Colette Magazine s'adresse aux lectrices et lecteurs qui osent rêver en grand. Ou comment enchanter le monde grâce à la culture.
Catégorie : Société
Retrouvez ici tous nos articles sur des sujets de société : conditions et droits du travail, droits des femmes, droits lgbti, climat, conflits mondiaux… Des petites actus aux articles qui questionnent nos manières de vivre ensemble, tout est là.
Où en est la lutte pour les droits des personnes trans en ce 31 mars 2025 ?
Si officiellement, on l’appelle la Journée Internationale de Visibilité des personnes Trans, en anglais TDoV (Trans Day of Visibility), c’est d’une journée de responsabilisation des personnes cis dont on devrait parler pour reprendre les termes de la publication du psy engagé Morgan Noam sur Instagram, puisque les personnes trans ont besoin avant tout de dignité, bien plus que de visibilité.
Comme le 8 mars qui n’est pas “la journée de la femme”, mais la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le 31 mars est une journée de lutte pour les droits des personnes trans.
Changement d’état civil : pas d’évolution depuis 2016
Des discrimination, de la transmysoginie, encore et toujours des procédures ultra ralenties, pas d’évolution fulgurante et même, depuis 2016, des millions d’euros dépensés par la Justice en procès liés aux changements de sexe dans l’état civil…
Des dépenses complètement inutiles puisque d’après les chiffres de la Chancellerie, 99 % des demandes de changement sexe finissent par être acceptées, suite à de longues périodes d’attente aux tribunaux.
Pour résumer la situation, Maud Royer, Présidente de l’Association Toutes Des Femmes, l’explique clairement :
“Ces 20 millions d’euros, représentent l’argent dépensé par l’Etat pour compliquer la vie des personnes trans, en les forçant à aller dans les tribunaux pour changer la mention du sexe sur leurs papiers d’identité. […] Cet argent pourrait être utilisé pour améliorer les vies des personnes trans qui sont discriminées, ont du mal à accéder au marché de l’emploi, à un logement […]”.
Des droits essentiels pour la dignité des trans
La difficulté des procédures d’état civil pour les personnes trans est telle qu’à l’heure actuelle, elle renforce les discriminations. Par exemple, au moment de la réception d’un colis, au moment de signer un document officiel… L’obligation de dévoiler sa transidentité génère des discriminations et des agressions bien trop récurrentes.
De plus, ne serait-ce que pour voter ou voyager, c’est-à-dire pour bénéficier comme tout le monde des droits fondamentaux, les personnes trans ont besoin de papiers conformes à leur identité.
Il est donc essentiel de les soutenir pour lutter ensemble contre l’humiliation générée par ces procédures lentes et complexes, qui peuvent aller jusqu’à décourager les personnes trans.
Les conséquences de la transphobie
Or, que se passe-t-il en cas de découragement des personnes trans face à ce système judiciaire peu accueillant ni bienveillant, face à la transphobie générale ?
Repli sur soi, solitude :
Les discriminations, moqueries et insultes transphobes isolent les personnes trans, au point où elles se replient totalement et se retrouvent livrées à elles-mêmes.
Cette haine et stigmatisation sociale est d’autant plus difficile à supporter pour les enfants trans, qui grandissent le plus souvent dans des environnements scolaires déconnectés de leur transidentité et ne sont pas toujours encadrés par des professeurs éclairés sur le sujet.
Le coming out des mineurs trans peut avoir lieu beaucoup plus tardivement du fait de certaines atmosphères très toxiques de croissance.
Les enfants trans sont les premières minorités les plus fragilisées, exposées aux multiples préjugés sur l’identité de genre ce qui peut les conduire à ne pas s’accepter eux-mêmes en tant que personnes, ni en tant que citoyens à part entière de cette société.
Risque très élevé de dépression et de suicide :
Un article du Monde de 2023 expose les chiffres alarmants d’une étude réalisée au Danemark, où le risque de faire une tentative de suicide est près de 8 fois plus important pour les personnes transgenres que pour le reste de la population, selon une étude publiée le mardi 27 juin 2023 dans la revue scientifique Journal of the American Medical Association (première étude au monde à présenter des statistiques nationales).
Une pétition à signer : Juge Pas Mon Genre
La pétition Juge Pas Mon Genre est mise en place par l’association Toutes Des Femmes, et reçoit le soutien de plus d’une centaines d’associations partout en France (Acceptess-T, Aides, Inter-LGBT…)
Son objectif ? En finir avec la transphobie, et lutter pour l’évolution des droits des personnes trans en France.
En signant cette pétition, vous participez au combat des personnes trans et demandez à ce que le changement de sexe à l’état civil soit déjudiciarisé, libre et gratuit pour toutes les personnes trans, et qu’il puisse se faire sur simple demande.
Bonjour chers lectrices et lecteurs d’un peu partout ❤️
Je suis bien plus que contente de vous retrouver, l’enthousiasme, la liberté, la créativité, la joie d’écrire à nouveau sur Colette m’envahissent, et ça m’avait manqué.
Depuis la dernière fois que j’ai écrit à cet endroit, il s’est passé tellement de choses dans le monde.
