Je me contais les histoires des traversées comme l’on conte aujourd’hui aux enfants les passages des rois et des conquistadors.
Je me rappelais ma propre vie en sillonnant le vécu d’êtres immortels,
Rappelés à jamais par le quai des Enfers et les Portes Paradis
J’avais connaissance de la récurrence des formes géométriques peuplant le monde sur les bâtiments des continents étrangers, ceux qu’on ne voit qu’à la télévision.
Ma réflexion sur l’expansion possible des corps se coupait net au moment de l’action :
Mes muscles se figeaient, mus par une force indistincte… La politesse, peut-être ?
Celle de se désintégrer dans l’espace pour
Faire place
Garnir la décoration
Disparaître dans le coeur d’un corps céleste noir
Tandis qu’en moi combattaient les envies, le désir de faire pour occuper du terrain
Conquérir des territoires,
C’est là, à cet instant précis, je réalisais avec lucidité que je ne pouvais pas sortir de moi-même.
Aujourd’hui, je vous propose une lecture d’un devoir rédigé lorsque j’étudiais les Lettres, les métiers de l’écrit et le journalisme à l’Université Paris VII Diderot.
J’ai écrit ce devoir à 22 ans, depuis ma perception a changé, mes opinions ont évolué, ma pensée s’est construite autour de nouvelles découvertes et autres explorations liées au passage à la vie adulte…
Et pourtant, neuf ans plus tard, plus que l’idée, l’importance d’avoir un lieu à soi reste avec moi comme un mantra quotidien.
Pas comme une nécessité absolue d’habiter seule dans un studio pour autant, pas comme l’idée qu’il vaudrait mieux rester célibataire chez soi pour éviter toute interruption de vie créative non.
Loin des idées reçues, que reste-t-il ? La paix d’être avec soi, et avoir les moyens de le ressentir pleinement quelque part.
Un chez soi intérieur qui peut prendre différentes formes, habiter plusieurs espaces : fauteuil d’un café dans lequel on aime venir pour écrire, jardin secret d’un musée où l’on s’allonge dans l’herbe pour dessiner, appartement, cocon douillet où l’on se love pour penser allongée…
D’où l’intérêt de se poser la question régulièrement : est-ce qu’actuellement, dans ma vie, j’ai cette capacité à me retrouver seul.e, en ma compagnie ? Suis-je en capacité de flâner ?
La création peut-elle émerger dans ma vie ?
La créativité peut prendre différentes formes, selon ce qui nous anime : inventer une recette de cuisine, coudre un haut ou recoudre un jean (pas mon fort), créer de beaux objets en argile, peindre des toiles, dessiner, esquisser des croquis, chanter ou jouer d’un instrument, penser un plan d’architecture, danser, chorégraphier, travailler des matériaux ou encore – BIEN SÛR ! – écrire.
Nous sommes le 30 septembre, la rentrée officielle telle que la France entière la connaît est passée, mais j’espère que cet article, ce devoir de Littérature d’une autre époque, pourra ouvrir en vous une petite porte, au moins un interstice de réflexion sur la possibilité qu’afin d’entrer dans sa vie, il vaut mieux d’abord cultiver le bourgeon de création logé à l’intérieur de soi.
Vous seul.e décidez quand vous êtes prêt.e à vous lancer dans telle ou telle passion. Votre rentrée créative et fertile, elle vient en vous, en temps et en heure, dans l’espace que vous habitez, au coeur de votre paix.
Bonne lecture ! 😉
INTRODUCTION
Virginia Woolf, écrivaine britannique du XXème siècle, a été la première femme à livrer le tissu de pensées intimes d’une femme. Peu de temps auparavant, c’étaient les hommes qui écrivaient au nom des femmes : Le roman de Gustave Flaubert Madame Bovary, paraît en 1857. Son personnage central, Emma Rouault, jeune femme enfermée à la campagne dans un mariage où elle se meurt d’ennui avec un homme qu’elle méprise, elle envie et rêve de la vie mondaine, urbaine et aventureuse des princesses de ses lectures, des romans à l’eau de rose. Même si Flaubert éprouve de l’empathie pour son héroïne au destin tragique, dont les pensées sont dépeintes avec force détails réalistes, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un portrait de femme exécuté par un homme, et donc une vue qui restera toujours extérieure au sujet traité. Le destin d’Emma avec Charles Bovary semble inexorable dès les prémisses du roman. Mais c’est encore un homme qui donne une destinée à une fem me sans qu’elle ne puisse la choisir.
Virginia Woolf se met à écrire d’abord par professionnalisme. Elle commence au Times, où elle écrit dans la rubrique du supplément littéraire, en 1905, un an après la mort de son père en 1904, elle a alors vingt-trois ans. Etant journaliste, elle avait une observation particulière de l’actualité qu’on sent dans ses livres, dès le départ elle se positionne en observatrice de son temps, de son époque. A la lecture de ses romans, on atteste de ses fines perceptions quant à la psychologie de ses personnages et de leurs émotions. Le lecteur a facilement cette impression de déjà-vu car l’auteure nous rapporte des profils récurrents de la vie quotidienne. C’est son acuité qui va lui permettre d’enlever le voile opaque posé sur la condition féminine, et de déjouer les pièges des figures paternalistes de son époque. Dans Mrs Dalloway, elle explore les liens du mariage et tire ses propres conclusions de femme avant tout, dans une société alors rigide et patriarcale.
Mrs Dalloway, présentons-le, est un roman de Virginia Woolf écrit en 1923 et publié en 1925. L’écrivaine y décrit la journée typique d’une aristocrate anglaise de la Haute Société dans les années 20, donc post première guerre mondiale. En vingt-quatre heures, la romancière nous emmène au cœur du détail de l’existence de Clarissa Dalloway, la personnage principale1, une femme d’âge mûr et au visage d’oiseau autour de laquelle le fil du roman se construit. Le roman débute par cette affirmation : « Mrs Dalloway dit qu’elle irait acheter les fleurs elle-même. » Cette phrase d’ouverture donne d’emblée un aperçu de la globalité du livre : la vie courante d’une femme que l’on suit dans ses moindres détails au cours de la journée. Par ce livre, Virginia Woolf a permis l’apparition d’une nouvelle forme d’écriture, et d’un style encore jamais lu. Raconter la vie d’une femme à cette époque était considéré comme un acte même assez culotté, dans une société encore très traditionnelle où la femme n’avait qu’une seule option, se taire. Très jeune, Virginia Woolf découvre la lecture grâce à la grande bibliothèque de leur domicile du 22 Hyde Park Gate en plein cœur de Londres, Virginia grandit dans l’univers littéraire construit par ses parents et ses proches. A l’âge mur, Virginia rencontre Leonard Woolf et avec des amis étudiants ils forment l’élite intellectuelle londonienne de leur temps, à savoir le Bloomsbury Group, dont les membres sont à la fois des romanciers, des essayistes, des biographes et des éditeurs. Virginia Woolf a la chance de connaître un éveil culturel précoce, et donc de se faire connaître dans un contexte littéraire masculin et masculinisant. Pas qu’il n’ait manqué de femmes avant elle, en revanche, c’est la voix de Virginia Woolf qui porte le plus à cette époque car elle parle avec style de sujets graves et sérieux comme la quête de soi, la guerre, la folie et la mort. Son œuvre traversera les siècles, elle fut dans un premier temps admirée des hommes et des femmes de l’élite intellectuelle de son époque, puis elle continua d’inspirer de grandes artistes jusqu’au vingt et unième siècle. En quoi Virginia Woolf est-elle une écrivaine que l’on rapporte à la question du genre ? Quels aspects de son œuvre les lecteurs apprécient-ils le plus et pour quelles raisons ?
Dans un premier temps, nous verrons en quoi son roman Mrs Dalloway s’est révélé novateur, puis nous verrons comment Virginia Woolf a-t-elle réussi à se hisser au sommet de l’élite littéraire anglaise, et enfin, les raisons pour lesquelles ses lecteurs tendent à l’admirer très rapidement.
I/ Invention d’une nouvelle écriture
« 24h dans la vie d’une femme », du jamais lu du grand public à l’époque de Virginia Woolf.
