Quand le travail se téléporte

Vous vous souvenez de l’époque où je cherchais activement un emploi en 2020 (et me suis retrouvée à refuser un poste) ? Ça y est, cette sombre époque est enfin derrière moi : depuis janvier 2021, je suis responsable éditoriale au sein d’une entreprise internationale spécialisée dans les comparateurs, en « FULL REMOTE », autrement dit : en télétravail à plein temps. Vous me direz, si j’ai trouvé du travail, pourquoi revenir sur le sujet et raconter ma vie dans cet article ? Parce qu’en télé-travail il y a plein de choses à comprendre, et quelques petits pièges à éviter… Et notamment le surmenage. Bien accrochés ? C’est parti.

Première impression : le télétravail, c’est le pied !

En 2020, j’étais libérée, délivrée, et surtout… diplômée.

Master 2 de communication digitale en poche (après maintes études de Lettres et de Philosophie en Hypokhâgne, Khâgne, à la Sorbonne, à Paris VII, ainsi que de communication au CFPJ), j’étais sur le qui-vive.

Non, je n’attendais pas à ce qu’une entreprise vienne joyeusement sonner à ma porte, si c’était le cas dans les années 70 d’après mes parents et leur entourage, tout le monde sait qu’en 2020-2021, mieux vaut remuer ciel et terre pour gagner sa vie. Je me suis donc transformée en Sydney Fox à la recherche, non pas de trésor perdu mais d’un réel grâal contemporain : le CDI.

Après avoir dépensé quelque somme non négligeable dans l’achat d’un tailleur propre et cohérent avec la réputation du secteur visé, pris des cafés à 00H00 pour me forcer à candidater jusqu’au bout de la nuit (ce que je ne vous recommande guère), j’ai finalement pris le temps d’écouter mes désirs et réalisé que ce que j’avais envie de faire, j’avais envie de le faire pour moi : en bref, devenir indépendante.

Je me suis donc mise à chercher par monts et par vaux des missions Freelance, un terme anglosaxon servant à désigner un aspect essentiel, travailler à son compte. Après avoir fait en sorte d’attirer le plus de recruteurs sur mon profil LinkedIn, j’ai été rapidement contactée par le directeur d’un magazine français reconnu par la communauté digitale. Je me lançais alors dans la rédaction web, le cœur léger !

J’adore écrire, on apprécie ma plume, c’est un beau compromis professionnel et je suis enfin soulagée d’avoir trouvé mon bonheur.

Réalité : l’incroyable monde des impôts

Le « CAPTAIN OBVIOUS » a encore frappé. Si j’enfonce des portes ouvertes, c’est parce que vous allez voir dans ce qui va suivre que le télétravail, c’est génial, mais ça demande un bol de détermination et une cuillère à soupe d’organisation.

En effet, même si j’adore ce fameux magazine parce qu’il m’avait ouvert le champ des possibles en premier, côté finances, ce n’était pas la même histoire. C’était déjà plus intéressant que des allocations pôle emploi, mais quand on est freelance, il y a un petit détail qui n’échappe à personne : le merveilleux monde des impôts et des cotisations URSSAF.

Celui-ci me réveillait la nuit, m’appelant dans mon sommeil, se faisant passer pour un diable accueillant : « viens Elvire, donne-moi de quoi me sustenter ! »

[Oui, j’ai omis de vous préciser qu’être indépendante, c’est aussi passer par la case impôts, les charges et cotisations, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle de nombreux salariés renoncent devant la porte d’entrée de l’univers freelance. Ce n’est pas un fatras administratif et financier insurmontable, loin de là, mais ça demande un peu d’énergie.]

Travailler, c’est bien… Gagner sa vie, c’est mieux

J’ai donc redoublé d’efforts – bien que les derniers en date aient bel et bien payé puisque l’un de mes articles au sein du magazine avait été repris sur le compte LinkedIn d’un éminent directeur de communication d’un grand groupe – et me suis mise en quête de nouvelles missions rédactionnelles.