Le drame palestinien, expression souvent utilisée pour éviter de faire fuir les gens, employée à tort et à travers à la place de : génocide ; la déclaration de guerre de Poutine à l’Ukraine, Donald Trump réélu Président des États-Unis…
En France, on a eu droit à un énergumène d’extrême droite à la barre au pouvoir alias Michel Barnier, balayé et vite remplacé par, roulement de tambourin en panne 🥁, François Bayrou, qui dernièrement, s’est dit qu’il allait renforcer les mesures de contrôle de l’immigration (alors qu’en 2013, l’année de mon bac, le type annonçait qu’il se porterait à nouveau candidat à la mairie de Pau, j’ai pas compris cet enchaînement), bref, on est sur un régime semi-présidentiel… Tout ça donne bien sûr envie de crier :
What. The Actual. Motherfucking. FUCK ?
Il était donc temps que je revienne ici pour sauver la planète avec mes petits mots, car j’ai, bien sûr, bon espoir que Poutine tombe sur mon article, ainsi que sur tous les articles et vidéos des petits micro blogueurs dont je fais partie qui dénoncent des trucs, des conflits, et se qu’il se dise mais pardi, oui c’est n’importe quoi, et paf, le voilà parti en asile psy avec Musk, Trump, Xi Jinping et Netanyahou dans une de ses nombreuses villas de la Mer noire.
Mais assez parlé des hommes riches de cette planète, concentrons-nous sur le quotidien actuel des filles et des femmes de la Terre, aussi pluriel qu’il soit. Quelques petits rappels.
Les femmes au cœur : on est où en 2025 ?
Aujourd’hui, 1,1 milliard de filles à travers le monde sont déscolarisées, victimes d’exploitation, ou mariées de force. Environ toutes les 3 secondes, une fille est mariée avant l’âge de 18 ans.
À échelle mondiale, environ 736 millions de femmes ont subi au moins une fois des violences physiques et ou sexuelles de la part de leur partenaire intime, ou en dehors du couple, ou les deux.
Pour ce qui est du couple, en moyenne, 30% des femmes qui ont eu des relations – de couple – signalent avoir subi une violence physique ou sexuelle de leur partenaire intime.
En France, comme on peut le constater sur le site de noustoutes, il y a un féminicide tous les deux jours. Au 1er mars 2025, on dénombrait déjà 23 féminicides depuis le début de l’année. Un viol ou une tentative de viol toutes les 2 minutes 30.
16% des Français.e.s ont subi une maltraitance sexuelle durant leur enfance.
Côté travail, les femmes touchent (toujours) 28,5% de moins que les hommes.
Et l’avortement dans tout ça ? Où en est l’IVG ?
Si le lundi 4 mars 2024, la France est devenue le premier état au monde à inscrire dans sa Constitution « la liberté garantie de la femme de recourir au droit à l’interruption volontaire de grossesse », il existe encore 21 pays dans lequel l’interruption de grossesse est formellement interdite. Au niveau planétaire, on parle de 40% de femmes vivant dans un pays dans lequel l’avortement est soit interdit, soit très restreint.
Une honte, quand on sait que de toute façon, malgré les interdictions, la loi et toute forme d’oppression, les femmes ont recours à des techniques d’avortement. Et ce quitte à mettre leur vie en danger (lisez L’événement, d’Annie Ernaux pour mieux comprendre la problématique).
Il va donc falloir que les dirigeants de ces pays comprennent à un moment donné que les femmes, lorsqu’elles sont déterminées dans leur choix qui concernent leur corps, sont prêtes à aller jusqu’au bout pour pouvoir vivre, et surtout, le plus souvent, survivre, et si cela signifie avorter, elles sont prêtes à tout, alors raison de plus pour leur garantir enfin une sécurité, une réelle protection de santé.
Les IVG clandestines représentent encore la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde.
Ces interdictions, restrictions, discriminations continues, ne font qu’aggraver l’oppression générale et systémique envers les femmes.
Et les femmes, d’ailleurs, ne sont pas toutes les mêmes, comme les médias diffusant des généralités sexistes voudraient nous le faire croire.
On est ensemble
Aujourd’hui, pour faire avancer les combats, la lutte pour les droits des femmes, il est nécessaire de reconnaître la pluralité des femmes, la multiplicité de leurs différences, la diversité, accueillir toutes les femmes peu importe leurs religions, leurs origine.
Les femmes ne sont pas toutes européennes et trentenaires comme moi: certaines sont issues des minorités ethniques, racisées, c’est-à-dire qu’en plus de subir du sexisme au quotidien, elles doivent en plus de ça porter le fardeau à 200% illégal du racisme, et tout un tas d’autres discrimination en fonction de leur situation sociale.
Cette vision intersectionnelle du féminisme, je la partage entièrement, puisque c’est grâce à la convergence des luttes que nous allons augmenter nos chances de nous faire entendre, et de faire avancer la libération des femmes partout dans le monde.
J’ai envie de parler de toutes les femmes, de la nécessité de notre émancipation, mais aussi de faire entendre ici tous les combats qu’on n’entend pas, qu’on ne voit pas, qu’on oublie trop souvent.
Le but ici, ce n’est pas de recourir à la force physique, au vu de mon gabarit, ce serait bien compliqué.
Je suis seule derrière mon écran à vous écrire, à vous lectrices, lecteurs, à vous qui souhaitez un monde plus apaisé, dans lequel la douceur reprend ses droits, accompagnée de la nature, d’un monde plus tourné vers l’humain, vers ce qui ralentit, la paix prend du temps.