Bien sûr il y a eu James Joyce2 et son fameux roman sur vingt-quatre heures également, Ulysses, publié pour la première fois entre 1918 et 1920 sous la forme d’un petit feuilleton, puis republié en 1922 dans sa totalité. En revanche, les actions de ce jour ordinaire décrit par Joyce se situent à Dublin, le 16 juin 1904, et les personnages sont masculins, Leopold Bloom et Stephen Dedalus. Les deux compères vont parcourir Dublin et se perdre dans le dédale des petites rues, leur monologue intérieur nous dira tout de leur personnalité, de leur qualités et de leurs penchants. Donc si le format sur une journée existait déjà, la narration d’une journée ordinaire de la vie d’une femme par une femme à travers les yeux et la psychologie d’une femme restait encore à écrire. Et dans la composition de son chef-d’œuvre, Mrs Dalloway, Virginia Woolf réussit ce coup de maître. Peu auparavant 1925, le mouvement futuriste, incarné par le refus d’une tradition esthétique défaillante par des écrivains comme Vladimir Maïakovski, meneur décisif de ce courant, émerge en Europe afin de mieux bouleverser les conventions traditionnelles au sein même de la littérature. Une fois ce changement effectué, c’est l’heure du « Stream of Consciousness », c’est-à-dire du flux de conscience, lequel s’établit dans cette manière de dépeindre des aspects intérieurs de personnages et de s’intéresser à leurs âmes. Ce « Stream » est essentiellement repris et canalisé par Virginia Woolf et d’autres écrivains appartenant au modernisme, comme Joyce, William Faulkner, Dorothee Richardson, T.S. Elliot, Gertrude Stein, Ezra Pound, Ernest Hemingway ou encore F.Scott Fitzgerald, pour ne citer que des auteurs anglais, alors qu’en France, Marcel Proust en est également un fier représentant.
observation et expressions des sentiments et pensées d’une femme par une femme
Virginia Woolf analyse le domaine londonien en se glissant à travers les yeux de son personnage, Clarissa Dalloway. Mrs Dalloway est une dame occupée à sa propre introspection, et à des réflexions sur les gens de manière générale, leur façon de se tenir en société, leurs manies insondables et parfois insupportables. Clarissa s’intéresse à la coexistence de ce petit monde infiniment réduit de l’élite anglaise, composée d’illustres noms et de personnalités tout à fait respectables. Elle accorde une attention toute particulière au code éthique et esthétique de la british society. Les bonnes manières sont à respecter d’office, sans avoir à se poser de questions. Cependant, en son for intérieur, on la sent tiraillée par son besoin de combler un vide sidérant, celui-là même qui devrait combler son existence. Elle est consciente de cette existence étriquée et calculée, réglée comme une horloge. Toujours est-il qu’elle est certaine d’avoir fait le bon choix, d’avoir bien fait d’épouser Richard Dalloway, un conservateur, plutôt que de s’être mariée à Peter Walsh. Cela ne l’empêche pas de jouer allègrement avec cette certitude, de passer du coq à l’âne dans ses idées, de songer à l’existence légère et à l’écart de toute civilisation qu’elle aurait certainement vécu aux côtés de Peter. Extérieurement et physiquement, elle ne peut qu’aimer et rester près de Richard, en revanche, dans son intériorité, elle remet en cause son choix et questionne ses capacités à vivre une vie de presque-sauvage. Mais c’est toujours son existence et apparence sociale qui finit par l’emporter, par demeurer au-dessus de toute logique libertaire et émancipatrice.
un roman sans intrigue sinon celui d’un jour ordinaire
Tout se joue sur l’objectif de la réception. Il n’y a pas d’aventure qui dominerait la narration, il n’y a que cette destinée ordinaire, celle d’une dame qui doit réussir en tous points sa réception. Et pourtant, il y a un genre épique donné à la réception, elle devient une mission sacrée pour Clarissa, qu’elle doit réussir à concrétiser. Il y a du beau dans l’ordinaire, nous révèle Virginia Woolf. Il est question de faire le bon choix chez le fleuriste, de ne pas se tromper de traiteur, de ne pas s’embêter d’invités malvenus, de bien placer le beau monde afin que nul ne se plaigne d’un mauvais bavardage, de refuser toute conversation à l’improviste dans la journée, qui doit rester entièrement consacrée à l’organisation de la soirée. C’est une foule de détails dont aucun ne doit être négligé ni laissé pour compte, il s’agit de rendre honneur à la famille Dalloway et à Richard, l’homme qu’elle aime et qu’elle estime. Mais la rencontre avec Peter Walsh provoque un véritable renversement de l’évènement, et va ralentir les arrangements des festivités. Il y a très peu de dialogues dans le roman, et pourtant un des seuls dialogues entre Clarissa et Peter Walsh va se jouer chez Mrs Dalloway et chambouler l’ensemble du fil narratif.
II/ Une écrivaine féministe dans un contexte littéraire masculin
Une élite d’écrivains formée principalement d’hommes
Virginia Woolf trouve sa place dans le cercle littéraire grâce à sa culture, héritage qu’elle doit surtout à ses parents. Néanmoins, pour mieux cerner cette écrivaine affirmée, il faut la resituer dans son époque : les années vingt pour commencer, ne laissent encore que peu d’espoir quant à la situation des femmes. L’élite intellectuelle d’alors est formée d’hommes uniquement, l’écriture de Virginia Woolf se fait jour comme un éclatement et une révélation à suivre. Une époque également marquée par la guerre, le front, la mort. Une époque peut-être aussi, à laquelle les femmes doivent prendre la relève et faire fonctionner l’économie du pays, ont les outils en main et commencent à forger leur propre indépendance. Déjà certains écrivains révèlent leurs traumatismes au travers de poèmes ou de lettres, Apollinaire quant à lui reçut un éclat d’obus qui lui brisa l’oreille. Alain Fournier, auteur du Grand-Meaulnes, mourut de ses blessures. Rupert Brooke, né à Rugby en Angleterre en 1887 (auteur de Si je meurs…), trouve la mort à bord d’un navire le menant à la bataille en avril 1915. La guerre de 14-18 est dans toutes les têtes, jusque dans les lieux les plus fermés de l’élite culturelle comme celui dans lequel s’inscrit Virginia Woolf. Peu de femmes se voient offrir la possibilité d’intégrer la fine fleur de la littérature, et pourtant Virginia Woolf y entre, non pas par défi relevé mais pour et par son talent reconnu et admiré des hommes comme des femmes ainsi que du grand public.
Elle se retrouve seule femme à bord d’un navire guidé par des hommes arbitres, et sans s’en douter elle se dirige droit vers l’éternité grâce à la postérité de son oeuvre. Les grands mouvements antérieurs étaient cultivés par des artistes et écrivains hommes. En guise d’exemple, prenons André Breton qui définit le mouvement surréaliste en 1924 dans Le Manifeste du Surréalisme. Paul Valéry entre à l’académie française et lance le constructivisme en philosophie. Quant à Marcel Proust, il érige son chef d’œuvre, A la recherche du temps perdu et inspire des réflexions sur l’amour, l’existence et le réel. Enfin, Francis Scott Fitzgerald devient le meneur de la génération perdue… Les grands mouvements et courants littéraires de la fin du XIXème et du XXème sont tous lancés par des écrivains masculins, même si quelques femmes font exceptions. Et pourtant Virginia Woolf s’affirme et devient le moteur du modernisme.
b) Quelques femmes écrivains aussi mais pas d’écriture proprement genrée
Jane Austen au XVIIIème siècle préfère la critique sociale à la question du genre, son écriture n’est pas proprement ancrée dans cette problématique. En revanche, son humour, son ironie mettent en lumière les enjeux féminins de son époque, à savoir se marier avec quelqu’un de respectable, sans soucis financiers, etc. Elle pointe les défauts des préoccupations morales plus qu’elle ne cherche une solution par l’émancipation. Dans ses œuvres, on retrouve une parodie des jeux sentimentaux dépeints avec finalement beaucoup de réalisme. Il y a également Les Soeurs Brontë au XIXème siècle, qui s’imposent surtout grâce à Jane Eyre, un roman dont le succès fut formidable notamment parce que c’était la première fois qu’on y lisait les aventures d’une héroïne et non d’un héros, comme de coutûme. George Sand surprend également à son époque en écrivant pour la première fois des critiques au masculin, et de ses airs farouches, fascine le milieu littéraire de l’époque. Colette, plus tard au XXème siècle, s’impose par les sujets qu’elle aborde dans ses livres, des sujets sérieux, des thèmes très peu évasifs.
