Les BD à dévorer à Noël ! 🎄

Une sélection Colette Magazine

Les fêtes de fin d’année approchent à grands pas. Le père Noël, ce bon vieux grand-père généreux comme pas deux, a-t-il pensé à vous et à votre passion pour les Bandes Dessinées ? Si ce n’est pas le cas faites-vous plaisir, car après tout… On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Voici donc pour vos beaux yeux une petite liste de belles BD à feuilleter cet hiver au coin du feu.

Ab Absurdo, tome 4 – Marc Dubuisson

Si le dessinateur Marc Dubuisson admet volontiers, lorsqu’on l’interroge, qu’il n’avait pas vocation à le devenir, ce n’est pas si difficile à croire au vu des bonhommes batons à se tordre de rire qu’il nous concocte tous les ans, pour notre plus grand plaisir.

ab absurdo

Sa passion ? Les strips absurdes, par lesquels il nous communique gaiement son point de vue désabusé sur les actualités marquantes de notre quotidien. Mélange subtil entre humour de Ionesco et politique mondiale, Marc Dubuisson dessine au présent.

Fin veilleur du moindre événement français, belge ou planétaire, la spécialité du dessinateur des tomes 1, 2, 3 et 4 de la série Ab Absurdo réside, comme son nom l’indique, dans la démonstration de l’incommensurable absurdité d’une majorité de décisions politiques quelles qu’elles soient.

Donnant à penser, à réfléchir tant à nos actions individuelles qu’à la domination des élites et leurs préjugés, ses bonhommes décoiffent et ne laissent pas indifférents…

Vous pouvez acquérir le dernier exemplaire Ab Absurdo sur le site officiel de la librairie des éditions Lapin. Au programme de ce tome 4 : masques anti-covid, whatsappero décapants, frasques politiques exaltantes. À votre santé !

L’Arabe du futur, tome 5 – Riad Sattouf

Né à Paris en 1978 d’un père syrien et d’une mère française, Riad Sattouf a grandi en Lybie et en Syrie et a reçu une éducation musulmane, avant de revenir en France pour découvrir… Tintin, ces aventures extraordinaires qui marqueront sa vie et fixeront son destin.

larabe du futur 5

S’il passe son bac à Rennes puis entre en écoles d’arts appliqués à Nantes, c’est aux Gobelins que ses talents seront repérés et appréciés. De succès en succès, il en arrive à créer son propre atelier avec Blain, Sapin et Sfar en 2002.

En 2009, il réalise les Beaux Gosses, une comédie française d’une lucidité rare sur la jeunesse de l’époque, vu et re-revu par bon nombre d’enfants issus de la génération Y (dont je fais partie). C’est grâce à ce long-métrage que le grand public découvre avec enthousiasme un acteur prometteur : Vincent Lacoste.

En parallèle, il dessine pour Charlie Hebdo dans sa propre rubrique intitulée « La vie secrète des jeunes ». Si à l’époque les beaux-gosses rencontrent un succès mitigé au box office, cela permet néanmoins à Riad Sattouf de revenir à la bande-dessinée.

En 2014, l’Arabe du Futur paraît, et grâce à son oeuvre autobiographique, la renommée du dessinateur devient internationale. Ses dessins, simples, drôles et efficaces, mettent en scène sa jeunesse en Lybie sous le régime de Khadafi, et en Syrie, sous Hafez-al-Assad (1974-1978). Son adolescence unique en son genre pique notre curiosité, et nous fait rire, rêver, pleurer.

Le tome 5 signe l’avant-dernière aventure du dessinateur, qui serait actuellement en train d’écrire le sixième et dernier tome. Encore une fois, on y voit un jeune adolescent troublé dans sa quête existentielle par sa difficulté à trouver sa place dans le monde, ému par sa mère qui tente de le récupérer, et se remémorant les paroles de son père et des traditions syriennes…

Des heures ne suffiraient pas à vous convaincre d’y plonger. Alors, osez vous faire vous même votre propre opinion, et faites-en l’acquisition dans la librairie la plus proche.

L’Arabe du futur, tome 5 aux éditions Allary.

Sapiens, la naissance de l’humanité, tome 1 – Harari, Vandermeulen et Casanave

sapiens la naissanceEt si on s’arrêtait deux minutes sur… L’humanité ?

Est-on sûr de tout savoir, tout connaître ? Ce n’est sûrement pas pour rien que notre vieil ami Socrate disait :  « je sais que je ne sais pas ». Si ce fameux  « ἕν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα » (la même chose, en grec ancien) donne à philosopher, avec le premier tome de Yuval Noah Harrari, David Vandermeulen et Daniel Casanave, c’est l’Histoire tout entière qui est élégamment mise en lumière.

Avec humour, ces trois acolytes nous narrent des faits historiques et scientifiques ayant forgé l’évolution de notre espèce.