Cette paix, j’ai envie de l’installer progressivement avec vous sur des espaces d’information qui ne sont pas encore pollués de censure, d’interdiction ou de désinformation.
Il y aura peut-être ici ou là quelques erreurs, mais s’il vous plaît, corrigez-moi, ou encouragez-moi à reformuler si je m’exprime avec maladresse, j’ai besoin de vous, je pense qu’on a besoin des uns des autres pour avancer ensemble, pour aller loin et construire un monde plus serein dans lequel l’art fait bon vivre.
Osez me parler en commentaire, ou par mail, dites-moi le fond de votre pensée, si vous avez envie de dire ou de crier quelque chose : exprimez-vous, je suis là pour vous entendre, tant que ça reste constructif et sympa.
Soyons audacieux.ses tous ensemble.
Parlons, réveillons la langue ensemble, et tentons d’enjoliver cette planète déjà magnifique, grâce à de beaux mots, à l’amour, la passion que nous éprouvons quant à certains sujets, certaines causes, certaines luttes, certains arts…
J’ai envie de revenir ici pour écrire sur tous les sujets qui me passionnent, dans l’espoir de dialoguer avec celles et ceux pour qui les textes de Colette résonnent.
Pour être dans une clarté absolue, une transparence totale, je m’adresse à tous les amoureux.ses du rire, aux tendres, à celles et ceux qui ont ce don inné de reconnaître de la beauté dans les recoins de la vie les plus infimes, parce que je ne suis pas parfaite, et j’aime de plus en plus l’imperfection.
Je m’adresse aux audacieuses et audacieux, tout ce beau peuple qui veut vivre, chanter, danser, parler autour d’un café, s’émanciper des carcans, briser les cases, les causeurs du dimanche, les énervés de l’après-midi, les tristes poètes du soir, je veux être là pour parler de toutes ces émotions qui nous traversent tous et toutes, de santé mentale, de féminisme, d’égalité des sexes, de droits des femmes oui, de solidarité, d’environnement…
Avec ma petite plume, on va essayer d’avancer un peu par-là, et puis j’espère qu’avec vos yeux, nos cerveaux communs, tout l’amour et la bonne volonté du monde, on réussira à planter quelques graines d’avenir serein.
Ils sont jeunes et déjà, conscients des combats inhérents à la lutte féministe. La Team Colette est allée à la rencontre du collectif Sudriettes, une association féministe créée par les étudiants de l’ESME Sudra, école d’ingénieur basée à Paris, Lille, Lyon et Bordeaux.
Mais d’abord. Un petit rappel sur la journée du 8 mars, en quelques dates clés :
Les Sudriettes, jeune asso’ d’ingés engagés
Gabriel et Irène, 19 ans, nous racontent :
« À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le projet initial de l’école était d’offrir des fleurs à toutes les femmes de notre école (ndlr : ESME Sudria) . Cependant, nous les Sudriettes Paris, (et bon nombre des autres associations de l’école) nous étions complètement opposés à cette idée !
Nous avons donc été amenés à proposer autre chose, pour remplacer l’idée de départ. Nous avons proposé de faire des affiches de sensibilisations sur divers sujets et de faire circuler un questionnaire Google form avec des questions assez précises pour étudier et analyser le sexisme au sein de notre école. Nous en avons aussi profité pour mettre en avant notre association. »
Gabriel, Irène et leurs acolytes vous présentent... les affiches Sudriettes !
Le combat pour l’égalité continue à l’école…
Pour la présidente des Sudriettes, Eugénie Beldowski, le combat pour l’égalité est indispensable.
« Avec 9 étudiant.es nous avons créé les Sudriettes Paris car le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes est au cœur des débats dans la société française et aussi dans le monde entier.
C’est un vrai mouvement en faveur des femmes qui est en marche, et ce bien au-delà de la mauvaise réputation des féministes et du féminisme en général.
Le féminisme d’aujourd’hui n’est pas contre les hommes, l’égalité se fera avec les hommes.
Les Sudriettes Paris ont choisi de se concentrer sur les sujets liés à leurs études : l’accès des filles aux études d’ingénieurs, la place des femmes ingénieures dans les entreprises, l’égalité des salaires homme/femme dans le monde de l’ingénierie.
En étroite collaboration avec la direction de l’école nous sommes également très vigilant.es au sein de notre école qui à ce jour compte 20% de filles seulement. »
Mais aussi dans la rue !
Cet après-midi, des milliers de manifestantes et de manifestants ont marché dans les rues de Paris pour dénoncer le patriarcat et élever la voix contre les injustices faites aux femmes.
Féminisme : portraits de femmes du monde entier
Pour aller plus loin : les numéros à retenir
Le combat continue !
Toute la Team Colette vous souhaite de belles manifs constructives et sans violence.
Bisous et Courage aux Sudriettes, et à toutes les femmes de la planète ❤️
Lorsqu’on travaille, on a tendance à vivre à cent à l’heure et nos corps en pâtissent. La devise « métro, boulot, dodo » et la performance qu’elle implique nous prive de l’écoute de soi. Nos corps ne méritent-ils pas plus de bienveillance ?
Le corps au travail
Une vidéo parue sur Brut en novembre 2019 s’inquiétait de montrer « A quoi pourraient ressembler les employés de bureau dans 20 ans ». Terrifiante prévision que nous avons là : on voit une femme en surpoids, le dos courbé, les veines enflées, les yeux injectés de sang. Pour avoir fait les frais de postes éprouvants (hôtesse d’accueil, secrétaire, vendeuse), je peux moi aussi me reconnaitre dans cette inquiétante description des conditions de travail inadaptées au corps.