III/ Les grands intellectuels et leur admiration pour Virginia Woolf
Un personnage original qui s’impose
Clarissa Dalloway n’a rien d’une héroïne, à vrai dire on pourrait même en dire le contraire, et c’est le côté innovant de Virginia Woolf : la création d’une anti-héroïne. Mrs Dalloway est une femme de la Haute, elle est âgée de plus de cinquante ans. Son âge est donc déjà surprenant puisque traditionnellement jusque-là on n’avait pour lecture uniquement des romans où les personnages féminins sont des jeunes filles ou bien des femmes plus proches de la trentaine que de la cinquantaine. Dans ce roman, Virginia Woolf revient sur un monde féminin plus adulte et dessine les contours d’une femme qui a accompli sa vie et dont le destin est presque derrière elle. Encore plus original, Clarissa Dalloway ne rêve pas, du moins plus d’une vie mondaine, elle n’est pas heureuse pour d’autres raisons : elle ne se sent pas épanouie en fin de compte, malgré le beau mariage qu’elle a fait avec Richard Dalloway, et regrette de ne pas s’être laissée un peu aller à l’aventure avec son ex amant Peter Walsh. Et en même temps, on sent à travers ses pensées qu’elle aurait préféré vivre sa vie un peu plus en solitaire qu’entourée de tant de gens si célèbres pourtant mais qu’elle ne connaît pratiquement pas en vérité, ou dont elle n’a véritablement que faire. Virginia Woolf s’intéresse ici davantage à la question des regrets qu’à celle des aspirations, ce qui confirme une fois de plus son écriture genrée, puisqu’elle révèle les principaux défauts des idéaux fixés par les hommes de son époque, elle envisage les conséquences de ces idéaux plantés par les hommes de son époque et n’en tire pas un bilan complètement positif…
sensibilité d’une grande écrivaine, dont l’enjeu essentiel est de « comprendre les autres à travers soi »
Au travers de ses romans, dans Mrs Dalloway ou encore dans Orlando, on ressent la sensibilité littéraire de Virginia Woolf et son talent pour exprimer les émotions et les sentiments, de façon presque naturaliste puisque tout ce qu’elle décrit dans ses romans vient en majeure partie de ce qu’elle voit, de ce qu’elle vit au quotidien, des personnes qu’elle côtoie. Elle n’a donc aucun mal à relater tout ce qu’elle entend autour d’elle et à resituer ses personnages puisqu’elle les connaît et peut les rencontrer directement. Virginia Woolf a en quelque sorte surpris son entourage littéraire en prenant directement son inspiration à la source des choses, dans la réalité, dans la vie elle-même. C’est ce qui lui a valu tant d’admiration et une excellente postérité, puisqu’encore aujourd’hui, des femmes, et particulièrement des chanteuses comme Patti Smith3 ou la chanteuse du groupe Florence and The Machine4 assument l’influence de Virginia Woolf dans leurs paroles et leurs textes divers. Mais d’autant plus intéressant est le fait que ce sont aussi des hommes qui l’étudient aujourd’hui ou en font des films, comme Stephen Daldry avec The Hours.
CONCLUSION
Mrs Dalloway est un roman qui encore aujourd’hui reste très moderne. Puisqu’il s’agit d’une femme, et que l’on peut toujours chercher à s’y identifier, parce que Clarissa n’est jamais seule à vouloir organiser des réceptions, qu’il y a une recherche de folie des grandeurs qui est proche de la recherche de la vie à la place de la simple existence de femme au foyer. Ce roman a donc pour trait de caractère principal, ce côté intemporel. L’héroïne, si l’on peut dire héroïne malgré l’absence de véritable action dans le roman, partage le flux de ses pensées à des lectrices qui sont à même de suivre son raisonnement dans la vraie vie, de comprendre ses revers de jugements ou encore ses réactions face à certaines situations inconfortables ou gênantes. C’est sûrement pour cette raison d’ailleurs que le film s’est permis de brouiller les époques, mais aussi de conjuguer des vies de femmes. Car peut-être que l’importance du roman ne touche pas tant à Clarissa elle-même qu’à la myriade de femmes qu’elle illustre et qu’elle continue d’illustrer, ce n’est pas tant l’histoire même de Clarissa qui est si marquante mais le simple fait qu’elle soit connectée à la réalité plus qu’à un conte de fée.
Virginia Woolf nous offre un quotidien féminin mais aussi une lecture de l’époque et de l’Angleterre par une femme, c’est ce qui est réellement novateur. Elle affirme avec détermination la condition de la femme en 1925. Elle nous dévoile ce que cela signifie que d’être une femme en un temps donnée, en une ville donnée. Et dévoiler cette existence de femme, révéler ses détails, c’est quelque part aussi un travail de dénonciation. Le travail de démonstration consiste à enlever tout le superflu et le superficiel d’un tableau, avec Mrs Dalloway, Virginia Woolf recherche l’authenticité du tracé des circonstances féminines. Son style n’est pas le style typique des romancières de romans à l’eau de rose, il n’y a même pas de véritable histoire, ce sont des pensées livrées de manière décousue, et pourtant, l’objectif recherché est de faire rejaillir une histoire d’une construction de la femme. Chaque pensée, chaque parole est quasiment toujours découpée, décuplée dans le roman, car il y a toujours une réflexion autour du vécu des personnages, de leur intimité, de leur vie psychique. Entre chaque personnage se noue des amitiés et de fortes relations amoureuses, dont l’écrivaine nous dresse un bilan peu assuré. Il semble y avoir plusieurs réalités distinctes emmêlées les unes aux autres, chacun réfléchit à son image et à son rôle social par rapport à tel ou tel personnage. Quand Peter Walsh, par exemple, se balade après avoir brièvement rendu visite à Clarissa Dalloway, il réfléchit et il pense à elle, à ce qu’il aurait été par exemple s’il l’avait épousée pour de bon. Il y a derrière ces considérations faites à cœur ouvert par tous les personnages à tour de rôle, une réflexion autour des regrets et des remords, des alternatives prises dans la vie et de celles qui se situent ailleurs, sur l’axe des rêves et de l’in-vécu. Mais le personnage de Walsh sert également à questionner la femme, quelle est-elle, se demande-t-il, dans quel univers se situe-t-elle sinon dans un concept finalement assez fermé, généré par des hommes, c’est ce à quoi il pense (p.134 édition Folio Classique) lorsqu’il a cette phrase assez mystérieuse : «Mais s’il peut la concevoir, elle, c’est qu’en quelque sorte, elle existe… » toujours, on s’en doute, à propos de Clarissa. Le personnage de Peter Walsh est le raté qui malgré tout réussit à se sentir assez puissant pour doter des êtres et même des branches de féminité. Il recherche la femme idéale, elle lui a toujours échappé, la femme qu’il aimait un temps a épousé un conservateur. C’est un personnage déchu, égocentrique, et dont on sent pourtant qu’il est dépassé par quelque chose ou quelqu’un… Mais quoi ? Serait-ce précisément à côté de la femme qu’il passe ? Virginia Woolf joue avec le doute de l’homme, le met en correspondance avec la féminité même, interroge les rapports et laisse au lecteur le moyen de trouver une solution. Peter Walsh, et même Richard Dalloway, sont finalement deux personnages exposés face à la figure féminine. Plongés dans la perplexité, ils ne parviennent nullement à comprendre la complexité et la subtilité de la pensée de Clarissa. Faire pleurer Peter Walsh lorsqu’il vient annoncer à Clarissa tout heureux qu’il s’apprêter à épouser une femme des Indes parce qu’il est amoureux, cela est osé et revient à exprimer l’idée que les femmes ne sont pas les seules prétendues naïves à pleurer le départ des hommes ou leur indifférence. C’est l’aveu fait d’une émotivité masculine et d’une sensibilité encore peu retranscrite dans les autres champs culturels. C’est une manière de cerner une incompréhension apparente des deux côtés des sexes. Il y a effectivement une différence, faut-il pour autant qu’elle devienne intrinsèque et inexorable ? La réponse de Virginia Woolf se trouve dans les pensées des personnages et non dans les dialogues, car il y en a très peu de toute façon. Il y a une réponse implicite, celle de la confiance.