Parfait pour traverser une crise d’ado, cet ouvrage permet de nous remettre les pieds sur Terre à la recherche de notre origine première. Si vous êtes de nature à vous demander en permanence :

« POURQUOI NOUS LES HUMAINS ON N’EST PAS COMME LES ANIMAUX ? »

« POURQUOI NOS VIEUX ÉTAIENT SUPER-AGGRESSIFS DANS LE TEMPS ALORS QUE MAINTENANT TOUT LE MONDE EST HYPER RELAX ? »

« COMMENT LES PREMIERS HOMMES FAISAIENT L’AMOUR ?! »

Alors oui, je crois que cette BD apaisera vos esprits torturés.

Calmez-vous, prenez une tisane, et découvrez les secrets de l’Homme grâce à ce bijou dessiné, Sapiens, la naissance de l’humanité, paru aux éditions Albin Michel.

La Rose la plus rouge s’épanouit – Liv Strömquist

Si certains d’entre nous étaient déjà tombés raides dingues de la dessinatrice et son Origine du monde, ceux qui ne la connaissent pas peuvent encore la découvrir grâce à sa dernière bande dessinée intitulée la Rose la plus rouge s’épanouit.

la rose la plus rouge sepanouitÀ nouveau l’autrice suédoise nous surprend avec ce délicieux hommage à la poétesse américaine Hilda Doolittle. L’objectif ? Analyser l’amour à l’ère du capitalisme et de la société de consommation.

Sommes-nous toutes des roses destinées à rougir puis à fâner éternellement ? Au temps des applis de rencontre et du polyamour, quelle place est censée occuper le sentiment amoureux ? N’est-ce qu’un sentiment passager, voué à ne pas s’éterniser ?

Et puis d’ailleurs, pourquoi l’amour, ça ne finit pas toujours très bien, en général ?

Tant de questions auxquelles la dessinatrice vous propose des pistes multiples, pour mieux se frayer un chemin dans l’éros, et observer les coulisses et les mécanismes de la passion.

Alors, suivez le guide et pénétrez dans l’univers humoristique et coloré d’une dessinatrice suédoise qu’on ne prend même plus la peine de nommer, à force de succès.

La Rose la plus rouge s’épanouit de Liv Strömquist, aux éditions Rackham

Peau d’Homme – Zanzim et Hubert

Détour en Belgique, cet hiver, avec une pépite signée Zanzim et Hubert. Abordant le féminisme non pas de plein fouet mais de manière décalée, le dessinateur Zanzim et le scénariste Hubert nous emmènent à Florence à la Renaissance.

peaudhommeÀ l’intérieur de cette ville se joue une transition douloureuse mais nécessaire entre la religion, liée aux traditions, aux coûtumes ancestrales, et l’humanisme, qui vient transgresser la religion et bousculer la notion de Dieu pour mettre en valeur l’Homme et la dignité de son esprit.

Le lecteur suit l’évolution d’une jeune fille condamnée à un mariage arrangé. Celui-ci doit avoir lieu dans très peu de temps…

Mais sa famille est loin d’être ordinaire : toutes les femmes qui la composent ont la possibilité, magique, de revêtir une apparence d’homme, afin de vivre quelques heures dans la peau de leurs confrères masculins.

Cette jeune fille évoquée plus haut ne se marie pas immédiatement et à la place, se fond dans sa peau d’Homme grâce à laquelle elle va vivre une épopée singulière…

Si vous n’avez pas encore l’eau à la bouche avec ce synopsis déjanté, sachez qu’au fil des pages, de nombreux problèmes actuels seront traités avec beaucoup de finesse, mais aussi beaucoup d’informations et de documentations sur l’époque de la Renaissance.

Bonne lecture !

Peau d’Homme, Zanzim et Hubert aux éditions Glénat.

 

Sélection de livres à offrir à Noël 🎁

Avec la crise sanitaire actuelle, les temps sont durs pour nos amis libraires et éditeurs. Pourquoi ne pas les soutenir en glissant des livres sous le sapin ? Colette Magazine a sélectionné 10 titres d’éditeurs indépendants parus en 2020 à offrir (ou à s’offrir).

1. Tout le monde peut être féministe, de bell hooks

bell hooks
Tout le monde peut être féministe, bell hooks, éditions Divergences, octobre 2020

Résumé : « Pour faire simple, le féminisme est un mouvement qui vise à mettre fin au sexisme, à l’exploitation et à l’oppression sexistes. » Ainsi débute cette efficace et accessible introduction à la théorie féministe, écrite par l’une de ses figures les plus influentes, la militante noire-américaine bell hooks.
Conçu pour pouvoir être lu par tout le monde, ce livre répond de manière simple et argumentée à la question « qu’est-ce que le féminisme ? », en soulignant l’importance du mouvement féministe aujourd’hui. Ce petit guide, à mettre entre toutes les mains, nous invite à rechercher des alternatives à la culture patriarcale, raciste et homophobe, et à bâtir ainsi un avenir différent.