Aux conditions matérielles inadéquates (position inconfortable, absence d’ergonomie) s’ajoute souvent le stress du travail en lui-même (échéance à respecter, assurer les missions demandées etc). La notion de stress est devenue tellement banale qu’elle est quasiment érigée en mantra de la société néo-libérale. Les expressions comme « je suis busy » ou « je suis sous l’eau » semblent attester de son sujet qu’il répond aux attentes sociétales implicites.
Mais ce fameux stress est un motif courant des consultations médicales, ostéo ou psy. Le stress agit sur le corps de manière plus ou moins grave, il peut être à l’origine de réactions psychologiques ou physiologiques (manque de sommeil, perte ou prise de poids, accélération du rythme cardiaque entre autres). Les manifestations du stress sont parfois moins évidentes et viennent toucher des zones conscientes ou inconscientes. Ce peut être le cas quand on somatise par exemple.
Pantins désarticulés
Les conditions de travail que nous connaissons ne semblent pas respecter nos corps. Pour des raisons d’impératifs et de rendement, le corps est souvent meurtri et nié. Combien de gens zappent leur pause dej ou font des heures supplémentaires afin d’achever leurs missions ? Les besoins physiologiques de base (se nourrir, bien dormir, bouger régulièrement) sont bien souvent expédiés, faisant de nous des automates surmenés.
Les transports en commun débordent de pantins guillotinés, penchés sur leurs smartphones. Cette mauvaise inclinaison de la tête appelée « Text neck » pourrait provoquer des troubles musculo-squelettiques.
L’émergence du télétravail a séduit de nombreux travailleurs et nous pouvons nous questionner sur cette attirance. Le « chez-soi » n’est-il pas par définition le lieu calme et réconfortant (Home sweet home), loin du brouhaha et des interactions sociales -certes importantes mais parfois contraignantes ? La souffrance au travail, le harcèlement ont parfois des impacts sur la santé mais aussi sur la santé mentale.
Dès lors, comment ne pas se laisser envahir par cette violence du monde du travail ?
Et si on prenait le temps ?
Le confinement a vu naître de nombreux apprentis yogis et on en salue l’initiative. Le fait d’«avoir du temps » pour soi a été une merveilleuse occasion pour beaucoup de se reconnecter à soi. Cela a pu se manifester à travers l’expression artistique mais aussi un investissement du corps. Les clubs de sports ont proposé des cours en ligne, les sportifs de haut niveau nous ont partagé leur routine. Pour ma part, engager le corps dans ce contexte sanitaire anxiogène, a été libérateur sur le plan psy et sur le plan physique. L’exercice physique libérant de l’endorphine, j’ai constaté une amélioration de mon anxiété et un bien-être grâce au yoga.
Apprendre à écouter les manifestations du corps
Plébiscité par bon nombre de stars, on le sait, le yoga est « tendance ». Mais à toi lecteur qui n’a jamais pratiqué, ne le fais pas uniquement parce que les tops de Victoria Secret en sont fans. Le yoga invite au contraire à un retour à soi, loin des diktats de la société alliant performance et culte de la beauté.
A travers les postures, conscience du corps, détente et amélioration des tensions s’opèrent. Des recherches scientifiques ont montré les effets de cette pratique sur la santé. La pratique du yoga sollicite également la respiration (les Pranayama), primordiale pour prendre conscience de notre énergie vitale. On apprend donc à respirer, car croyez-le ou non, on ne sait pas respirer correctement. Les exercices de respiration viennent calmer le mental et les maux physiques (troubles digestifs, maux de dos etc).
La sophrologie ou encore la méditation sont des alternatives intéressantes pour calmer l’anxiété. Mais je vous le concède, cela ne résout pas les problèmes initiaux (conditions précaires de travail ou de logement, contraintes du quotidien, stress de la vie citadine).
Dans la société « en marche » dans laquelle nous évoluons, il y a peu de temps pour l’écoute de soi et de son corps. Il semblerait qu’on souhaite cacher les manifestations du corps :les médicaments pour les moindres petites douleurs, la chirurgie esthétique pour l’acceptation de soi, la mode et la beauté pour échapper à la nudité du corps. Au lieu d’abandonner nos corps à une emprise consumériste, prenons le temps de l’écouter. Les manifestations psychologiques font aussi l’objet d’un rejet : quelqu’un qui ne va pas bien semble « déranger » le théâtre dont nous sommes les acteurs.
Il ne tient qu’à nous d’apprendre à s’écouter avec bienveillance. Votre corps vous remerciera.
En cette période de reconfinement, la haine en ligne augmente sur toutes les plateformes sociales. En outre, 63 % des jeunes affirment avoir été au moins une fois victime de cyberharcèlement, selon une étude de l’institut Montaigne et Axa Préventions.
Sur Instagram, Facebook, YouTube ou TikTok, les influenceurs sont beaucoup plus exposés en société que la moyenne aux critiques virtuelles, puisqu’ils détiennent des comptes suivis par des milliers voire des millions d’abonnés. Alors comment vit-on la cyber haine lorsqu’on est instagrammeur ?
Pour ceux qui ne te connaissent pas, comment définirais-tu tes memes et quels sont les messages qu’ils véhiculent ? La lutte contre le cyberharcèlement est-elle incluse dans ton quotidien d’influenceur ?