Mon corps se changea soudainement en poulpe assoiffé de thune, mes bras, mes jambes, ma tête, mes mains, mon cœur, tout mon être était accaparé à l’idée de subvenir à mes besoins. Même les courtiers de Zola auraient été impressionné. Et mon futur album ? Et le clip que j’ai envie de réaliser ? Et la visibilité des femmes nécessaire au bon déroulement d’une société idéalement non patriarcale et pacifiste ? Le magazine que j’ai envie de faire grandir ? Mon futur voyage au Costa Rica…

Dans ma famille, on m’a souvent dit : l’argent n’est qu’un moyen pour accomplir ses rêves. Ce à quoi ma mère complétait souvent par : « bien sûr, ce n’est pas le seul moyen. Le culot aussi, ça marche bien. Sois culottée ma chérie. »

En ce sens, je ne mettais aucune limite particulière, j’appelais directement des recruteurs et rédacteurs en chef, même si aucune annonce n’était postée. je jetais des bouteilles à la mer dans l’attente d’être comblée et de voir le monstre fiscal de mes insomnies disparaître dans les nimbes de mon compte en banque.

J’abrège : deux nouvelles me tombèrent dessus simultanément, l’une venait d’un cabinet d’expert-comptable, on me demandait de rédiger des articles économiques – j’avais déjà pris l’habitude chez le courtier pour lequel j’avais travaillé en alternance en dernière année – l’autre venait de l’entreprise internationale dont je vous ai déjà parlé en introduction.

Cette dernière m’invitait non seulement à rédiger pour un site assez connu spécialisé en literie, et souhaitait également me voir reprendre les rênes éditoriales de leurs trois sites emblématiques.

En d’autres termes, j’allais pouvoir réaliser des missions de marketing, complétées par des missions de management et d’édition de CMS. J’osais à peine rêver mieux, rien de tel qu’une entreprise à vocation internationale ne serait-ce que pour apprendre à parler anglais, espagnol ou encore allemand, autrement dit développer mes compétences.

Avec ces trois entreprises complètement différentes, j’avais enfin l’esprit tranquille côté finances. L’objectif était atteint.

Cela dit, certains obstacles se sont mis en travers de mon chemin, des pièges que j’aurai pu facilement éviter si l’on m’avait bien expliqué à quoi ressemble le télétravail en 2021. Je vais donc vous donner quelques conseils pour…

Conseils pour télétravailler en liberté

1. Prenez le temps de bien vous organiser

Quand on se lance en freelance, on a tendance à ne voir d’abord que les aspects positifs, mais comme dirait mon père : « veille à bien t’organiser ».

S’organiser quand on est freelance

Si vous êtes déjà inscrits à l’URSSAF, si vous avez bien un numéro de Siret et un code APE, la seule chose qui reste à faire, c’est de vous lancer, et de bien vous organiser.

S’organiser, ça veut tout et rien dire, on est d’accord. Pour faire simple, je vous recommande de créer un dossier intitulé Freelance, dans lesquels vous allez insérer plusieurs sous-dossiers, pour bien séparer vos clients si vous en avez plusieurs. Je vous conseille notamment d’avoir un document Excel, pour inscrire votre comptabilité au fil des mois, et ne pas omettre une partie de votre chiffre d’affaires.

Côté travail, vous allez probablement devenir adepte des to-do !

Travailler en freelance pour des entreprises variées, cela revient à avoir beaucoup de choses à faire, et ce que je vous conseille par-dessus tout : ne pas vous mettre sur toutes missions en même temps.

Arrêtez de vouloir tout faire et tout compléter en une après-midi, ce n’est pas faisable et vous risquez de vous emmêler les pinceaux. Surtout si vous êtes à plein temps dans l’une de vos entreprises : mettez-vous un réveil et travaillez à fond pour celle-ci toute la journée, faites une pause vers 18h, et engagez-vous dans la mission d’une autre entreprise peu après seulement si vous estimez que celle-ci vous prendra une heure grand maximum.

 S’organiser quand on est en CDI ou en CDD

Quand on est en CDI ou en CDD c’est complètement différent. Vous n’avez pas à vous soucier outre mesure de votre comptabilité, cela dit, pour les impôts, il est très important de conserver vos fiches de paie soit sur votre ordinateur et sur un complément (disque dur, clé USB), soit physiquement, dans un classeur dédié à la gestion administrative.

L’avantage quand on est en CDI, CDD, c’est que les horaires sont fixes même si nous sommes nombreux, surtout en France, à faire des heures supplémentaires.

Arrêtez-tout : quand il est l’heure de partir, partez, gardez une chose en tête : « ce n’est que du travail ». Si ce travail vous passionne, c’est génial, mais il ne sert à rien de vous épuiser physiquement et mentalement, et d’ailleurs, ça ne vous rend pas plus performant.