On l’offre à : une sœur, une mère oui ! mais pas que ! A la portée de tous, ce guide sera l’occasion d’élever les idées rétrogrades de votre cousin, père ou collègue.

2. Les Bons Gros Bâtards de la littérature, de PoPésie et Aurélien Fernandez

Les bons gros bâtards de la littérature - prévente
Les Bons Gros Bâtards de la littérature, éditions Lapin, juin 2020

Résumé : Victor Hugo, Georges Sand, Flaubert, Voltaire, Colette, Baudelaire… L’Histoire de la littérature compte de de nombreux grands hommes, et de nombreuses grandes femmes, dont les noms résonnent aujourd’hui encore dans les salles de classe, dans les rues et dans les mémoires. Des héros, des génies, des artistes incroyables, mais aussi, parfois… des bons gros bâtards!
Aurélien et Guillaume, avec humour et  finesse, nous racontent dans des planches thématiques le côté sombre des auteurs classiques.

On l’offre à : sa meilleure copine littéraire, un copain lettré un peu snob, son prof de lettres préféré.

3. Confinement En Œuvres, de Manu Larcenet

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Confinement En Oeuvres, Manu Larcenet, éditions Les Rêveurs, novembre 2020.

Résumé : Les tableaux de Van Gogh, Warhol, Klee, Matisse, Bonnard, Munch, Rubens, Goya, Picasso pour ne citer que ceux-là parmi une cinquantaine de peintres sont revisités et commentés par Manu Larcenet ! L’auteur a retenu cinquante tableaux de grands peintres qu’il détourne en y ajoutant une légende imparable. Ces oeuvres l’ont accompagné pendant son confinement. Il les déconfine dans cet ouvrage dans lequel les peintures détournées se succèdent au fil des courants qui ont marqué l’histoire de la peinture : impressionnisme, expressionnisme, dadaïsme, surréalisme et le pop art.
Un voyage dans l’Art accompagné de la malice et l’humour de notre star internationale de la bande dessinée.

On l’offre à : tous les amoureux des arts plastiques.

4. Dépôt de bilan de compétences, de David Snug

Dépôt de bilan de compétences, David Snug, Nada éditions, février 2020

Résumé : Dans cette nouvelle BD, David Snug s’inspire de son parcours professionnel pour nous livrer une critique du travail décalée et documentée. Héritier de Bob Black et Paul Lafargue, il dénonce avec humour l’absurdité du salariat et les travers du capitalisme tout en cultivant ce goût pour la liberté et l’autonomie qui lui sont chers.
De ses études d’arts appliqués à l’usine en passant par la case chômage, l’intérim et son lot de boulots précaires, il aborde la question du déterminisme social, la pénibilité du travail à la chaîne, la vacuité des formations dites professionnalisantes, pour pointer les dysfonctionnements du système et prôner une vie en marge, mais pas oisive, et envisager des pistes alternatives d’activités.

On l’offre à : ceux qui ont aimé ce livre, son ami syndicaliste, son patron (Cap’?)

5. Recueil à punchlines, Collectif

Recueil à punchlines
Recueil à punchlines, Collectif, éditions du Commun, octobre 2020

Résumé : Genre musical le plus écouté et le plus lucratif aujourd’hui, le rap reste pourtant marginalisé par une classe politico-médiatique qui circonscrit cette musique à des clichés que ce recueil souhaite modestement démonter. Ce livre que vous tenez dans vos mains est un hommage aux raps. Ce n’est ni une anthologie, ni un dictionnaire, c’est le fruit d’un travail collectif mené par des passionnés. Ce recueil peut se lire de deux manières différentes. Tout d’abord, comme une succession de phrases poétiques et percutantes. Ou alors comme un quiz, avec un index et une bibliographie en fin d’ouvrage présentant les références de chaque punchline et les artistes qui y sont associés.

On l’offre à : Tous les passionnés du rap, et ceux qui sont contre.

6. Seins : En quête d’une libération, de Camille Froidevaux-Metterie

Seins : En quête d’une libération, Camille Froidevaux-Metterie, éditions Anamosa, mars 2020.

Résumé : Les seins des femmes sont l’objet de fantasmes et d’injonctions sans fin. Ronds, fermes et hauts, ni trop petits ni trop gros, à la fois sexy et nourriciers… seraient-ils le siège visible, désigné, ressenti d’une condition féminine objectivée ?
Sans doute mais pas seulement. Camille Froidevaux-Metterie a choisi d’explorer l’expérience vécue des femmes en menant l’enquête auprès d’une quarantaine d’entre elles, de tous les âges. Grands oubliés des luttes féministes, les seins des femmes ne sont pas seulement vecteurs d’assignation mais aussi d’affirmation et d’émancipation.