Il y a aussi un autre tableau, celui de Septimus Warren Smith et de sa femme Lucrezia, lesquels ne parviennent pas à s’attraper ni à se comprendre, Septimus comprend tout de travers parce qu’il est devenu fou à cause de la guerre et de la perte de son frère, il ne sait pas réellement pourquoi il a épousé Lucrezia à Milan, Lucrezia ne comprend pas ce qu’elle fait avec Septimus, elle croit en son rétablissement mais manque cruellement d’espoir et de temps pour se confier à lui. Lorsqu’elle enlève sa bague de fiançailles parce que ses doigts sont devenus trop maigres, Septimus commet une erreur d’interprétation, pense qu’elle l’abandonne à son sort, finit par se dire qu’il continuera sa route seul… Virginia Woolf traverse ces problèmes d’interprétation, d’élucidations des actions de l’homme et de la femme. Elle explique que les deux sexes essaient désespérément de pallier leur différence sans y parvenir, et finalement plongent dans deux voies solitaires. Pour Rezia, à Londres, la vie s’est envolée, ou bien elle est restée à Milan avec le reste de sa famille à laquelle Septimus l’a arrachée violemment. Elle se sent bloquée dans un mariage et donc dans un choix de vie qu’avec du recul elle aurait finalement préféré ne pas avoir eu à faire. L’écrivaine s’arrête sur les choix de vie et l’âge, le temps qui passe et permet aux choix de devenir éternels et définitifs.
« Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself… »5
Cette phrase a été reprise dans l’ouverture du film the Hours6 réalisé par Stephen Daldry et sorti en 2002, il donne la cadence au reste du long métrage. A la fois poétique et psychologique, le film confond plusieurs époques et narre à la fois la vie de Virginia Woolf (Nathalie Portman), celle d’une Clarissa Dalloway (Meryl Streep) très moderne mais concordant avec la Clarissa du roman, ainsi que l’histoire de la mère de Richard (jouée par Julianne Moore), Laura Brown, malade de dépression elle choisit de quitter le foyer familial et d’abandonner délibérément son jeune fils. The Hours est une sorte de mise-en-abyme du roman de Virginia Woolf réalisé par un homme. A la lecture du roman et au visionnage du film, une intense tristesse se fait jour, sans vraiment savoir d’où elle vient. Et pourtant on sent qu’on y est relié de façon obligatoire, qu’on ne peut détourner le regard parce que c’est elle, c’est Clarissa Dalloway, et femme comme elle on ne saurait dire non aux soirées extravagantes et aux grandes réceptions. Mais aussi parce que derrière, il y a la question cachée de la paix entre les sexes, et la compréhension de l’autre.
1 Le choix du féminin de « personnage » est délibéré.
2 James Joyce, 1882-1941, écrivain et poète irlandais reconnu du monde littéraire du XXème siècle
3M Train, roman de Patti Smith, publié en 2016, elle parle de sa passion pour Virginia Woolf
4 «What the Water Gave Me » une chanson écrite par Florence Welsh, inspirée de Frida Kahlo et de Virginia Woolf, Album Ceremonials, 2011
5 « Madame Dalloway dit qu’elle se chargerait d’acheter les fleurs. » première phrase du roman et du film The Hours.
6 Titre initialement choisi par Virginia Woolf et prévu pour le roman, finalement laissé de côté pour celui que l’on connaît : Mrs Dalloway.
Pour cette seconde publication, après mon court poème Mirage, je vous présente aujourd’hui ma vision de l’amitié féminine au travers d’un texte sensible qui retrace mes émotions au fil de ma plume. Ces lignes sont nées dans un moment de catharsis. Et ce, à la suite de l’enregistrement du premier épisode de mon podcast Radio Charo, dans lequel j’interviewe l’une de mes amies les plus proches.
Les audios WhatsApp que nous nous sommes échangés pendant près d’une heure ont réveillé quelque chose de profond. Ils m’ont rappelé à quel point la présence de mes amies est essentielle à mon bonheur. Essentielle à mon épanouissement et à mon équilibre, même lorsqu’elle n’est pas physique. Une voix familière, un rire… quelques souvenirs partagés suffisent à remettre de la lumière là où l’on croyait ne plus en trouver.
Cultiver l’amour de ses proches
Au fil de cette conversation; j’ai appris des choses que j’ignorais encore sur une personne que je connais pourtant depuis près de quinze ans. Cela m’a rappelé que les êtres que l’on aime restent des territoires vivants, capables de nous surprendre malgré les années. Nos liens ne cessent d’évoluer. Ils se transforment au rythme de nos joies, de nos blessures, de nos silences et de nos retrouvailles.
Célébrer ses amies
En refermant cet échange, j’ai ressenti l’envie d’écrire, pas une retranscription mais plutôt un hommage. Ce texte est né d’une nécessité : célébrer ces femmes qui font partie de moi, qui forgent ma vie, la bousculent, l’illuminent. Tout en lui donnant une profondeur que je ne pourrai trouver ailleurs.
Sur ces mots, je vous laisse découvrir ce fragment littéraire intime. Une ode à ces relations qui, à mes yeux, sont parmi les plus belles formes d’amour. Bonne lecture !
L’Union fait l’Amour.
Texte pour les femmes de ma vie.
Nos liens se soudent et le temps n’a pas de valeur quand j’entends les notes merveilleuses de vos rires éclatants. Cette union naît avec beaucoup de douceur, de compréhension aussi, car la communication ainsi que l’entraide sont au sein de ces complicités précieuses.
Assoiffée de la paix que m’apportent ces relations passionnelles sans attente de paraître, nos échos solaires font le tour de la Terre. Notre constellation engendre le paradis. Seulement, parfois des gouttes d’eau salée coulent sur vos joues, alors, je n’ai qu’une envie : vous étreindre, pour panser la douleur de nos vies, par instants, abimées.
On est de la famille que l’on se construit, et j’ai décidé de la bâtir avec vous. Nous serons des refuges les unes pour les autres, nous serons des armures qui empêcheront les ombres de pénétrer nos corps et nos âmes.
L’oreille attentive et la bouche en cœur nous inonderont ce monde d’amour, je vous le jure mes sœurs, on va baiser la vie sous toutes ses formes. Et quoi qu’il advienne nous finirons toujours par chasser les nuages.
Mirage est le premier poème court de Céline Mouette.
Qui est-elle ? Une jeune femme de 33 ans, poétesse, artiste, animatrice du podcast Radio Charo. Elle fait partie de ces femmes écrivaines qui n’ont pas qu’un seul talent dans leur poche.
Ici, ce n’est pas de la prose qui nous est donnée à lire, mais une sorte d’envolée lyrique, comme un chant en plusieurs strophes, grâce à une musicalité issue de la simplicité des mots choisis.
Les émotions succèdent aux métaphores, nous avons là un texte littéraire dotée d’une réelle âme. En outre, la sensibilité de la poétesse est palpable et se ressent dans l’aspect harmonieux de ces quelques vers, formant un assemblage original de sonorités que l’on imagine bien articulées : « en triant tous tes miroirs, dans le fond de tes tiroirs » par exemple.
La langue de Céline Mouette se veut très directe, moderne, sans superflu. C’est un poème dont la vocation est d’aller droit au but, droit au cœur de la lectrice, du lecteur.
Bref, une poésie courte, simple et émouvante à la fois, laquelle s’ancre bien dans son temps.
On a tendance à penser le milieu associatif comme l’incarnation de valeurs allant à l’encontre de la recherche du profit. Naïvement, on peut croire que les enjeux de domination n’y ont pas place. Pourtant, les auteures de ce livre nous offre une autre peinture, bien moins reluisante, du milieu associatif.