2. Fixez-vous des priorités

Si vous êtes une ou un chef-fe de projet né-e, un consultant, une manageuse, bref : un télétravailleur qui doit gérer plusieurs projets en simultané : commencez par prendre du recul sur l’ensemble de vos missions et en un mot : PRIORISEZ.

Tout ne doit pas être fait en urgence, certains projets sont beaucoup plus importants et les autres un peu moins, c’est normal. Si vous êtes junior et que comme moi, vous avez eu du mal à établir clairement vos priorités, inutile de vous mettre la pression pour tout, tout le temps. Vous n’êtes pas UNDER PRESSURE.

Vous êtes maître de la situation.

En général, dans toutes les entreprises, on a tendance à fixer des objectifs de conversion prioritaires, mais tout ne tourne pas non plus autour de l’argent, si vous êtes dans une entreprise humaine et respectueuse de ses salariés mais aussi de la planète, il y a de fortes chances pour que vos priorités soient bien différentes des autres.

En tout cas l’important, c’est d’accomplir votre travail en étant vous-même, et de chercher à apprendre de vos erreurs.

Ce n’est pas la peine de vous mettre dans tous vos états pour le moindre petit détail.

Et d’ailleurs…

3. Détendez-vous ! Ce n’est QUE du travail

Au travail, à moins d’être médecin en télétravail et donc connecté à Skype ou Doctolib, il n’y a pas mort d’homme.

Si vous êtes épanoui dans votre travail, c’est l’essentiel, cela dit il n’y a aucune vie en jeu et si vous sentez que vous êtes en train de tirer sur la corde, surtout, écoutez votre corps.

Dès que vous ressentez une fatigue trop importante, un mal de dos inhabituel, des crampes, des maux d’estomac… Ayez bien en tête que c’est le signe que vous avez besoin de vous reposer et de faire une pause dodo.

En France, nous sommes très à cheval sur les horaires, et on a tous tendance à vouloir prouver notre valeur jusqu’à s’épuiser physiquement et mentalement. Stop ! On est pas des machines !

Je compte sur vous pour vous écouter, vous balader, écouter de la musique entre midi et deux, vous aérer l’esprit pendant vos pauses, la Terre ne va pas s’écrouler parce que vous n’avez pas livré telle refonte de site ou présentation PPT en temps et en heure.

Don’t worry be happy !

4. Ne prenez pas les critiques personnellement

Si vous êtes la petite dernière, le petit nouveau, bref vous venez tout juste de commencer à prendre vos marques dans l’entreprise de vos rêves : vous allez certainement entendre des phrases qui ne vont pas du tout vous plaire et qui risquent de vous bousculer.

C’est une note à moi-même mais aussi un conseil que je vous donne à vous cher lecteur – chère lectrice, ne vous emballez pas pour une phrase prononcée dans la précipitation, par une personne qui subit elle-même un stress important au quotidien.

Quoique ce collègue, cette-ce supérieur-e dise de votre travail, les remarques que l’on vous adresse ne sont généralement pas à charge et n’ont pas pour objectif de vous viser vous personnellement.

Quand on démarre dans la vie professionnelle, c’est très dur de savoir faire la part des choses alors une chose est sûre, ne vous flagellez pas et ne pleurez pas si une toute petite remarque vient contrecarrer votre journée. Cela arrive, et toute remarque au travail est censée être constructive et a pour but de vous aider à avancer.

Ce ne sera pas la première, ni la dernière que vous entendrez, autant vous y faire en répondant calmement et sereinement de la manière la plus intelligible et la plus pertinente possible.

Attention toutefois aux remarques et injures sexistes, aux propos mal placés, et ainsi de suite : vous n’avez pas non plus à encaisser des grossièretés. Si cela vous arrive, parlez-en et trouvez de l’aide autour de vous. Ne restez pas seuls !

Et dites-vous bien une chose, d’après mon psy, ce qu’une personne va dire de vous, de votre travail, ou de vos habitudes, en dit beaucoup plus longuement sur elle que sur vous-mêmes… À bon entendeur !

5. Fixez vos horaires, connaissez vos limites

C’est LA base d’un télé-travail serein.

Si on vous laisse le choix de vos horaires, tant que le travail est fait, ne prenez pas pour acquis que si vous avez envie, vous pouvez vous lever tard et travailler jusqu’à minuit. Bien sûr, c’est un rythme de croisière qui peut correspondre à beaucoup d’entre nous, on est tentés de s’y essayer. Cela dit, ce n’est pas le meilleur rythme professionnel à long terme.