On l’offre à : Toutes celles qui en ont 😉

7. Frantz Fanon, Frédéric Ciriez, Romain Lamy

Frantz Fanon, Frédéric Ciriez, Romain Lamy, La Découverte, septembre 2020

Résumé : Le nom de Frantz Fanon (1925-1961), écrivain, psychiatre et penseur révolutionnaire martiniquais, est indissociable de la guerre d’indépendance algérienne et des luttes anticoloniales du XXe siècle. Mais qui était vraiment cet homme au destin fulgurant ? Nous le découvrons ici à Rome, en août 1961, lors de sa légendaire et mystérieuse rencontre avec Jean-Paul Sartre, qui a accepté de préfacer Les Damnés de la terre, son explosif essai à valeur de manifeste anticolonialiste.
Ce roman graphique se donne à lire non seulement comme la biographie intellectuelle et politique de Frantz Fanon mais aussi comme une introduction originale à son œuvre, plus actuelle et décisive que jamais.

On l’offre à : Qui veut (re)découvrir ce géni aux multiples facettes.

8. Nos mères, Christine Détrez, Karine Bastide

Nos mères, Christine Détrez, Karine Bastide, La Découverte, septembre 2020

Résumé : Christiane est née en 1945, Huguette en 1941. Toutes deux étaient institutrices. De Christiane, on ne savait rien : après sa disparition dans un accident de voiture, à l’âge de vingt-six ans, elle avait été effacée de l’histoire familiale et des albums photos. D’Huguette, au contraire, on détenait beaucoup : un livre publié, des manuscrits, des lettres, des articles de journaux, une correspondance avec Simone de Beauvoir… Tout cela enfermé dans des malles bien verrouillées.
Christiane et Huguette sont les mères des deux autrices. Au fil d’une enquête qui les a menées aux quatre coins de la France, mais aussi en Tunisie, celles-ci ont récolté des témoignages et des photos, retrouvé des archives, fait parler des courriers. Elles retracent la vie de ces deux femmes « ordinaires », dans ce moment charnière des années 1960, où les femmes se battent pour leur indépendance. 

On l’offre à : Nos mères.

9. Police, Amal Bentounsi, Antonin Bernanos, Julien Coupat, David Dufresne, Eric Hazan, Frédéric Lordon

Police, éditions La Fabrique, septembre 2020

Résumé : On pense qu’elle a toujours existé et qu’elle existera toujours, mais non : la police telle que nous la connaissons est récente et les événements actuels mettent mondialement son existence même « en question ». On trouvera dans ce livre des constats, des propos théoriques et des histoires vécues. L’ensemble est inquiétant mais cette inquiétude active est salutaire face à une institution de plus en plus militaire et violente.

On l’offre à : Nos camarades qui en ont marre de se faire taper dessus en manif.

10. L’Agenda des femmes 2021. Écoféminismes : Horizon des luttes, illustrations de Sara Hébert, sous la direction de Clara Lamy

L'Agenda des femmes 2021
L’Agenda des femmes 2021, les éditions du remue-ménage,

Résumé : Véritable repère pour les féministes québécoises, L’Agenda des femmes est une publication militante qui paraît chaque année depuis 1978, explorant une nouvelle thématique à travers 12 textes originaux. Pour cette première édition destinée à la francophonie, il fera le point sur l’écoféminisme grâce à des voix du Québec, des Antilles, d’Afrique et d’Europe. Les autrices tisseront des liens entre les stratégies de résistance féministe et les luttes contre la domination de la nature. Quels rôles les femmes occupent-elles lorsque vient le temps de protéger une rivière, de résister à l’extractivisme, de revendiquer une justice climatique ?

On l’offre à : Celles qui veulent que l’année 2021 rime avec justice écologiste, féministe et décoloniale.

On compte sur vous pour passer commande à votre libraire préféré, et pas sur Amazon !

[Gaming] Vivre avec un joueur compulsif

Vivre avec un addict aux jeux vidéo, ce n’est pas si simple… Si la communication est nécessaire pour sauver un couple, ce n’est pas non plus une baguette magique. Alors si l’accro ne change pas de dico, personne ne vous blâmera si vous envisagez de partir. Mais avant cela… Analysez objectivement votre situation !

Première partie : plongez au cœur des pensées [fictives !] d’une jeune femme lambda, éprouvant des difficultés à dialoguer avec son conjoint concernant son problème d’addiction aux jeux vidéo… Parce qu’on est nombreuses, nombreux à être passés par ce type de phase, on ne va pas se mentir.

L’échappée belle : un scénario catastrophe

Matinée.