Dépendance à l’Etat
Les auteures introduisent leur réflexion en abordant la structure associative. Elles soulignent la dépendance des associations au pouvoir étatique. Elles montrent que cela va parfois à l’encontre des politiques des associations.
Pour survivre, les associations dépendent des subventions versées par l’Etat. Elles se retrouvent dans une logique de marché, répondant à des appels d’offre lesquels ne dépendent que des politiques publiques sans cesse mouvantes. Les structures associatives doivent s’adapter aux exigences changeantes de l’Etat.
Un secteur précaire
Si le secteur associatif compte de nombreux volontaires, bénévoles, il propose une myriade d’autres statuts ! Au-delà du salaire, les statuts restent cependant précaires.
On observe par exemple, comme dans beaucoup de secteurs, une hausse des statuts d’auto-entrepreneurs. Ce statut, bien qu’il offre une flexibilité et un sentiment d’être son propre patron, revêt des inconvénients bien réels : le licenciement sans préavis en est un parmi d’autres.
Les auteures reviennent sur le statut de service civique qui, vendu comme une « chance », n’est finalement qu’un emploi déguisé.
Le côté éphémère de ces contrats est pointé à juste titre: comme dans le secteur privé, on a affaire à des prises de décisions à court-terme.
Culpabilisation, contradictions, domination
A la lecture de Lily Zalzett et Stella Fihn, on retiendra l’importance de la notion de dévouement. En effet, les auteures insistent sur l’engagement et la motivation des acteurs du milieu associatif, lesquels croient profondément aux valeurs, à la « cause » de l’association.
Ce dévouement entraine cependant un mode de travail semblable à celui qu’on trouve dans le secteur privé :stress, heures supplémentaires etc.
Derrière une certaine coolitude, les volontaires et les salariés sont soumis à une responsabilisation et une culpabilisation.
Plus grave encore, les auteures observent une reproduction de la logique dedomination. Cela passe notamment par l’embauche, dont elles soulignent le caractère insidieux : embaucher un Noir pour représenter le « grand frère » dans un quartier, n’est-ce pas une manière de remplir les quotas ?
Elles relèvent une certaine contradiction entre les valeurs affichées de l’association et les faits. L’embauche qui est censée permettre de dépasser les dominations (raciales, sexuelles, sociales) à l’œuvre dans l’espace public, se retrouvent dans les postes proposés.
Si en façade, l’association apparait comme une famille, les rapports hiérarchiques s’y observent cependant. Au sein de l’association, tous sont soumis aux décisions d’en haut (l’Etat), mais les répercussions ne sont pas les mêmes pour chacun. Sans surprise, elles sont plus dures pour ceux « d’en bas ».
Ce livre a pour vocation de faire reconnaitre le travail associatif. Si l’analyse des auteures est assez sombre, leur message est plein de lutte et d’espoir : arrêtons de cliver les travailleurs et les bénéficiaires et luttons ensemble contre l’exploitation 🦾!
Bonne nouvelle, 2020 est enfin derrière nous. Bon, vous me direz, entre l’invasion du Capitole aux États-Unis, le virus mutant, le potentiel reconfinement slash couvre feu… Cette nouvelle année n’est pas de tout repos pour l’instant. Pour vous détendre et vous relaxer, quoi de mieux qu’un peu d’humour en BD !
Découvrez notre sélection des meilleures bandes dessinées à dévorer en janvier.
La BD de sortie : Il faut flinguer Ramirez, Tome 1 et 2
Dans un style ’80 incroyablement recrée, la BD de Nicolas Petrimaux nous plonge dans la vie du meilleur réparateur d’aspirateur, travaillant chez Robotop, Jacques Ramirez.
Muet, gentil et discret sont les adjectifs qui le décrivent le mieux, mais que se passerait-t-il selon vous si derrière ce masque d’homme à la vie paisible se cache l’un des plus grands malfrats du monde ?
Ne manquez pas cette BD chasse à l’homme teintée d’humour, à l’univers Tarantinesque.
Des dessins carrément jouissifs et des fausses pubs à foison qui nous tordent de rire.
SUBLIME.
La BD classiquissime : la saga Rahan
Quel plaisir que de replonger dans une saga iconique…
Ce héros atypique aux multiples aventures tout droit sorti de la préhistoire, apparu pour la première fois dans les pages de Pif Gadget, Rahan, s’avère un formidable personnage de BD qui compte bien nous apprendre les bases du vivre ensemble.
Les histoires de Rahan, quoiqu’assez concises, marquent notre esprit et nous guide sur les chemins d’un apprentissage de la vie unique en son genre. Une BD au top !
La BD biographique : Comme On Peut
Écrite par le vidéaste Jhon Rachid et mise en dessin par L-Kim, cette BD nous conte la jeunesse atypique et parfois triste de Mohamed Ketfi (alias Jhon Rachid) en foyer.
Les dessins de cette BD, tous très originaux, captent avec brio les émotion ressenties à différents moments de la vie de ce jeune garçon, qui a grandi loin de ses parents, parce que pauvre.
Pour ma part, j’ai réellement été scotché en lisant les trois premiers tome et j’attend avec impatience la suite d’une jeunesse pas tout à fait comme les autres.
Je ne sais pas vous, mais j’ai kiffé mes cadeaux de Noël ! Cette année, j’avais demandé des livres portés sur le féminisme. Ma soeur adorée m’a donc offert I’m Every Woman, de Liv Strömquist que j’ai dévoré en une demi-heure.
Et c’est reparti pour une sélection d’arguments en béton, qui je l’espère suffiront à vous convaincre de lire cette BD… Ou devrai-je dire, cette pépite !
Parce que vous allez découvrir Chaka Khan
À l’origine du titre de cette bande-dessinée, I’m Every Woman est un titre de la chanteuse américaine Chaka Khan, sorti en 1978. Or, vous ne pouviez pas nécessairement la connaître, si comme moi vous n’avez pas grandi dans les années 80.
Étant donné que l’ouvrage commence par cette référence, vous êtes bel et bien invitée / invité à découvrir cette artiste, grâce à Liv Strömquist. Vous n’allez pas le regretter !
I’m Every Woman – Les paroles
I’m every woman, it’s all in me
Anything you want done, baby
I’ll do it naturally
I’m every woman, it’s all in me
I can read your thoughts right now
Every one from A to Z
(Woah, woah, woah)
(Woah, woah, woah)
I can cast a spell
Of secrets you can’t tell
Mix a special brew
Put fire inside of you
But anytime you feel
Danger or fear
Instantly I will appear, ’cause
I’m every woman, it’s all in me
Anything you want done, baby
I’ll do it naturally
(Woah, woah, woah)
(Woah, woah, woah)
I can sense your needs
Like rain unto the seeds
I can make a rhyme
Of confusion in your mind
And when it comes down
To some good old fashioned love
That’s what I’ve got plenty of, ’cause
I’m every woman, it’s all in me
Anything you want done, baby
I’ll do it naturally
I’m every woman, it’s all in me
I can read your thoughts right now
Every one from A to Z
(Woah, woah, woah)
(Woah, woah, woah)
I ain’t braggin’ ’cause I’m the one
You just ask me ooh and it shall be done
And don’t bother to compare
‘Cause I’ve got it
I’ve got it, I’ve got it, yeah, I…
I’m every woman
Parce que vous découvrirez Priscilla Beaulieu
Enfant, vos parents s’égosillaient sur du Elvis Presley à vous en faire perdre la tête ?Pensez-vous que ces derniers aient jamais pris connaissance de l’existence de Priscilla Presley, l’unique épouse du King ?
Née Priscilla Ann Wagner à Brooklyn (NY) en 1945, et plus connue sous le nom de Priscilla Beaulieu, celle-ci rencontre Elvis Presley alors qu’elle n’a que 14 ans. Complètement fan de cette star internationale du Rock’n’roll, elle s’arrange pour aller le voir dans sa demeure, histoire de passer un moment inoubliable avec son idole.