Je vous recommande d’adopter des horaires sains et réguliers, pour ne pas trop vous perturber tant sur le plan physique que psychologique. Parce que tout le monde le sait, se coucher tard, ce n’est jamais bon pour la santé, surtout si vous vous endormez devant un écran.

Autre point très important, connaissez-vous vous-même (#Socrate), connaissez vos limites. Vous savez que vous êtes du genre à s’enthousiasmer pour le moindre projet ou la moindre activité excitante ? Ne foncez pas tête baissée et n’acceptez pas tout et n’importe quoi. Je vous recommande vivement d’éviter le surmenage en acceptant un à deux projets à la fois, et non cinquante tel que vous en rêvez sauf que… Votre corps ne va pas apprécier.

Ménagez-vous, reposez-vous, prenez le temps qu’il faudra, ce n’est que de cette manière que vous allez prouver à votre équipe que vous êtes réellement au top de la performance.

J’espère que ces petits conseils vous ont été utiles 😊

Si vous avez des questions, une remarque, la Team Colette se fera une joie d’y répondre !

Si vous avez des questions, des remarques la Team Colette se fera une joie d’y répondre.

Bon FULL REMOTE à tous.

Du dévouement à l’exploitation en milieu associatif

Dans Te plains pas, c’est pas l’usine. L’exploitation en milieu associatif, Lily Zalzett et Stella Fihn, deux salariées du secteur associatif, nous éclairent sur un milieu aux fonctionnements semblables à ceux du secteur privé.

On a tendance à penser le milieu associatif comme l’incarnation de valeurs allant à l’encontre de la recherche du profit. Naïvement, on peut croire que les enjeux de domination n’y ont pas place. Pourtant, les auteures de ce livre nous offre une autre peinture, bien moins reluisante, du milieu associatif.

Dépendance à l’Etat

Les auteures introduisent leur réflexion en abordant la structure associative. Elles soulignent la dépendance des associations au pouvoir étatique. Elles montrent que cela va parfois à l’encontre des politiques des associations.

Pour survivre, les associations dépendent des subventions versées par l’Etat. Elles se retrouvent dans une logique de marché, répondant à des appels d’offre lesquels ne dépendent que des politiques publiques sans cesse mouvantes. Les structures associatives doivent s’adapter aux exigences changeantes de l’Etat.

Un secteur précaire

Si le secteur associatif compte de nombreux volontaires, bénévoles, il propose une myriade d’autres statuts ! Au-delà du salaire, les statuts restent cependant précaires.

On observe par exemple, comme dans beaucoup de secteurs, une hausse des statuts d’auto-entrepreneurs. Ce statut, bien qu’il offre une flexibilité et un sentiment d’être son propre patron, revêt des inconvénients bien réels : le licenciement sans préavis en est un parmi d’autres.

Les auteures reviennent sur le statut de service civique qui, vendu comme une « chance », n’est finalement qu’un emploi déguisé.

Le côté éphémère de ces contrats est pointé à juste titre: comme dans le secteur privé, on a affaire à des prises de décisions à court-terme.

Culpabilisation, contradictions, domination

A la lecture de Lily Zalzett et Stella Fihn, on retiendra l’importance de la notion de dévouement. En effet, les auteures insistent sur l’engagement et la motivation des acteurs du milieu associatif, lesquels croient profondément aux valeurs, à la « cause » de l’association.

Ce dévouement entraine cependant un mode de travail semblable à celui qu’on trouve dans le secteur privé : stress, heures supplémentaires etc.

Derrière une certaine coolitude, les volontaires et les salariés sont soumis à une responsabilisation et une culpabilisation.

Plus grave encore, les auteures observent une reproduction de la logique de domination. Cela passe notamment par l’embauche, dont elles soulignent le caractère insidieux : embaucher un Noir pour représenter le « grand frère » dans un quartier, n’est-ce pas une manière de remplir les quotas ?

Elles relèvent une certaine contradiction entre les valeurs affichées de l’association et les faits. L’embauche qui est censée permettre de dépasser les dominations (raciales, sexuelles, sociales) à l’œuvre dans l’espace public, se retrouvent dans les postes proposés.

Si en façade, l’association apparait comme une famille, les rapports hiérarchiques s’y observent cependant. Au sein de l’association, tous sont soumis aux décisions d’en haut (l’Etat), mais les répercussions ne sont pas les mêmes pour chacun. Sans surprise, elles sont plus dures pour ceux « d’en bas ».

