant, au-delà du marqueur de genre, on observe une banalisation de la consommation d’alcool en France et dans nos sociétés occidentales. Femmes et hommes sont pris dans une injonction à consommer. Une femme qui ne boit pas sera facilement pointée de « sainte nitouche », ne sachant pas s’amuser.

La tendance de l’afterwork fait de l’alcool une activité pour décompresser après le travail, une manière de socialiser avec ses collègues en dehors du cadre de l’entreprise.

Si la consommation d’alcool a diminué en France depuis les années 1960, elle reste l’un des pays les plus consommateurs au niveau mondial, occupant le sixième rang des 34 pays membres de l’OCDE. D’après Santé Public France, 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 en France métropolitaine. 15,2% des hommes boivent tous les jours contre 5,1% des femmes. Les hommes meurent trois plus que les femmes des suites de la consommation d’alcool.

Le phénomène de l’apéro Skype pendant le confinement peut questionner sur notre rapport à l’alcool : s’agissait-il uniquement de socialiser avec sa famille, ses amis ou ses collègues, ou était-ce un prétexte pour boire ? Forte de son patrimoine culturel et gastronomique, la France valorise la consommation d’alcool et il semblerait que nous ayons une consommation normée et banalisée.

Quel que soit le milieu social, culturel ou politique, l’alcool semble omniprésent : j’ai rencontré des hommes se disant en « marge » qui paraissaient eux aussi répondre à une norme dans leur manière de consommer. L’argument mis en avant étant celui de la tradition française, du plaisir.

La question de l’alcoolisme est souvent niée car associée à des représentations faussées et peu exposées dans le débat public français. Il est frappant de noter la disparition de la figure de l’alcoolique dans la production cinématographique française, à la différence des films et séries nord-américaines. En effet, sous couvert de tradition française, la figure de l’alcoolique ne semble pas être remise en question.

Dans le cas de personnalités publiques alcooliques, l’addiction est banalisée et apparait alors comme une faculté de génie. C’est le cas d’écrivains alcooliques comme James Joyce, Hemingway, Jack London, Bukowski, Marguerite Duras et tant d’autres. En littérature, la consommation de substances apparait comme un exutoire au poète, l’alcool aidant à supporter le réel et invitant au voyage vers des paradis artificiels.

Mais alors, dans le cadre de la rencontre amoureuse, pourquoi avons-nous besoin de boire ? Avons-nous peur de l’Autre, de nous-même et de nos pulsions ? Que cherchons-nous à fuir par l’alcool ? A la manière d’une potion magique, le verre d’alcool vient atténuer la peur, briser le naturel et par conséquent une certaine nudité de soi. Il agit comme un masque et vient maquiller les blessures et les complexes.

La sphère des relations amoureuses et intimes est-elle nécessairement tributaire des logiques consuméristes ?

Le confinement et la crise sanitaire que nous traversons nous permettent de repenser notre consommation et notre rapport à autrui. Saisissons-en nous pour rendre à la rencontre sa beauté nue, ses maladresses car elle est en elle-même une ivresse pour qui veut bien y goûter.