Vous vous levez, vous vous sentez belle et jeune. Vous marchez dans la rue par un soir de décembre, vous rentrez des courses ou d’une balade nocturne improvisée, et devant vous sur un fauteuil, une chaise un canapé, un homme se dédouane de sa vie… devant la télé.

Avisé de tous les conseils que l’on peut donner à un enfant de cinq ans sur les dangers du virtuel et de l’addiction aux jeux vidéo, il n’a que faire de vos blâmes répétitifs.

Et d’ailleurs, vous vous en voulez à chaque fois de lui adresser le moindre reproche, de peur qu’il ne finisse par retourner le problème contre vous en pointant du doigt vos faux problèmes « sérieux » de dépendance affective.

Cela dit, de l’affection et des sentiments, récemment, vous ne savez que penser.

Si votre moral est au beau fixe, votre cerveau vous intime d’y songer. Qu’en est-il des joies, sur le balcon, à la mer, l’été ? Ou encore, les soirs d’automne emmitouflés ? L’un contre l’autre vous rêviez à des destins croisés, à jamais entremêlés par l’amour.

Fil délicat qu’on voit filer.

Mais aujourd’hui vous êtes là, et seule sur votre canapé, face à cet être vissé sur son derrière !

Vous vous surprenez à réfléchir… Quel amour, pour quel avenir ?

Vous imaginez non pas une île déserte, mais un fabuleux appartement, lumineux et coloré, un lieu de vie où respire le bonheur, éternel emblème de vos rêves.

Vous êtes à la tête d’un projet que vous avez toujours voulu mener, vous êtes bien entourée, même si le soir vous êtes seule… Le jour, vous décidez. Vous vous sentez jeune. Le poids d’un âge que vous n’avez pas ne vous pèse plus sur les épaules.

Vous ne sermonnez plus en espérant des changements chez la personne avec laquelle vous vivez. Car tout simplement, vous êtes trop jeune pour le faire. Alors vous arrêtez.

Vous n’attendez plus.

Au petit jour, les rayons du soleil heurtent vos paupières et votre sourire éclate votre séjour, vous appartenez à vous-même, vous êtes au monde pour agir en liberté. Il n’y a personne, aucun avachi sur la chaise, juste vous et le monde, vos amis, les êtres chers.

Retour sur le canapé :

Vous êtes seule pendant ce même court laps de temps dans lequel vous hésitez encore entre attendre qu’il ait fini de jouer ou commencer ce nouveau film sur votre ordinateur.

Ou écrire. Ou chanter. Ou danser.

Mais avec lui devant vous, si occupé, vous avez l’impression de ne plus pouvoir bouger.

Vous ne savez pas comment il le prendrait, comment apprécierait-il l’idée que vous puissiez vous occuper sans lui. Vous avez peur qu’il réagisse avec enthousiasme et coupe en plein cœur votre élan de création.

En parallèle, vous avez peur qu’il y soit parfaitement indifférent.

Vous êtes figée.

Vous pensez à toutes ces femmes au travers des siècles, à l’héritage immense qu’elles vous ont légué, cette perche d’indépendance qu’elles vous ont tendue, cette soif de vivre pour soi au lieu d’assouvir en permanence les désirs d’autrui.

Cette libération, vous la prenez du bout des doigts, vous recommencez à penser à l’avenir.

Cette fois-ci, vous êtes deux, l’un est un autre homme, et parfois même, il se transforme en femme. Avec cet Autre, vous forgez une complicité telle que vous écrivez des pièces de théâtre sur l’amour que vous lui vouez.

L’Autre est humain, il vous comble de bonheur par des gestes pourtant simples, pensez-vous, il vous adresse la parole par des phrases directes et concises, il vous apaise.

Vous pensez à toutes les épreuves que vos amants précédents vous ont fait endurer. Dans vos méninges, l’homme du passé, le premier, resurgit.

Il est là, debout, face à votre conscience. Il prononce ces paroles magnifiques, dessine le fabuleux tableau… Quand soudain il révèle sa vraie nature. Il vous trompe, une fois selon lui, trente selon ses amis.

La réalité vous rattrape.

Cet autre dont vous rêvez quelquefois, qui n’est pas votre ancien amant mais un inconnu idéal, un inatteignable oasis, existe-t-il seulement ?!

Vous pensez à une main qui vous est chère, vous prenant la hanche, il vous fait danser dans un étrange couloir. La sensation est agréable, mais comme à chaque fois, vous la faites disparaitre. Vous ne voulez pas assumer vos émotions, car on vous a souvent reproché d’être ailleurs, lunatique, introvertie.

Et vous, que voulez-vous faire face aux jugements des autres ? Garder les pieds sur Terre. Vous voulez à tout prix que l’on voit comme une sérieuse créature kantienne. Adieu les peintres fous, et les poètes maudits.

Peu à peu, vous atterrissez chez vous.

