Société en marche et corps en ruine

Lorsqu’on travaille, on a tendance à vivre à cent à l’heure et nos corps en pâtissent. La devise « métro, boulot, dodo » et la performance qu’elle implique nous prive de l’écoute de soi. Nos corps ne méritent-ils pas plus de bienveillance ?

Le corps au travail

Une vidéo parue sur Brut en novembre 2019 s’inquiétait de montrer « A quoi pourraient ressembler les employés de bureau dans 20 ans ». Terrifiante prévision que nous avons là : on voit une femme en surpoids, le dos courbé, les veines enflées, les yeux injectés de sang. Pour avoir fait les frais de postes éprouvants (hôtesse d’accueil, secrétaire, vendeuse), je peux moi aussi me reconnaitre dans cette inquiétante description des conditions de travail inadaptées au corps.

New York Times Journal, Salle De Presse, 1942

Aux conditions matérielles inadéquates (position inconfortable, absence d’ergonomie) s’ajoute souvent le stress du travail en lui-même (échéance à respecter, assurer les missions demandées etc). La notion de stress est devenue tellement banale qu’elle est quasiment érigée en mantra de la société néo-libérale. Les expressions comme « je suis busy » ou « je suis sous l’eau » semblent attester de son sujet qu’il répond aux attentes sociétales implicites.

Busy Work Work Work GIF by funk

Mais ce fameux stress est un motif courant des consultations médicales, ostéo ou psy. Le stress agit sur le corps de manière plus ou moins grave, il peut être à l’origine de réactions psychologiques ou physiologiques (manque de sommeil, perte ou prise de poids, accélération du rythme cardiaque entre autres). Les manifestations du stress sont parfois moins évidentes et viennent toucher des zones conscientes ou inconscientes. Ce peut être le cas quand on somatise par exemple.

Pantins désarticulés

Les conditions de travail que nous connaissons ne semblent pas respecter nos corps. Pour des raisons d’impératifs et de rendement, le corps est souvent meurtri et nié. Combien de gens zappent leur pause dej ou font des heures supplémentaires afin d’achever leurs missions ? Les besoins physiologiques de base (se nourrir, bien dormir, bouger régulièrement) sont bien souvent expédiés, faisant de nous des automates surmenés.

Les transports en commun débordent de pantins guillotinés, penchés sur leurs smartphones. Cette mauvaise inclinaison de la tête appelée « Text neck » pourrait provoquer des troubles musculo-squelettiques.

L’émergence du télétravail a séduit de nombreux travailleurs et nous pouvons nous questionner sur cette attirance. Le « chez-soi » n’est-il pas par définition le lieu calme et réconfortant (Home sweet home), loin du brouhaha et des interactions sociales -certes importantes mais parfois contraignantes ? La souffrance au travail, le harcèlement ont parfois des impacts sur la santé mais aussi sur la santé mentale.

Dès lors, comment ne pas se laisser envahir par cette violence du monde du travail ?

Et si on prenait le temps ?

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Le confinement a vu naître de nombreux apprentis yogis et on en salue l’initiative. Le fait d’«avoir du temps » pour soi a été une merveilleuse occasion pour beaucoup de se reconnecter à soi. Cela a pu se manifester à travers l’expression artistique mais aussi un investissement du corps. Les clubs de sports ont proposé des cours en ligne, les sportifs de haut niveau nous ont partagé leur routine. Pour ma part, engager le corps dans ce contexte sanitaire anxiogène, a été libérateur sur le plan psy et sur le plan physique. L’exercice physique libérant de l’endorphine, j’ai constaté une amélioration de mon anxiété et un bien-être grâce au yoga.

Apprendre à écouter les manifestations du corps

Plébiscité par bon nombre de stars, on le sait, le yoga est « tendance ». Mais à toi lecteur qui n’a jamais pratiqué, ne le fais pas uniquement parce que les tops de Victoria Secret en sont fans. Le yoga invite au contraire à un retour à soi, loin des diktats de la société alliant performance et culte de la beauté.

A travers les postures, conscience du corps, détente et amélioration des tensions s’opèrent. Des recherches scientifiques ont montré les effets de cette pratique sur la santé. La pratique du yoga sollicite également la respiration (les Pranayama), primordiale pour prendre conscience de notre énergie vitale. On apprend donc à respirer, car croyez-le ou non, on ne sait pas respirer correctement. Les exercices de respiration viennent calmer le mental et les maux physiques (troubles digestifs, maux de dos etc).

Stronger Together Love GIF by Shalita Grant

La sophrologie ou encore la méditation sont des alternatives intéressantes pour calmer l’anxiété. Mais je vous le concède, cela ne résout pas les problèmes initiaux (conditions précaires de travail ou de logement, contraintes du quotidien, stress de la vie citadine).

Dans la société « en marche » dans laquelle nous évoluons, il y a peu de temps pour l’écoute de soi et de son corps. Il semblerait qu’on souhaite cacher les manifestations du corps :les médicaments pour les moindres petites douleurs, la chirurgie esthétique pour l’acceptation de soi, la mode et la beauté pour échapper à la nudité du corps. Au lieu d’abandonner nos corps à une emprise consumériste, prenons le temps de l’écouter. Les manifestations psychologiques font aussi l’objet d’un rejet : quelqu’un qui ne va pas bien semble « déranger » le théâtre dont nous sommes les acteurs.

Il ne tient qu’à nous d’apprendre à s’écouter avec bienveillance. Votre corps vous remerciera.

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