YUGNAT : Mes memes sont des memes qu’on pourrait qualifier de « normies », comprendre par là qu’ils cherchent plus à toucher la majorité des gens qu’à se caler dans un sous genre hyper spécifique.
Je ne cherche pas à tout prix à faire des trucs cryptiques pour m’autocongratuler sur le fait que je sois trop en avance ou pas compris par la majorité, c’est plus compliqué de faire marrer ou de parler à plein de gens que de le faire pour un petit nombre qui sont dans le même délire que moi.
J’avoue que je ne fais pas grand chose pour la lutte contre le cyber harcèlement, j’essaie de temps en temps de tourner en ridicule des messages violents et négatifs que je reçois, pour montrer qu’un bon moyen de lutter contre ce phénomène c’est de le tourner en dérision.
Abonnée depuis longtemps, j’ai remarqué que tu te décris à travers tes memes comme quelqu’un d’assez anxieux. Cette anxiété est-elle liée à une surcharge de commentaires haineux sur ton profil ? Est-ce que tu as tendance à remettre en question tout ton travail ou ta personnalité quand une personne te critique ?
YUGNAT : Ahahah !
Non, je suis anxieux pour plein de choses, c’est vrai, mais les commentaires négatifs n’en font pas partie. Je suis sur internet depuis suffisamment longtemps pour comprendre que la meilleure chose à faire c’est de ne pas trop y porter d’attention.
Je ne lis pas souvent les commentaires, même si de temps en temps j’aime bien répondre à un commentaire négatif, parce que je pense que ça fait plaisir à la personne qui a tenté d’attirer mon attention, même s’il le fait de manière aggressive.
Le meilleur moyen de ne pas être pollué par les commentaires et les réseaux sociaux c’est d’en désactiver les notifications.
Quelle est ta première réaction lorsque tu lis un message insultant sur ton compte ?
YUGNAT : Honnêtement, j’essaie vraiment de me détacher de ce genre de contenu, et de bien compartimenter la vie sur les réseaux et la vie réelle. Ça m’énerve deux secondes en général, mais je passe vite à autre chose !
Quels sont les trois premiers qualificatifs qui te viennent à l’esprit pour définir les « haters » ? Et selon toi, ont-ils un âge en particulier ? (En septembre, tu nous parlais des « rebelles sexagénaires »)
YUGNAT : Jeune. Masculin. Anonyme.
Je pense que généralement les haters ont entre 15 et 25 ans, un âge où on se cherche un peu et où on a pas, en général, vraiment de responsabilités.
Pour toi, ces derniers sont-ils forcément des cyber harceleurs, ou existe-t-il une nuance entre ces deux termes ?
YUGNAT : Non je ne pense pas que ce soit le cas, un hater c’est globalement quelqu’un qui s’emmerde et qui du coup utilise le prétexte d’un commentaire mal intentionné pour essayer de se trouver une occupation.
Un cyber harceleur c’est autre chose, on est vraiment dans une volonté de nuire sur le moyen/long terme. Le hater est plus court termiste.
Que conseillerais-tu à tes abonnés ainsi qu’aux jeunes en général pour lutter contre le cyberharcèlement ?
YUGNAT : Pour le cyber harcèlement, je pense que le premier pas c’est d’en parler autour de soi.
Auprès de personnes qui peuvent aider et conseiller sur la meilleure manière de gérer la chose, parfois il faut aller jusqu’au pénal pour des faits graves et ca ne doit pas être géré tout seul !
NDLR : on valide, ne restez pas seul, parlez-en le plus possible, évitez l’isolement.
Connais-tu l’application Bodyguard, qui permet de supprimer le contenu haineux sur tous tes réseaux sociaux, dont Instagram, grâce à un algorithme ?
YUGNAT : Je connais l’application mais je ne l’ai pas utilisé, je me suis dit que j’allais l’installer pour tester mais j’ai toujours zappé !
Pendant le confinement, au printemps dernier, as-tu remarqué une vague plus importante de harceleurs en ligne ? Est-ce que tu as pu en parler à quelqu’un ?
YUGNAT : Alors pour être très franc, j’ai pas remarqué ça du tout et au contraire, j’ai trouvé que les gens avaient besoin de bonnes vibes et du coup en envoyaient plein, les gens se sont réellement serrés les coudes.
Comment tu perçois cette deuxième saison de confinement hivernal ?
YUGNAT : ça me sur-gonfle ! Ça va être hyper dur mentalement. Le premier confinement était exceptionnel et c’est ce coté exceptionnel qui nous a permis de tenir, on s’est dit « il faut tenir le coup, on le fait pour le bien commun, ca va passer et après ca sera derrière nous » sauf que là c’est reparti pour un tour…
Il y a cette notion de récurrence qui rentre en jeu et c’est pas bon du tout.
Pour finir, est-ce que tu envisages de faire plein de stories pour apaiser tes followers à ce sujet ? (PLEASE SAY YES !)
YUGNAT : En fait, je continuerai à faire ce que je fais au jour le jour sans changer de ton.
Si j’ai envie d’être grincant et bad vibes sur le confinement je me priverai pas mais de l’autre coté si je suis de bonne humeur et que je le sens bien j’enverrai des messages positifs !
Faites comme Yugnat999, ne vous souciez pas des oiseaux moqueurs !