Vous n’êtes plus qu’une femme : LA femme que vous êtes, dans l’appartement que vous habitez, avec les projets que l’on vous connait.

Vous êtes seule sur le canapé, seule mais en couple, cette étrangeté.

Devant vous un homme joue comme il jouerait sa vie, et vous n’osez pas le lui dire, mais vous ressentez quelque chose au fond de vous… Comme s’il se jouait de vous.

Alors, avalant vos merveilleuses pensées, vous vous forcez à rationnaliser et à vous occuper. Vous jetez un œil aux livres, aux plateformes de visionnage habituelles, puis, vous vous mettez à marcher. Nul ne vous guide sinon vous-même.

En vous fleurit l’idée d’un départ.

Plus que jamais indécise, vous mimez un sourire à l’homme assis qui vous regarde pour la première fois depuis des heures.

Dans votre cinéma encéphalique, vous partez.

L’addiction, ennemie anaphrodisiaque et toxique

Au travers de mes lectures digitales crépusculaires, j’ai parcouru des sites et des sites, et je suis tombée sur un nombre illimité de forums publics évoquant les « joies » du couple.

La plupart du temps, les messages échangés sur ces interfaces me permettaient de relativiser certaines scènes de la vie quotidienne…

Et pour cause, plusieurs fois il m’est arrivé de veiller tardivement, parfois jusqu’à quatre heures du matin, le cerveau en proie aux doutes et aux questions existentielles.

Je m’amusais alors avec Google, écrivant toutes sortes d’expressions, d’interrogations, prenant le géant des GAFAM pour une madame Irma des temps modernes.

« COMMENT SAVOIR SI C’EST L’HOMME DE MA VIE ? »

« C’EST QUOI L’AMOUR ? »

« COMMENT L’INCITER À FAIRE LA VAISSELLE ? »

Je vous passe les détails sordides de mes requêtes noctambules.

Le fait est qu’à force de chercher des réponses précises et détaillées, j’ai fini par atterir sur une pléïade de plateformes anonymes, sur lesquelles une personne, membre d’un couple, exprimait au monde entier tout le mal-être qu’elle éprouve vis à vis de son ou de sa partenaire.

Bien que d’après l’adage, dans un couple, il existe toujours des hauts et des bas, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que les bas prenaient visiblement une place de choix dans certains couples. J’ai réalisé que ces discussions virtuelles anonymes traitent souvent…

De problèmes d’addictions.

addiction

Parmi celles-ci, les jeux vidéo reviennent très fréquemment, et ce presqu’autant que les addictions liées à la drogue et à l’alcool.

Dans tous ces témoignages divers, éparpillés, qu’en plein jour nos amis nous déconseilleraient de consulter, se sont révélées des frasques plus qu’émouvantes, révélatrices d’une société en perte d’humanité d’un côté, ou en recherche d’affection de l’autre.

Comment mettre fin à la dépendance aux jeux vidéo ?

Si on blâme les alcooliques, les drogués, on se garde bien souvent de parler du pouvoir magnétique que peuvent avoir sur nous les écrans. Tactiles ou non, nos yeux s’écarquillent pour mieux percevoir les secrets d’une toile utilisée tous les jours par 4,54 milliards d’araignées.

Vous devez vous demander quels sont les chiffres liés aux jeux vidéos. Sachez qu’à ce propos, le cabinet NewZoo estime que le nombre de joueurs dans le monde devrait bientôt s’élever à 3 milliards !

Et si la pratique des jeux s’avère saine pour 95% des joueurs (et heureusement !), il n’en demeure pas moins qu’il existe des cas beaucoup plus graves, parfois plus isolés. Ce n’est pas pour rien que l’OMS a officiellement reconnu l’existence du trouble du jeu vidéo (gaming disorder, en anglais) en mai 2019.

Pour information, en voici les trois principaux symptômes :

  1. Perte de contrôle sur le jeu.
  2. Priorité accrue accordée aux jeux (prenant le pas sur d’autres hobbys ou activités quotidiennes).
  3. Pratique constante du jeu en dépit de répercussions dommageables.

Dans le cas où vous seriez vous-même accro et que vous tombez sur cette article après une nuit blanche de games : il existe heureusement des associations expertes sur le sujet, ainsi que des psychologues ou encore des pédopsychiatres qui peuvent vous écouter afin que vous preniez en charge votre addiction.