Le grand Elvis Presley flash immédiatement sur elle [oui elle n’a toujours que 14 ans], et à cet instant commence une histoire d’amour pour le moins insolite. Ayant tout de même connaissance d’un certains nombres de lois interdisant les relations entre majeurs et mineurs, il se dit : tiens, et si je me la gardais pour plus tard.
En attendant de pouvoir enfin la fréquenter librement et de l’épouser, M. Presley décide de la cloîtrer à Los Angeles, en vue d’en faire une femme « parfaite» selon lui, c’est-à-dire une « sainte». Puis, il la relooke, lui met du fard sur les yeux, la transforme de la tête aux pieds… En d’autres termes, il la prend pour sa barbie. Priscilla, elle, n’y voit d’abord que du feu, elle est tellement folle de lui qu’elle ferait n’importe quoi pour lui plaire.
Néanmoins, en 1964, sa flamme en prend un sacré coup lorsque le King la trompe avec la chanteuse Ann Margret. Elle lui en veut un chouya, en sachant qu’elle, pendant tout ce temps, s’était pleinement dédiée à la chasteté.
« Et alors ?!» S’est-elle sans doute écrié peu après. « Je l’aime !»
Ainsi, Priscilla Beaulieu épouse Elvis Presley en 1967 à Las Vegas. En 1968, naît leur fille, Lisa Marie Presley, à Memphis. Mais le Roi n’est toujours pas rassasié, s’ennuit de sa femme qu’il trouve désormais trop âgée, et de sa fille dont il ne se soucie guère. Il tire sur des téléviseurs, prend des somnifères, et délaisse Priscilla plus que jamais.
Elvis Presley la trompe encore, à de nombreuses reprises, tout en faisant mine d’éduquer leur fille, à coup de voyages, de rencontres diverses et variées. Pour sa fille, Priscilla se plie aux exigences du King, quitte à faire croire qu’elle est parfaitement heureuse au sein de son couple, et ce devant les paparazzi.
Ce n’est qu’en 1972 que Priscilla Beaulieu demande enfin le divorce !
Ce qui lui vaut d’être vivement critiquée, et même haïe par les fans hystériques, les médias, et en somme, le monde entier.
Une vie pas facile, me direz-vous…
Parce que même Britney Spears va vous faire réfléchir
Quand on pense à Britney Spears, on imagine d’abord une jeune fille à couettes sur un album mondialement streamé. On se souvient d’une musique phare, Oops I did it again, ou encore Baby one more time…
Très vite, cette image de jeune fille blonde, sexy, et « innocente» disparait pour laisser place à la Britney Spears scandaleuse, celle qui s’est rasé le crâne, va savoir pourquoi.
Mais oui au fait, pourquoi ?
Liv Strömquist vous propose des éléments de réponse en relatant quelques faits.
Hypothèse N°1 : elle en avait peut-être assez des rumeurs qui circulaient à son sujet. Notamment celle lancée par son propre petit ami en 2004, Jason Alexander, qui ne s’est pas gêné pour raconter les moult positions sexuelles testées avec elle, juste parce que ce dernier était frustré de voir son mariage avec Britney Spears annulé par les avocats de Jive Records, le label de la chanteuse.
Hypothèse N°2 : elle en avait peut-être marre des petits amis tout court, de ces mecs puant l’après-rasage, prêts à tout pour l’impressionner, à bord de leur lamborghini, vêtus de leurs plus beaux costards, sabrant des bouteilles de champagne hors de prix. Peut-être qu’elle voulait un peu de réalité dans son monde de Mickey.
Hypothèse N°3 : peut-être venait-elle de découvrir que le mythe de l’amour parfait, c’est vraiment bidon, et que le prince charmant n’existe pas, alors même que toute sa vie, elle a été entraînée à déclamer des paroles cucul la praline.
Parce que vous saurez tout sur les pires petits amis…
… De l’Histoire.
De Edvard Munch à Phil Spector en passant par Percy Shelley, Mao Zedong et Ingmar Bergman, on en apprend de belles sur les relations des personnalités masculines de tous horizons.
Entre narcissisme, possessivité, jalousie et tromperies, les pires petits amis de l’Histoire vous feront sans doute soupirer de soulagement à la simple idée que vous ne les ayiez jamais connu. Et c’est certainement mieux comme ça !
Auriez-vous préféré être la petite amie de Staline, Nadejda Allilouïeva-Staline, et ainsi passer votre vie à tenter de représenter un modèle idéal de partenaire bolchévique, dès l’âge de trois ans ? Vous marier à 18 ans avec un homme de 41 ans ?
Songez-vous à la gloire et la joie qu’une relation avec Munch aurait pu vous procurer ? Oubliez cette idée. Après avoir lu les détails sordides de sa relation avec Tulla Larsen, que le peintre accuse de lui avoir transmis de mauvaises énergies, lesquelles l’auraient contraint à se tirer dans le doigt… Vous n’aurez plus envie d’être la muse de qui que ce soit. Et d’ailleurs, à propos de cet incident, c’est le peintre lui-même, ivre, qui l’a provoqué de son plein gré après une énième dispute avec sa compagne…
Parce que vous cesserez de détester Yoko Ono
Depuis des années, lorsque je regarde un documentaire sur les Beatles, je ne peux m’empêcher de penser : Mais cette Yoko Ono, qu’est-ce qu’elle faisait là ? Elle ne pouvait pas vivre sa vie de pacifiste ailleurs, sans déranger les scarabées ?
En lisant les dernières lignes de I’m Every Woman, j’ai pris conscience que j’émettais jusqu’ici des jugements de valeur gratuits à son encontre. D’accord, sa présence a tellement perturbé John Lennon que tous les journaux se sont écriés « Yoko provoque la fin des Beatles !», sans réfléchir deux secondes aux problèmes de dépendance affective de John Lennon : il l’appelait tout de même maman. On en est là !
Si malgré toutes ces contraintes oedipiennes, Yoko Ono reste forte et continue à fréquenter John Lennon, au bout d’un certain temps elle se lasse sérieusement et repense à son art. Oui, à son art, car à l’origine, Yoko Ono est l’inventrice du concept d’installation comme expression artistique. C’est d’ailleurs suite à l’une de ses installations (une échelle menant à un pense-bête sur lequel il est écrit Yes) que John Lennon la remarque et n’en démords plus. Ils se séparent enfin après avoir finalement réussi à créer et à faire de la musique indépendamment l’un de l’autre, et après avoir conçu… un fils. Une fois séparés, Yoko Ono s’est dit : Enfin Libre !
Fans imperturbables du chanteur, les journaux n’ont pas apprécié cette rupture, et ont choisi d’ériger des portraits racistes et peu flatteurs de Yoko Ono. Selon les journalistes, Yoko Ono n’a été que la « salope asiatique qui a dissous les Beatles».
Après avoir lu la BD de Liv Strömquist, je vous souhaite de réfléchir, et de reconsidérer l’Histoire sous un autre angle.
Celui des femmes de…, des femmes oubliées, qui méritent, pourtant, tout notre intérêt.
Les grands noms de la Littérature perturbent parfois le lecteur. Entre les noms de plume, les noms d’emprunt, les noms qui sonnent masculins mais qui désignent en réalité des femmes, et inversement… difficile de s’y retrouver ! Et pour cause, au travers des siècles, de nombreuses femmes ont pris la plume et opté pour un patronyme masculin. Pourquoi donc ont-elle choisi de changer leur identité ?
Avant de publier ses romans sous le nom de Colette, notre écrivaine préférée se faisait passer pour son mari, Henri Gauthier-Villars, dit Willy. Ce dernier, surpris par ses talents d’écriture, n’hésita pas à en tirer profit pour accroître sa propre renommée littéraire. Ce n’est qu’après leur divorce en 1906 que Colette signa enfin ses ouvrages de son nom.
Si la séparation lui servit de déclic pour sortir de l’ombre, d’autres femmes de Lettres ont cheminé différemment tout au long de leur vocation littéraire. Alors qui sont-elles, et quels furent les arguments qui les poussèrent à écrire sous un autre nom ?
Découvrez notre sélection d’écrivaines aux multiples facettes.