Ce livre a pour vocation de faire reconnaitre le travail associatif. Si l’analyse des auteures est assez sombre, leur message est plein de lutte et d’espoir : arrêtons de cliver les travailleurs et les bénéficiaires et luttons ensemble contre l’exploitation 🦾!

Entreprises : pas de petites économies

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On a tous eu une expérience dans une entreprise de ce genre. De celles qui comptent la moindre heure supplémentaire, qui refusent de payer pour le confort de leurs salariés au détriment de leur santé mentale ou physique. De celles encore qui ne se soucient guère de dépenser en encre et en papier mais qui se refusent de débourser un centime pour garantir une stabilité d’emploi à leurs employés.

Paye ta planète

Fichiers, Papier, Bureau, Formalités Administratives

C’est souvent ces petites entreprises, pourtant aux principes écolos et anticonformistes bien affirmés qui avouent une certaine contradiction dans leur manière de travailler.

N’avez-vous jamais eu connaissance d’un responsable, certes d’un certain âge et de fait en décalage avec la performance numérique, qui s’obstinait à garder une trace papier de TOUT ? Y compris du mail d’une ligne de cet interlocuteur lambda dont on aura oublié le contenu de l’échange le lendemain ? Moi si.

Si la numérisation permet non seulement une facilité dans l’archivage des données, elle permet aussi (rappelons le en passant) une économie d’encre et de papier. Nous ne pouvons pas ignorer l’avenir de notre planète, d’autant plus dans un secteur comme le livre (le responsable en question étant un éditeur).

Lors de différentes expériences professionnelles, j’ai observé une sorte de vénération pour le papier. Des piles et des piles de papier accumulées, parfois pour des questions d’archivage, cela s’entend dans ce cas (et encore…). Mais aussi souvent comme un acte frénétique du clique droit « Imprimer ». Ce clique si facile est à l’image d’une empreinte au critérium qu’on viendrait effacer, jeter donc. Lesquels de ces acharnés du papier pensent d’ailleurs à jeter les masses blanchâtres dans la poubelle appropriée…?

On observe donc une surconsommation de papier et d’encre dans certains milieux, y compris le domaine du livre. On déplore que ses acteurs nient les problématiques environnementales.

Les travailleurs jetables

Petites ou grandes entreprises, on constate une dévalorisation des travailleurs. Le néolibéralisme à l’œuvre dans les modes de travail actuels tend à réduire, voire à nier, la subjectivité des salariés. Le travail dissimulé, les licenciements abusifs que l’on observe dans de nombreuses sociétés réduisent les travailleurs à ces fameuses boules de papier dans la poubelle. Qu’est-ce que ça peut faire puisque on peut imprimer à nouveau ?

Si l’on a de scrupule à imprimer en rafale, à faire griller les encres de la monstrueuse machine, on n’en a pas moins à dépenser pour le bien-être des salariés. Des mauvaises conditions matérielles et sanitaires participent de cette dévalorisation du corps du travailleur, réduit à être enroulé sur lui même (maux de dos), froissé, crispé, parfois déchiré jusqu’au burn out ou au suicide.

Mais l’humain n’est pas un bout de papier !

Big brother is watching you

De même, la surveillance des employeurs dans de plus en plus d’entreprises ramène la subjectivité du travailleur au rang d’objet.

La mise en place de logiciels sur les ordinateurs (parfois à l’insu des salariés), ou encore le système de pointage sont des manières de contrôler le temps de travail. Cela occasionne un stress dans le quotidien des salariés qui renoncent parfois à prendre de pause. Où va le monde ? On entend bien que le mot « travail » tire son étymologie du latin tripalium signifiant « torture », mais tout de même…

Les messageries où l’on peut tchater avec ses collègues (Teams) ou encore le partage de données permet encore de savoir qui travaille et à quel moment.

Les députés Éric Ciotti et Guillaume Larrivé proposent à nouveau de coupler  caméras de surveillance et reconnaissance faciale
Souriez, vous êtes filmés !

Certains employeurs ont été réticents à la mise en place du télétravail, craignant un désinvestissement des salariés. N’est-ce pas là encore une crainte de l’employeur à ne plus avoir de contrôle sur ses salariés ?

Cela est ironique quand on sait que les télétravailleurs ont tendance à être au contraire plus productifs à leur domicile qu’au bureau.

