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Entreprises : pas de petites économies

On a tous eu une expérience dans une entreprise de ce genre. De celles qui comptent la moindre heure supplémentaire, qui refusent de payer pour le confort de leurs salariés au détriment de leur santé mentale ou physique. De celles encore qui ne se soucient guère de dépenser en encre et en papier mais qui se refusent de débourser un centime pour garantir une stabilité d’emploi à leurs employés.

Paye ta planète

Fichiers, Papier, Bureau, Formalités Administratives

C’est souvent ces petites entreprises, pourtant aux principes écolos et anticonformistes bien affirmés qui avouent une certaine contradiction dans leur manière de travailler.

N’avez-vous jamais eu connaissance d’un responsable, certes d’un certain âge et de fait en décalage avec la performance numérique, qui s’obstinait à garder une trace papier de TOUT ? Y compris du mail d’une ligne de cet interlocuteur lambda dont on aura oublié le contenu de l’échange le lendemain ? Moi si.

Si la numérisation permet non seulement une facilité dans l’archivage des données, elle permet aussi (rappelons le en passant) une économie d’encre et de papier. Nous ne pouvons pas ignorer l’avenir de notre planète, d’autant plus dans un secteur comme le livre (le responsable en question étant un éditeur).

Lors de différentes expériences professionnelles, j’ai observé une sorte de vénération pour le papier. Des piles et des piles de papier accumulées, parfois pour des questions d’archivage, cela s’entend dans ce cas (et encore…). Mais aussi souvent comme un acte frénétique du clique droit « Imprimer ». Ce clique si facile est à l’image d’une empreinte au critérium qu’on viendrait effacer, jeter donc. Lesquels de ces acharnés du papier pensent d’ailleurs à jeter les masses blanchâtres dans la poubelle appropriée…?

On observe donc une surconsommation de papier et d’encre dans certains milieux, y compris le domaine du livre. On déplore que ses acteurs nient les problématiques environnementales.

Les travailleurs jetables

Petites ou grandes entreprises, on constate une dévalorisation des travailleurs. Le néolibéralisme à l’œuvre dans les modes de travail actuels tend à réduire, voire à nier, la subjectivité des salariés. Le travail dissimulé, les licenciements abusifs que l’on observe dans de nombreuses sociétés réduisent les travailleurs à ces fameuses boules de papier dans la poubelle. Qu’est-ce que ça peut faire puisque on peut imprimer à nouveau ?

Si l’on a de scrupule à imprimer en rafale, à faire griller les encres de la monstrueuse machine, on n’en a pas moins à dépenser pour le bien-être des salariés. Des mauvaises conditions matérielles et sanitaires participent de cette dévalorisation du corps du travailleur, réduit à être enroulé sur lui même (maux de dos), froissé, crispé, parfois déchiré jusqu’au burn out ou au suicide.

Mais l’humain n’est pas un bout de papier !

Big brother is watching you

De même, la surveillance des employeurs dans de plus en plus d’entreprises ramène la subjectivité du travailleur au rang d’objet.

La mise en place de logiciels sur les ordinateurs (parfois à l’insu des salariés), ou encore le système de pointage sont des manières de contrôler le temps de travail. Cela occasionne un stress dans le quotidien des salariés qui renoncent parfois à prendre de pause. Où va le monde ? On entend bien que le mot « travail » tire son étymologie du latin tripalium signifiant « torture », mais tout de même…

Les messageries où l’on peut tchater avec ses collègues (Teams) ou encore le partage de données permet encore de savoir qui travaille et à quel moment.

Les députés Éric Ciotti et Guillaume Larrivé proposent à nouveau de coupler  caméras de surveillance et reconnaissance faciale
Souriez, vous êtes filmés !

Certains employeurs ont été réticents à la mise en place du télétravail, craignant un désinvestissement des salariés. N’est-ce pas là encore une crainte de l’employeur à ne plus avoir de contrôle sur ses salariés ?

Cela est ironique quand on sait que les télétravailleurs ont tendance à être au contraire plus productifs à leur domicile qu’au bureau.

Le Trésor relève un accroissement de 5 à 30% de la productivité en télétravail : le temps de travail augmente du fait de l’absence passé dans les transports en commun, le volume horaire augmenterait du fait de meilleurs conditions de travail (calme, concentration). Enfin, l’investissement du salarié serait plus important en compensation à son absence physique.

Pourtant, qui dit télétravail dit télécommunications et surveillance potentielle…

Des solutions à court terme

Le stagiaire à tout faire, payé 3,90 euros de l’heure, et cumulant parfois l’équivalent de deux à trois postes permet de ne pas créer d’embauche. On peut d’ailleurs relever l’absence d’intérêt dans cette économie à court terme. En effet, si l’on va dans une logique de rendement, le temps passé à la formation du stagiaire n’est-il du temps de « perdu » sur le travail à effectuer?

Cet investissement à court terme s’observe aussi dans la reconduite de CDD : les entreprises qui embauchent des salariés en CDD jusqu’à la durée maximale (un an et demi) pour les faire revenir six mois après au lieu de les embaucher en CDI. Ces choix coûtent parfois plus cher à l’entreprise qui s’obstine à des solutions bricolos.

Et le droit du travail dans tout ça ?

Code Du Travail, France, Réglementation, Code, Travail

Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises sont toutefois tenues de respecter le Code du travail. Aussi, la législation et la contractualisation permettent de protéger le salarié.

Concernant la surveillance, si un système de vidéosurveillance est autorisé, il doit respecter certaines règles, notamment celle d’informer les salariés de l’installation des caméras (article L 1222-4 du Code du travail).

Quant au temps de pause, il n’est pas optionnel mais bien prévu dans le temps de travail. Le Ministère du travail fixe une pause d’une durée minimale de 20 minutes consécutives dès que le temps de travail quotidien atteint 6 heures.

Rappelons qu’une visite à la médecine du travail ne doit pas être considérée comme une pause, elle est prise en charge par l’employeur. Selon l’article R. 4624-28 du Code du travail :


” Le temps nécessité par les examens médicaux, y compris les examens complémentaires, est soit pris sur les heures de travail des salariés sans qu’aucune retenue de salaire puisse être opérée, soit rémunéré comme temps de travail normal lorsque ces examens ne peuvent avoir lieu pendant les heures de travail.
Le temps et les frais de transport nécessités par ces examens sont pris en charge par l’employeur. “

La durée quotidienne de travail effectif par salarié ne peut excéder 10 heures, sauf exceptions.

Le contrat de travail doit toujours mentionner les éléments suivants : nature du contrat, coordonnées des deux parties, date de début d’exécution, nature du poste occupé, rémunération et des congés payés, durée du contrat (hors CDI).

Un stagiaire doit recevoir une gratification à partir de deux mois consécutifs. Le taux horaire de la gratification est égal au minimum à 3,90 € par heure de stage.

Si vous vous sentez malmenés, que vos conditions de travail ne sont pas respectées, exigez le respect. N’hésitez pas à contacter votre syndicat, avoir recours à la médecine du travail ou à l’inspection du travail. Ayez un échange écrit (sans imprimer !) avec votre responsable en listant les points que vous souhaiteriez aborder sur vos conditions de travail.

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