Vers qui se tourner en cas de cyberharcèlement ?
Le cyberharcèlement est puni par la loi 2014-873 d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.
Pour s’en prémunir, votre enfant peut contacter l’association e-enfance. Créée en 2005, experte en protection des enfants sur internet, elle leur apporte une aide psychologique.
Net Écoutes, numéro vert national 100 % gratuit, anonyme et confidentiel (0800 200 000) est ouvert aux enfants et adolescents.
À l’ère du Covid19 et du couvre-feu, les rencontres amoureuses semblent de plus en plus complexes. La fermeture des bars et des restaurants m’a fait prendre conscience que ces lieux étaient davantage que des lieux de socialisation et de convivialité. Incarnation de la consommation et notamment de la consommation d’alcool, j’en mesure aujourd’hui l’importance.
Désespérée mais curieuse des applis de rencontre, j’ai pris un certain plaisir à « swiper » et un intérêt particulier à la manière dont les hommes se décrivaient sur ce genre d’applications. Au fur et à mesure des profils, se sont dessinées des catégories qui revenaient de manière récurrente : la catégorie bestiaire, où l’on voit un homme accompagné d’un koala, d’un lézard ou plus modestement, d’un chat ; la catégorie du papa décomplexé qui s’affiche avec sa progéniture ; celui du type entouré de ses potes sur chacune de ses photos ; celui dont on ne sait pas s’il a des photos autres qu’avec son ex. Ce genre de profils m’amusaient et provoquaient rires et commentaires avec les copines. J’ai peu à peu été plus attentive à un autre critère, moins évident car ancré dans les habitudes et la tradition française : l’homme et l’alcool.
Séduction et alcool
Drôle de période que nous traversons en ce moment, où l’Autre est perçu comme un danger potentiel, où l’on prend des risques à être avec autrui. L’annonce du couvre-feu et la fermeture des bars, des boîtes de nuit et des restaurants a sonné comme une difficulté encore plus insurmontable pour de nombreux célibataires.
Moi-même j’ai pensé « Mais comment on va faire pour rencontrer des gens, s’il n’y a même plus les bars ? » Comme si notre vie sociale dépendait de ces lieux enivrants. J’ai pris conscience que tous les rendez-vous galants habituels, appli de rencontre ou non, se réalisaient dans des bars.
La consommation entraînant la consommation, l’alcool désinhibe et permet bien souvent de prolonger la soirée plus intimement. Quand je repense à plusieurs rendez-vous que j’ai eus, il apparaît clair que l’alcool a joué un rôle dans la séduction. C’est le cas de P. à qui je propose de se voir en journée, sous-entendu de faire une balade automnale ou de boire un thé. Sa réponse vient titiller ma réflexion à propos des hommes et de l’alcool : « Je travaille en journée, et puis ça me paraît complexe de me tiser en pleine journée ». Le date n’a-t-il de valeur que lorsqu’il est partagé autour d’un verre d’alcool ?
Mon expérience sur cette application m’a fait rencontrer un garçon qui cherchait une accompagnatrice de ciné. Grande cinéphile, j’ai accepté sans broncher de le rencontrer, mais je ne pouvais m’empêcher de trouver la rencontre « bizarre » car inhabituelle, l’habitude étant liée à la rencontre autour d’un verre. Nous ne sommes pas revus pas la suite.
La boisson apparaît comme une arme de séduction, James Bond et ses Vodka Martini a toutes les femmes à ses pieds, il est l’incarnation du mâle viril et on constatera que les héros masculins dans les films ont souvent une attirance pour la boisson.
Le martini n’est pas le seul péché mignon de notre agent préféré.
Alcool : Entre loisir, plaisir et identité
L’application sur laquelle j’étais inscrite fait de l’alcool une donnée déterminante de la personnalité : l’utilisateur est invité à quantifier sa consommation d’alcool (cela va de « jamais » à « régulièrement » en passant par « parfois »), cette donnée apparaissant à côté de sa taille, son signe astrologique, ses penchants politiques ou la fréquence de son activité physique.
C’est à l’écoute d’un des excellents podcast « Les Couilles sur la table », que je me suis intéressée au rapport des hommes et de l’alcool. Dans ce podcast qui vise à déconstruire la masculinité, Victoire Tuaillon interroge avec subtilité le mythe de la virilité à travers la consommation d’alcool par les hommes.
En petite sociologue, je ne m’intéressais plus alors aux physiques ou aux centres d’intérêts, je me suis lancée dans une enquête, à l’affût de la moindre référence à l’alcool.
Dans la catégorie 24-34 ans, il est apparu qu’environ trois quart des hommes mettent en avant leur intérêt pour l’alcool. Certains le mentionnent dans leur « biographie », d’autres préfèreront un émoji représentant un verre de vin ou une pinte de bière, d’autres encore l’affichent explicitement sur leur photo, allant parfois jusqu’à se placer au second plan, après le verre donc. L’alcool est alors présenté comme un bien de consommation récréatif, et le problème de santépublique qu’il sous-tend n’est jamais explicité.
On tourne autour du pot (verre ?), on en fait un moment de convivialité -qu’il est sans aucun doute-, mais on a tendance à oublier qu’il est aussi une drogue, pouvant dégénérer en addiction et étant la cause de risques en tout genre : dangers pour la santé (cancers, maladies chroniques), accidents de la route, violences physiques ou psychologiques (violences sur enfants, violences conjugales et notamment violences faites aux femmes). Il ne s’agit pas ici de diaboliser la consommation d’alcool mais de questionner notre rapport à celui-ci. La frontière est parfois mince entre la notion de plaisir et celle de destruction.