Le Trésor relève un accroissement de 5 à 30% de la productivité en télétravail : le temps de travail augmente du fait de l’absence passé dans les transports en commun, le volume horaire augmenterait du fait de meilleurs conditions de travail (calme, concentration). Enfin, l’investissement du salarié serait plus important en compensation à son absence physique.

Pourtant, qui dit télétravail dit télécommunications et surveillance potentielle…

Des solutions à court terme

Le stagiaire à tout faire, payé 3,90 euros de l’heure, et cumulant parfois l’équivalent de deux à trois postes permet de ne pas créer d’embauche. On peut d’ailleurs relever l’absence d’intérêt dans cette économie à court terme. En effet, si l’on va dans une logique de rendement, le temps passé à la formation du stagiaire n’est-il du temps de « perdu » sur le travail à effectuer?

Cet investissement à court terme s’observe aussi dans la reconduite de CDD : les entreprises qui embauchent des salariés en CDD jusqu’à la durée maximale (un an et demi) pour les faire revenir six mois après au lieu de les embaucher en CDI. Ces choix coûtent parfois plus cher à l’entreprise qui s’obstine à des solutions bricolos.

Et le droit du travail dans tout ça ?

Code Du Travail, France, Réglementation, Code, Travail

Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises sont toutefois tenues de respecter le Code du travail. Aussi, la législation et la contractualisation permettent de protéger le salarié.

Concernant la surveillance, si un système de vidéosurveillance est autorisé, il doit respecter certaines règles, notamment celle d’informer les salariés de l’installation des caméras (article L 1222-4 du Code du travail).

Quant au temps de pause, il n’est pas optionnel mais bien prévu dans le temps de travail. Le Ministère du travail fixe une pause d’une durée minimale de 20 minutes consécutives dès que le temps de travail quotidien atteint 6 heures.

Rappelons qu’une visite à la médecine du travail ne doit pas être considérée comme une pause, elle est prise en charge par l’employeur. Selon l’article R. 4624-28 du Code du travail :


” Le temps nécessité par les examens médicaux, y compris les examens complémentaires, est soit pris sur les heures de travail des salariés sans qu’aucune retenue de salaire puisse être opérée, soit rémunéré comme temps de travail normal lorsque ces examens ne peuvent avoir lieu pendant les heures de travail.
Le temps et les frais de transport nécessités par ces examens sont pris en charge par l’employeur. “

La durée quotidienne de travail effectif par salarié ne peut excéder 10 heures, sauf exceptions.

Le contrat de travail doit toujours mentionner les éléments suivants : nature du contrat, coordonnées des deux parties, date de début d’exécution, nature du poste occupé, rémunération et des congés payés, durée du contrat (hors CDI).

Un stagiaire doit recevoir une gratification à partir de deux mois consécutifs. Le taux horaire de la gratification est égal au minimum à 3,90 € par heure de stage.

Si vous vous sentez malmenés, que vos conditions de travail ne sont pas respectées, exigez le respect. N’hésitez pas à contacter votre syndicat, avoir recours à la médecine du travail ou à l’inspection du travail. Ayez un échange écrit (sans imprimer !) avec votre responsable en listant les points que vous souhaiteriez aborder sur vos conditions de travail.

Société en marche et corps en ruine

Lorsqu’on travaille, on a tendance à vivre à cent à l’heure et nos corps en pâtissent. La devise « métro, boulot, dodo » et la performance qu’elle implique nous prive de l’écoute de soi. Nos corps ne méritent-ils pas plus de bienveillance ?

Le corps au travail

Une vidéo parue sur Brut en novembre 2019 s’inquiétait de montrer « A quoi pourraient ressembler les employés de bureau dans 20 ans ». Terrifiante prévision que nous avons là : on voit une femme en surpoids, le dos courbé, les veines enflées, les yeux injectés de sang. Pour avoir fait les frais de postes éprouvants (hôtesse d’accueil, secrétaire, vendeuse), je peux moi aussi me reconnaitre dans cette inquiétante description des conditions de travail inadaptées au corps.

New York Times Journal, Salle De Presse, 1942

Aux conditions matérielles inadéquates (position inconfortable, absence d’ergonomie) s’ajoute souvent le stress du travail en lui-même (échéance à respecter, assurer les missions demandées etc). La notion de stress est devenue tellement banale qu’elle est quasiment érigée en mantra de la société néo-libérale. Les expressions comme « je suis busy » ou « je suis sous l’eau » semblent attester de son sujet qu’il répond aux attentes sociétales implicites.