Parmi les associations, on peut citer :

  • SOS Joueurs, à but non lucratif, ses services d’aides (avocats, assistants sociaux, psychologues…) sont gratuits.
  • L’Open-asso, soit l’observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, qui propose aux parents des conseils de prévention ainsi que des formations autour de plusieurs thèmes liés aux dangers du numérique.
  • Fil Santé Jeunes, une association d’utilité publique financée par Santé Publique France et la Direction générale de la Cohésion Sociale. Celle-ci offre aux jeunes et aux professionnels de la famille un accompagnement personnalisé et des conseils au 0800 235 236.
  • L’asso Grans Gaming, qui s’engage à rassembler des joueurs au moins une fois par mois pour qu’ils ne restent pas enfermés chez eux, et à donner des conseils, des informations pour sortir la tête de l’eau.
  • L’association 3-6-9-12, composée de praticiens de terrain, de chercheurs et d’universitaires, contribuant à une éducation du public aux écrans aux travers de conférences, de formations, d’interventions scolaires et d’actions innovantes autour des écrans.

Si vous préférez faire appel à un psychologue, il existe des pros de l’addiction aux jeux vidéos, comme la clinicienne Vanessa Lalo, ou encore le spécialiste Milan Hung. N’hésitez pas à poursuivre vous-mêmes les recherches d’experts en addictions aux jeux vidéo, notamment sur la plateforme Doctolib.

À noter :  bien sûr, à défaut d’experts, un psychologue ou un psychiatre généraliste peut très bien vous accueillir, vous écouter et vous orienter si besoin.

Si la peur des psys est malheureusement encore trop répandue, en voir un peut s’avérer plus que bénéfique pour votre santé. Vous n’osez pas ? Sachez qu’en ce moment, il est possible d’opter pour les consultations vidéo, plus indirectes et peut-être plus adaptées à un premier rendez-vous. C’est à vous de choisir, selon l’endroit où vous vous sentez le plus à l’aise au début.

Gardez à l’esprit ceci : pour qu’une thérapie ait de l’effet, il suffit d’être rigoureux, en allant consulter une fois par semaine. Les séances peuvent être plus espacées selon votre budget, néanmoins, soyez assidu / assidue, et montrez que vous êtes prêt – prête à changer.

psychologue gaming

In love d’un / d’une accro : que faire ?

Dans le cas où vous êtes la copine, ou le copain, d’une personne addicte aux jeux vidéo, les questions que vous vous posez, vos tiraillements, sont légitimes.

Libre à vous d’accepter cette dépendance, pouvant s’avérer pesante et même destructrice à long terme, tant pour vous que pour le binôme que vous formez avec votre partenaire. Vous pouvez l’écouter parler, s’il se sent seul et qu’il n’arrive pas à sortir de son addiction, mais cela ne doit pas vous nuire personnellement.

En d’autres termes, vous pouvez être un soutien… Mais vous n’êtes pas une éponge !

Parfois, il faut savoir lâcher prise.

Toute personne mérite d’être prise au sérieux, que vous soyez célibataire ou en couple. Alors si la personne que vous aimez s’est déjà engagée sur un autre terrain que celui du couple que vous envisagez de construire, peut-être vaut-il mieux vous poser et prendre du recul.

Cette personne que vous chérissez sans qu’elle ne vous rende heureuse ou heureux pour autant, êtes-vous dans la certitude qu’elle vous aime réellement ?

N’a-t-elle pas un long chemin d’introspection, de déconstruction et d’apprentissage de la vie à faire avant d’aimer qui que ce soit d’autre ?

Et d’ailleurs, cette personne, s’aime-t-elle seulement elle-même ?

vivre en couple joueur

Surtout, n’hésitez pas à en parler autour de vous, quelqu’un avec qui vous vous sentez en confiance. Cela peut également être un psy… Au cas où vous ne l’auriez toujours pas compris, il n’y a rien de tel qu’une thérapie pour mûrir vos pensées et gérer vos émotions !

Si l’addiction provoque un sentiment de solitude chez le dépendant lui-même, vivre avec une personne accro (à quoi que ce soit, finalement) peut s’avérer néfaste pour votre bien-être.

Ne restez pas seule / seul dans cette situation, et prenez votre destin en main.

Quitte à oser, et accomplir vos rêves…

Sans plus attendre !

PS: qui sait, peut-être qu’un beau Heath Ledger se trouvera au bout du chemin. Ou une heath ledgette ? Allez bisous.

Quand l’Écosse sort du lot en rendant les protections périodiques gratuites !

écosse protections

Ah les règles… Ces pertes sanguines, parfois douloureuses, ces liquides rouges mensuels, qui horrifient les puceaux, et mortifient les agences de pub. On s’en passerait bien, mais mère Nature nous les refile tous les 28 jours, pour une étrange histoire de cycle. 

Les menstruations, un tabou qui coûte cher

Si ce fluide mixé de sang, de sécrétions vaginales et de cellules endométriales fait jaser, il n’en reste pas moins coûteux :  selon un article du Monde (2017) une femme Française en aurait pour 1 730 € de protections périodiques au cours de sa vie, et encore, sans parler des sous-vêtements, anti-douleurs, gâteaux qu’elle achète pour y pallier.