J’ai sélectionné des exemples de profils allant dans le sens de l’identification par l’alcool : « Cherche partenaire de road trip, sport, gin tonic et couvre-feu », « emoji verre de fin, bon vivant », « Plaisirs : émoji pinte de bière, verre de vin, suivis de fromage, pain, sushis », « Mon enfer personnel, c’est… Quand il n’y a plus de pastis pour l’apéro », « J’aime la simplicité et les voyages en mode aventure ! Pour moi rien de tel qu’une bonne bière au soleil, un bon livre… » « Petit brun aux yeux clairs, sans prise de tête, aime le bon vin et la bonne bière ! Bon vivant ».
Le lien entre l’amour et l’alcool a été pensé par de nombreux auteurs, on pense à Baudelaire et « Le Vin des Amants », aux Alcools d’Apollinaire où le poète est déchiré par ses ruptures amoureuses, la thématique du fluide (« Sous le pont Mirabeau ») et de l’ivresse poétique est prégnante dans son œuvre. Plus trivialement, on notera qu’on dit « boire un coup » comme « tirer un coup »… Au même titre que Eros et Thanatos, il y a une tension entre désir et alcool: ils représentent une soif de vivre, une extase, une joie qui attise les pulsions, un côté festif mais également le revers de la dimension dionysiaque, celui de démesure, de folie, d’excès. Un article publié sur Slate intitulé, « L’amour a les mêmes effets que l’alcool sur le cerveau » relatait une étude démontrant la présence de « l’hormone de l’amour » dans l’alcool et montrait ainsi cette dualité entre euphorie et destruction.
Je m’interroge : le point de convergence entre le sentiment amoureux ou l’acte sexuel et la consommation d’alcool réside peut-être dans l’idée de plaisir partagé mais aussi de transgression (morale, religieuse). La chanson de Michel Legrand dans l’inoubliable Peau d’Âne fait dire aux amoureux : « Nous ferons ce qui est interdit, nous irons ensemble à la buvette, nous fumerons la pipe en cachette, nous nous gaverons de pâtisseries ». Si la rencontre entre le breuvage et l’amour s’opère si efficacement c’est bien que la raison n’y a pas sa place. Comme le dit notre Peau d’Âne : « Amour, Amour n’est pas bien sage ».
Peau d’Âne réalisé par Jacques Demy en 1970
Alcool partout, justice nulle part
Sur l’application de rencontre, les centres d’intérêt que j’ai choisis de mettre en avant dans ma description, d’ordre culturel principalement, sont certes des biens consommables, mais la société n’attend-t-elle pas justement de moi, femme, que je me décrive à travers ces biens « honorables » ? Me viendrait-il à l’esprit de mentionner dans ma biographie : « J’aime les mojitos et chanter ivre I will survive avec mes copines le samedi soir ? » J’en doute.
J’ai alors admis que nous sommes imbriqués dans un système genré quant à l’alcool : une femme qui boit est moins bien perçue qu’un homme. Car un homme qui boit et qui tient l’alcool, c’est ça qui fait de lui un « homme ». À voir certains profils sur l’application de rencontre, on se rend compte de cette essentialisation : je bois donc je suis un homme ; je suis un homme cool parce que je bois.
Mais ce qui m’a interpellée sur l’appli de rencontre n’est finalement que le reflet de ce qui existe déjà dans l’espace public. Lors de mon jogging dominical, je vois très souvent un homme ou un groupe d’hommes trônant avec sa canette de bière et ses cigarettes à 9h du matin, pendant que nous autres sportifs, en majorité des femmes d’ailleurs, nous essoufflons devant ces assoiffés.
Si les hommes semblent décomplexés à consommer de l’alcool et à l’exhiber dans l’espace public, c’est bien que la société les y encourage. Cet exemple du parc est d’autant plus frappant qu’il permet de penser le rapport au corps : le corps de l’homme pourrait être abîmé, on admet facilement un homme au ventre bedonnant (le fameux bide à bière), tandis que la femme est encore sujette aux diktats de la société, devant répondre au culte de la « beauté fatale ».
Plus encore, le côté destroy de l’homme qui boit est souvent perçu comme une qualité, lui donnant un côté sexy et rock’n’roll. La femme qui boit au contraire n’est pas reçue avec autant d’éloge, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle se cache pour boire, si c’est tabou. Une femme alcoolique sera facilement jugée de « pochtronne », de « clocharde ». Il y a d’emblée une violence symbolique. Au contraire, on dira plus volontiers d’un homme qu’il a un « problème avec l’alcool », qu’il est « porté sur la bouteille » que c’est un « bon vivant ». Cette terminologie renverrait à l’idée que les hommes seraient par essence attirés par la boisson. N’alimentons pas ici les stéréotypes et reconnaissons que beaucoup d’hommes ne boivent pas. Cependant, l’ivresse des hommes prête davantage aux rires, celle des femmes peut inquiéter. Une femme qui parle fort du fait de l’ivresse est facilement jugée « hystérique », elle ne tient plus alors sa place qui devrait allier discrétion, élégance, esthétisme. Cette tolérance accordée aux hommes engendre de fait leur domination dans l’espace public.