Busy Work Work Work GIF by funk

Mais ce fameux stress est un motif courant des consultations médicales, ostéo ou psy. Le stress agit sur le corps de manière plus ou moins grave, il peut être à l’origine de réactions psychologiques ou physiologiques (manque de sommeil, perte ou prise de poids, accélération du rythme cardiaque entre autres). Les manifestations du stress sont parfois moins évidentes et viennent toucher des zones conscientes ou inconscientes. Ce peut être le cas quand on somatise par exemple.

Pantins désarticulés

Les conditions de travail que nous connaissons ne semblent pas respecter nos corps. Pour des raisons d’impératifs et de rendement, le corps est souvent meurtri et nié. Combien de gens zappent leur pause dej ou font des heures supplémentaires afin d’achever leurs missions ? Les besoins physiologiques de base (se nourrir, bien dormir, bouger régulièrement) sont bien souvent expédiés, faisant de nous des automates surmenés.

Les transports en commun débordent de pantins guillotinés, penchés sur leurs smartphones. Cette mauvaise inclinaison de la tête appelée « Text neck » pourrait provoquer des troubles musculo-squelettiques.

L’émergence du télétravail a séduit de nombreux travailleurs et nous pouvons nous questionner sur cette attirance. Le « chez-soi » n’est-il pas par définition le lieu calme et réconfortant (Home sweet home), loin du brouhaha et des interactions sociales -certes importantes mais parfois contraignantes ? La souffrance au travail, le harcèlement ont parfois des impacts sur la santé mais aussi sur la santé mentale.

Dès lors, comment ne pas se laisser envahir par cette violence du monde du travail ?

Et si on prenait le temps ?

Yoga, L'Exercice, De Remise En Forme, Femme, La Santé

Le confinement a vu naître de nombreux apprentis yogis et on en salue l’initiative. Le fait d’«avoir du temps » pour soi a été une merveilleuse occasion pour beaucoup de se reconnecter à soi. Cela a pu se manifester à travers l’expression artistique mais aussi un investissement du corps. Les clubs de sports ont proposé des cours en ligne, les sportifs de haut niveau nous ont partagé leur routine. Pour ma part, engager le corps dans ce contexte sanitaire anxiogène, a été libérateur sur le plan psy et sur le plan physique. L’exercice physique libérant de l’endorphine, j’ai constaté une amélioration de mon anxiété et un bien-être grâce au yoga.

Apprendre à écouter les manifestations du corps

Plébiscité par bon nombre de stars, on le sait, le yoga est « tendance ». Mais à toi lecteur qui n’a jamais pratiqué, ne le fais pas uniquement parce que les tops de Victoria Secret en sont fans. Le yoga invite au contraire à un retour à soi, loin des diktats de la société alliant performance et culte de la beauté.

A travers les postures, conscience du corps, détente et amélioration des tensions s’opèrent. Des recherches scientifiques ont montré les effets de cette pratique sur la santé. La pratique du yoga sollicite également la respiration (les Pranayama), primordiale pour prendre conscience de notre énergie vitale. On apprend donc à respirer, car croyez-le ou non, on ne sait pas respirer correctement. Les exercices de respiration viennent calmer le mental et les maux physiques (troubles digestifs, maux de dos etc).

Stronger Together Love GIF by Shalita Grant

La sophrologie ou encore la méditation sont des alternatives intéressantes pour calmer l’anxiété. Mais je vous le concède, cela ne résout pas les problèmes initiaux (conditions précaires de travail ou de logement, contraintes du quotidien, stress de la vie citadine).

Dans la société « en marche » dans laquelle nous évoluons, il y a peu de temps pour l’écoute de soi et de son corps. Il semblerait qu’on souhaite cacher les manifestations du corps :les médicaments pour les moindres petites douleurs, la chirurgie esthétique pour l’acceptation de soi, la mode et la beauté pour échapper à la nudité du corps. Au lieu d’abandonner nos corps à une emprise consumériste, prenons le temps de l’écouter. Les manifestations psychologiques font aussi l’objet d’un rejet : quelqu’un qui ne va pas bien semble « déranger » le théâtre dont nous sommes les acteurs.

Il ne tient qu’à nous d’apprendre à s’écouter avec bienveillance. Votre corps vous remerciera.