George Sand, l’immortelle
C’est à la mort de George Sanden 1876, que Victor Hugo la qualifia d’immortelle. L’écrivaine naquit Amantine Aurore Lucile Dupin, à Paris en 1804.
Originaire du Berry, Georges Sand avait des amis paysans avant de découvrir l’aristocratie parisienne. Elle avait donc connaissance de l’univers folklorique du monde rural, mais n’était pas dupe des manières de Paris. Elle resta toute son existence très attachée à sa région natale.
D’ailleurs, elle s’amusait volontiers des clichés de la capitale, fumait le cigare, portait des pantalons…
Une écrivaine « scandaleuse » pour l’époque
George Sand attisait la curiosité de ses confrères, ce qui ne manquait pas de la divertir. Balzac la détestait, et alla même jusqu’à la transformer en personnage dans ses romans, en inventant notamment le terme sandinisme, pour qualifier toutes les femmes qui seraient tentées comme elle de se déguiser en hommes pour vivre une vie d’indépendance et jouir d’une grande liberté.
Vivement critiquée par d’autres écrivains non moins célèbres, Lautréamont disait de George Sand qu’elle était un hermaphrodite circoncis, Jules Renard la traitait de vache à romans, Baudelaire de Latrines…
Son entrée fracassante dans le petit cercle très fermé des Lettres parisiennes a sans nul doute créé le scandale.
Changer de nom pour obtenir plus de reconnaissance
George Sand choisit son pseudonyme à 27 ans. C’est à partir de cette invention qu’elle construisit non seulement sa carrière littéraire, mais qu’elle transforma également sa personnalité, et même sa vie entière.
Plus tard, ses enfants et petits-enfants porteront à jamais ce matronyme de Sand, sorti tout droit d’une influence a priori britannique.
Son objectif initial ? Être prise au sérieux par le monde littéraire tout entier, et par ses lecteurs.
Il y avait donc à l’origine de cette mutation un désir d’indépendance très fort, puisqu’elle parvint à asseoir son style et à bâtir sa renommée par le biais d’une fausse identité.
Lutter contre les injustices liées aux femmes
À l’époque, et finalement, comme aujourd’hui, être une femme c’est risquer de se faire aborder dans la rue par d’étranges inconnus, des malotrus qui ne voient en ces dames que des jupes frémissantes, afin de nouer d’éventuels rapports charnels.
Ces accosteurs du dimanche, George Sand les abbhorait. Sillonnant les rues, elle s’en agaçait au quotidien, et ne se sentait pas libre de se promener comme n’importe quel homme de sa ville.
Or, la liberté lui était si chère, qu’elle préfèra revêtir des habits d’homme pour enfin avoir la paix.
Sa vie ne fut pas facile, mais elle la maîtrisait tant bien que mal. De nature optimiste, elle était fière de son parcours, et ne souhaitait l’échanger pour rien au monde.
Je ne suis pas de ces femmes qui abordent l’injustice avec un visage serein.
George Eliot, la réaliste victorienne
Tiens, revoilà George ! [un peu d’humour pardi.]
Peu connue du grand public, les oeuvres de George Eliot sont encore étudiées dans le milieu universitaire, et continuent de fasciner les passionnés de littérature britannique.
George Eliot, née Mary Ann Evans en 1819 dans le Warwickshire en Angleterre au sein d’un milieu modeste, était une des plus grandes écrivaines de l’ère victorienne (1837-1901). Elle portera toujours dans son coeur les Midlands, dont elle était originaire. Elle a été marquée à vie par son enfance en milieu rural (tout comme George Sand). Le décès de sa mère survint alors qu’elle n’avait que 16 ans, c’est peut-être ce qui explique la complexité du thème de la maternité dans ses romans. Son père, quant à lui, donna une excellente éducation à sa fille, car il la savait surdouée, curieuse par nature, et avide de lecture.
Une femme timide, une écrivaine déterminée
Connue pour son oeuvre Middlemarch, dans lequel George Eliot décortique la vie de province, Mrs. Evans alias Eliot a vécu une existence qui pourrait s’apparenter à un roman. C’est d’ailleurs ce qu’en a fait sa biographe en chef, Kathy O’Shaughnessy, dans son livre Une passion pour George Eliot.
Paradoxale, Mary Ann Evans était une femme à la fois extrêmement confiante, mais aussi très vulnérable. Très timide, sujette aux migraines, elle avait souvent besoin d’être rassurée dans son travail littéraire. Son partenaire, George Henry Lewes, l’a à de nombreuses reprises encouragée à s’affirmer, et c’est bien grâce à lui que George Eliot écrivit ses premières nouvelles et son premier roman, qu’elle commença à l’âge de 37 ans seulement.
Physiquement, elle n’était pas à son avantage… Pour ne pas dire qu’elle manquait cruellement de beauté. Toutefois, son entourage lui trouvait une voix et un regard fascinants. Ces traits physiques désavantageux l’ont conduit à se construire une personnalité masquée, pour pouvoir vivre sereinement en société.
Virginia Woolf (elle-même !), avait conscience de sa laideur, et disait d’elle :
George Eliot n’était pas charmante, elle n’était pas très féminine, elle ne possédait aucune de ses excentricités et de ces irrégularités de caractère qui donnent à tant d’artistes la séduisante simplicité des enfants. Mais si nous examinons ses portraits de plus près, nous verrons que ce sont tous des portraits d’une femme célèbre d’âge mur, vêtue de satin noir sortant en Victoria. Une femme qui a achevé son combat et en est sortie avec un profond désir de se rendre utile à autrui […].
À propos de son chef-d’oeuvre (Middlemarch), Virginia Woolf disait également qu’il s’agissait de :
L’un des rares romans anglais écrits pour les grandes personnes.
Son deuxième roman, Adam Bede fut salué par Dickens, et connut également un immense succès.
Partir pour devenir libre et indépendante
Quand son père décéda en 1849, elle avait 30 ans. Si cette triste nouvelle lui donna du chagrin, elle considéra sa mort comme une sorte de délivrance puisqu’elle décida de vivre en totale indépendance. En effet, lorsque son frère lui proposa de venir habiter chez lui, elle refusa, et se mit en routepour Londres. Grâce à son héritage, ses finances étaient plutôt stables, mais elle se fit la promesse de travailler une fois arrivée à la capitale.
Sur place, elle rencontra son éditeur, J. Chapman. Elle devint son assistante, tandis qu’en parallèle elle publia beaucoup d’essais, et de textes littéraires. Elle fit de nombreuses rencontres exaltantes et productives malgré sa timidité maladive, dont le grand amour de sa vie, George Henry Lewes, qui était à l’époque un homme aux multiples facettes (philosophe, écrivain, critique de théâtre…) et qui comme elle n’avait pas été gâté par la nature sur le plan physique.
Si au moment de cette rencontre, il était déjà marié, il ne pouvait pas demander le divorce et acceptait indifféremment les liaisons de sa femme. Il n’était finalement engagé que sur le plan légal et s’autorisait à fréquenter qui bon lui semblait, mais la société n’approuvait pas sa relation avec George Eliot. Celle-ci paraissait scandaleuse à l’époque, ce qui valut à l’écrivaine d’être jugée très sévèrement par la société victorienne, mais aussi par sa famille : à cause de ce « scandale », son frère ne lui adressa plus jamais la parole.
Choisir un autre nom pour être lue et entendue
À partir de cet écho, Mary Ann Evans, déjà devenue Marian à Londres, fut considérée comme déchue. Sa relation avec Lewes, vivement critiquée, la marginalisa de la société londonienne. Humiliée, elle décida de s’affirmer et de signer tous ses documents « Marian Lewes », pour mieux prouver l’affection qu’elle portait à son mari d’adoption, et se rebeller contre tous ceux qui la fustigeaient.
En outre, M. Lewes la protégea toute sa vie face aux critiques. Il croyait et l’encouragea à écrirela conversion de Jeanne, et scènes de la vie du clergé sous un nom de plume : George Eliot.
Il existe plusieurs hypothèses liées à ce nom : George, après tout, était le nom de son mari, qu’elle aimait tant, et réciproquement. Seconde hypothèse : elle admirait également George Sand, qu’elle avait beaucoup lue et connue puisqu’elles vivaient à la même époque.