Force est de constater que la culture de la boisson est souvent un héritage de père en fils, on apprend aux hommes à boire, à être endurant, à « tenir l’alcool ». Un homme qui ne tient pas bien l’alcool est étiqueté de qualificatifs péjoratifs genrés (« tapette », « petite nature », « t’es pas un homme »), le renvoyant à une fragilité, au rang de la féminité que la société a voulu douce, élégante, fragile. Le « tenir l’alcool » renvoie à un certain défi, on le retrouve dans les jeux à boire, le sport. Les hommes sont autorisés à se lâcher, à perdre le contrôle et à s’en vanter.
Ce comportement semble plus valorisé pour la gente masculine, les jeunes femmes étant souvent dans un sentiment d’insécurité lorsqu’elles sont alcoolisées. La boisson chez l’homme est souvent encouragée, et valorisée comme preuve de virilité. Vision bien rétrograde que celle des hommes au bar et des femmes à la maison…
Les rites d’intégration dans les écoles de commerce, d’ingénieurs ou en faculté de médecine où l’on clame « bois d’l’alcool pendant que j’te viole », donnent à réfléchir à la domination de l’homme sur la femme. Au-delà des inégalités biologiques face à l’alcool – les femmes ayant en moyenne une résistance moins importante à l’alcool–, il faut aussi rappeler les abus que l’alcool engendre, et notamment les violences physiques et la culture du viol.
L’alcool légitimise bien souvent les harcèlements, les agressions sexuelles, brouillant les limites du consentement. En effet, boire un verre lors d’un rendez-vous amoureux n’est pas toujours un plaisir partagé, cela peut parfois être une manière pour l’homme de forcer le consentement. Dans le cas de féminicides, l’alcoolémie de l’homme sert d’ailleurs souvent de prétexte aux médias : « Ivre, il tue sa femme ». L’ivresse apparait alors comme une excuse.
La consommation d’alcool serait une « affaire d’hommes », les bars et cafés étant historiquement des lieux fréquentés exclusivement par les hommes. Si les femmes profitent aujourd’hui de ces lieux de socialisation, on observe cependant un reliquat de la tradition qui associe l’homme à la boisson, et notamment dans le cadre professionnel. On pense aux images dans les films ou séries, où la signature de contrats se négocie autour d’un verre.
Déni collectif
Pour autant, au-delà du marqueur de genre, on observe une banalisation de la consommation d’alcool en France et dans nos sociétés occidentales. Femmes et hommes sont pris dans une injonction à consommer. Une femme qui ne boit pas sera facilement pointée de « sainte nitouche », ne sachant pas s’amuser.
La tendance de l’afterwork fait de l’alcool une activité pour décompresser après le travail, une manière de socialiser avec ses collègues en dehors du cadre de l’entreprise.
Si la consommation d’alcool a diminué en France depuis les années 1960, elle reste l’un des pays les plus consommateurs au niveau mondial, occupant le sixième rang des 34 pays membres de l’OCDE. D’après Santé Public France, 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 en France métropolitaine. 15,2% des hommes boivent tous les jours contre 5,1% des femmes. Les hommes meurent trois plus que les femmes des suites de la consommation d’alcool.
Le phénomène de l’apéro Skype pendant le confinement peut questionner sur notre rapport à l’alcool : s’agissait-il uniquement de socialiser avec sa famille, ses amis ou ses collègues, ou était-ce un prétexte pour boire ? Forte de son patrimoine culturel et gastronomique, la France valorise la consommation d’alcool et il semblerait que nous ayons une consommation normée et banalisée.
Quel que soit le milieu social, culturel ou politique, l’alcool semble omniprésent : j’ai rencontré des hommes se disant en « marge » qui paraissaient eux aussi répondre à une norme dans leur manière de consommer. L’argument mis en avant étant celui de la tradition française, du plaisir.
La question de l’alcoolisme est souvent niée car associée à des représentations faussées et peu exposées dans le débat public français. Il est frappant de noter la disparition de la figure de l’alcoolique dans la production cinématographique française, à la différence des films et séries nord-américaines. En effet, sous couvert de tradition française, la figure de l’alcoolique ne semble pas être remise en question.
Dans le cas de personnalités publiques alcooliques, l’addiction est banalisée et apparait alors comme une faculté de génie. C’est le cas d’écrivains alcooliques comme James Joyce, Hemingway, Jack London, Bukowski, Marguerite Duras et tant d’autres. En littérature, la consommation de substances apparait comme un exutoire au poète, l’alcool aidant à supporter le réel et invitant au voyage vers des paradis artificiels.
Mais alors, dans le cadre de la rencontre amoureuse, pourquoi avons-nous besoin de boire ? Avons-nous peur de l’Autre, de nous-même et de nos pulsions ? Que cherchons-nous à fuir par l’alcool ? A la manière d’une potion magique, le verre d’alcool vient atténuer la peur, briser le naturel et par conséquent une certaine nudité de soi. Il agit comme un masque et vient maquiller les blessures et les complexes.
La sphère des relations amoureuses et intimes est-elle nécessairement tributaire des logiques consuméristes ?
Le confinement et la crise sanitaire que nous traversons nous permettent de repenser notre consommation et notre rapport à autrui. Saisissons-en nous pour rendre à la rencontre sa beauté nue, ses maladresses car elle est en elle-même une ivresse pour qui veut bien y goûter.