Il plane toutefois un dernier mystère.
POURQUOI ELIOT ?
À vos hypothèses !
Laurent Danielle, la muse clandestine d’Aragon
Née en 1896 à Moscou de parents juifs, Elsa Triolet s’appelait en réalité Ella Yourievna Kagan.
Sa soeur Lili, n’est nulle autre que Lili Brik, l’actrice et la réalisatrice avant-gardiste, la muse de Maïakovski.
Dans son enfance, la petite Elsa ne se sentait pas aimée, et jalousait sa soeur, qui toutefois la fascinait. Après de brillantes études d’architecture, un apprentissage approfondi du piano, elle voyagea avec sa mère et sa soeur un peu partout en Europe à la recherche d’aventures liées aux arts et à la musique.
Une muse voyageuse
En 1917, elle rencontra André Triolet, qui était en poste à Moscou en tant qu’officier français. Sa vie de couple fut malheureuse et surtout très ennuyeuse pour Elsa. Elle décida de quitter son mari en 1921, pour continuer à voyager à Londres, à Berlin où elle rencontra Victor Chklovski qui publia leurs échanges épistolaires Zoo, lettres qui ne parlent pas d’amour ou la Troisième Héloïse.Gorki lut ces derniers et encouragea Elsa à écrire. À Paris, elle logea à Montparnasse, et se mêla aux personnalités de son quartier et de son temps, dont Marcep Duchamp ou encore Man Ray.
Inspirée, elle écrivit son premier livre, À Tahiti, publié en 1925, puis bientôt Fraise des bois (qui était son surnom lorsqu’elle était enfant), sorti en 1926.
Résister en diffusant la presse : sa contribution personnelle
Ce n’est qu’en 1928, à Paris, que l’ancienne madame Triolet fit la connaissance de Louis Aragon, avec qui elle se maria quelques années plus tard, en 1939.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle aida son mari et participa à la Résistance, à travers des enquêtes de presse, et en contribuant notamment à diffuser les journauxLa Drôme en Armes et Les Étoiles.
La première femme à recevoir le prix Goncourt
Entrée en clandestinité en 1943, elle parvint à publier sa nouvelle Les Amants d’Avignon, sous le nom de Laurent Danielle, en hommage à Laurent et Danielle Casanova, déportés à Auschwitz.
Cette nouvelle et trois autres furent rassemblées et publiées dans un recueil, Le Premier Accroc Coûte Deux-Cents Francs, grâce auquel elle reçut le prix Goncourt en 1945. Elsa Triolet fut donc la première femme à recevoir ce prix. Quant au nom du recueil, il annonçait en réalité le débarquement des troupes alliées en Provence, plus connu sous le nom de code Anvil* Dragoon**.
*Anvil : enclume en anglais
**Dragoon : contrainte (car Churchill estimait qu’il y avait été forcé, contraint).
Femme de Lettres, elle commença à écrire dès le plus jeune âge, des pièces de théâtre, en vers et même en prose. Elle aimait travailler son style, et y mettait beaucoup d’acharnement et de concentration. Elle savait nouer des relations, si bien qu’elle fit de belles rencontres, dont ses amis José-Maria de Heredia, Sully Prudhomme, François Coppée, mais aussi Juliette Adam ou encore la comtesse Anna de Noailles.
Nouveau nom, même succès
Excellente écrivaine, son style fut rapidement reconnu par l’Académie française qui lui décerna plusieurs prix de Littérature, dans des genres variés (roman, poésie, traduction…).
Le nom de Daniel Lesueur lui était imposé par son éditeur de ses premiers romans, Calmann-Lévy. Si celui-ci lui déplut, elle s’en accoûtuma au fil du temps. De plus, ce nom de Daniel Lesueur lui venait de son ancêtre maternel, Daniel O’Connell, et du nom de jeune fille de sa mère, Marie Henriette Lesueur.
Défendre la cause des femmes : l’engagement d’une vie
Adorée, décorée par tous ses contemporains, elle fut la première femme à recevoir la Légion d’Honneur puisqu’elle fut sacrée Chevalier en 1900, mais aussi la cinquième femme à être promue officier en 1913.
Talentueuse, Jeanne Loiseau était bilingue et aimait plus que tout défendre la cause des femmes grâce à son tact, et son côté diplomate. Elle créa diverses oeuvres philanthropiques, dont Le Denier des Veuves de la SGDL (en 1913), l’Aide aux femmes de Combattants (en 1914) et le Foyer du Soldat (en 1918, tout près du front).
Elles ont aussi opté pour un nom masculin :
George Sand, George Eliot, Laurent Danielle et Daniel-Lesueur ne sont pas les seules écrivaines à avoir opté pour un pseudonyme masculin.
En effet, il en existe une myriade, toutes aussi intrigantes les unes que les autres, que nous vous invitons à découvrir par vous-même…
Marie D’Agoult, alias Daniel Stern
Elizabeth Mackintosh, alias Gordon Daviot
Victoire Léodile Bérat, alias André Léo
Marie de Hérédia, alias Gérard D’Ouville
Jeanne Philomène Laperche, alias Pierre de Coulevain
Alice Marie Céleste Durand, alias Henry Gréville
Marie-Anne Bertille de Beuverand de la Loyère (bravo si vous avez tout lu), alias Champol
Jeanne-Caroline Violet, alias Guy Chantepleure
Frédérique Audoin-Rouzeau, alias Fred Vargas
JK Rowling, alias Robert Galbraith (elle voulait s’essayer au roman policier, mais cela n’a pas marché car elle a vite été démasquée)
Gloria Steinem représente à merveille l’esprit Colette : journaliste, écrivaine, militante, elle est une figure féministe inspirante. Avec son livre, Ma Vie sur la route : Mémoires d’une icône féministe, on sillonne les États-Unis à travers ses combats.
Ma Vie sur la route : Mémoires d’une icone féministe, éditions Harper Collins, mars 2020.
Ma Vie Sur la route, préfacé par Christiane Taubira, nous fait découvrir la vie passionnante de Gloria Steinem.
Libre et bohême
Aujourd’hui à 86 ans, elle fait le point sur le chemin parcouru, et y a de quoi être fière ! Toute sa vie, elle a parcouru les routes des États-Unis pour défendre l’égalité des droits. Itinérante assumée, sa trajectoire est faite de rencontres et de combats féministes.
Son amour pour la route, elle le doit à son père : « Je suis la fille de mon père » écrit-elle. Ce choix de vie nomade et bohème va à l’encontre des attentes de la société patriarcale des années 60. Si la place de la plupart des femmes à cette époque est souvent à la maison, Gloria choisit de prendre la route comme un homme. Gloria est libre, la route représente l’inattendu, le danger, les rencontres, les amitiés, le chemin du possible.
« Je peux partir parce que j’ai une maison qui m’attend. Je peux rentrer parce que je suis libre de partir. C’est l’alternance qui donne toute sa saveur à chacun de ces modes de vies. C’est à la fois très ancien et très moderne. Nous avons besoin des deux. »
Faire entendre sa voix pour l’égalité des droits
D’abord journaliste dans un univers machiste, elle a réussi à faire porter sa voix à l’échelle du politique et encourager les prises de paroles des femmes.
Créatrice du premier magazine féministeMs en 1971, elle retiendra de son voyage en Inde l’importance des cercles de parole qu’elle développera aux États-Unis. Inscrite au Women’s National Hall of Fame, elle fondera avec Jane Fonda et Robin Morgan le Women’s Media Center, une organisation visant à rendre les femmes plus présentes et plus visibles dans les médias.
Son combat féministe rejoindra très vite les luttes des minorités raciales. Par la suite, elle participera aux campagnes présidentielles de Hillary Clinton et de Barack Obama.
Bref, vous l’aurez compris, tant qu’il y aura des injustices et des combats à mener, la route ne s’arrêtera pas pour Gloria Steinem.
Ce road trip aussi instructif que savoureux plein d’optimisme et de courage nous invite à voyager, à faire des rencontres et lutter tant qu’il faudra.