En 2020, selon WeDemain, ces achats reviennent à environ 10 € par mois soit 5000 € sur une vie (si on considère qu’une femme aura 500 fois ses règles avant la ménopause). Et selon l’association Règles Élémentaires, 1,7 million de femmes sont victimes de précarité menstruelle en France. Il ne s’agit donc pas de cas isolés, mais d’un vrai problème de société.

règles

Face à la précarité menstruelle des étudiantes, l’Université Paris Est-Créteil a mis en place, le 9 mars 2020, un distributeur de protections périodiques gratuites et éco-responsables, de la marque Natracare.

Une initiative dont d’autres établissements scolaires devraient largement s’inspirer !

À bon entendeur…

Règles : l’Écosse officialise la gratuité des protections

Le Period Products Free Provision Bill a été adopté ce mardi 24 novembre par le parlement Écossais : la gratuité des protections périodiques (serviettes, tampons…) devient officiellement un droit… LÉGAL !

Une législation fièrement adoptée par la Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon, et initialement portée par la députée travailliste Monica Lennon. Cette loi compte endiguer définitivement la pauvreté périodique en « préservant la dignité des personnes » comme indiqué sur le site officiel du parlement.

Si la mesure coûterait autour de 24 millions de Livres par an soit 28 millions d’euros, il s’agit d’un grand pas dans la lutte contre la précarité menstruelle, une première attendue au tournant par plus de 2 millions de femmes écossaises.

Alors, quels pays sauront suivre leur exemple ?

Le suspense est à son comble…

En attendant, UN GRAND MERCI À L’ÉCOSSE !

L’avant-gardisme en termes de protection des droits des femmes, c’est la grande classe.

 

 

Féminisme – Rachilde, la sulfureuse…

rachilde la sulfureuse

Si un grand courant féministe s’ancre petit à petit dans notre siècle, beaucoup parmi les journalistes, les hommes et les femmes politiques manquent cruellement de références féminines en art, en histoire politique ainsi qu’en littérature. Certains s’essaient même à l’écriture de véritables hagiographies sur quelques personnalités dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies, sans qu’il soit pour autant aisé de leur trouver un intérêt.

Parlons donc d’une auteure sulfureuse ! Non, il ne s’agira pas de Colette, bien qu’elle ait toute notre admiration.

Rachilde et l’inversion de l’identité sexuelle

Née Marguerite Eymery le 11 février 1860 non loin de Périgueux, elle est élevée par un père militaire qui eût souhaité que sa femme accouchât d’un garçon. Il lui présente un mari, lui aussi militaire, qu’elle refuse. Elle se consacre très tôt à la littérature, et œuvre notamment sur le thème de la sexualité. Elle commence par publier quelques articles dans un journal local, L’Écho de la Dordogne. On y retrouve un certain esprit décadentiste, bien qu’elle reste tout de même assez attachée à son époque. Dès 1884, son roman Monsieur Vénus rencontre un grand succès mais provoque un scandale pour outrages aux bonnes mœurs. Dans ce roman, il est question d’une relation entre une aristocrate et un fleuriste féminisé.

monsieur venus rachilde

Nous avons dès lors l’introduction de la figure de l’androgyne, ce qui produit une inversion de l’identité sexuelle. Ce thème, cher à Rachilde tout au long de son œuvre, deviendra majeur dans l’après-guerre avec le célèbre roman La Garçonne de Victor Margueritte. Pourtant, Rachilde n’est guère sensible aux mouvances et aux modes du xxe siècle qu’elle a même parfois combattues, comme par exemple le surréalisme et le futurisme.

Une femme de Lettres respectée

Son nom de naissance étant Marguerite Eymery, l’on est en droit de se demander d’où peut bien provenir son pseudonyme. Bien que cela demeure encore une énigme, il semblerait qu’il provienne d’une séance de spiritisme dont sa mère était éprise.

Baignant dans le milieu littéraire, c’est Albert Samain[1] qui la présente à Alfred Vallette[2] en 1885. Un échange épistolaire commence et durera jusqu’en 1889, année de leur mariage. À la lecture de ces lettres, l’on constate que Vallette possède un réel talent d’écriture, qu’il n’a jamais vraiment mis à profit. Il lui avoue sa « secrète terreur des femmes de lettres » tout en n’hésitant pas à lui faire des observations et des critiques sur ses ouvrages.

rachilde femme de lettres

Son admiration se ressent : « Le mot n’est pas trop gros car enfin vous êtes mon aîné puisque vous êtes déjà célèbre et que moi je ne sors pas de mon obscurité. » lui écrit-il. En effet l’auteure de Monsieur Vénus jouit déjà d’une certaine réputation dans le milieu littéraire, du fait des scandales suscités mais également de son succès et de son indéniable talent. Si Vallette joue dans ses lettres à inverser les sexes en lui parlant comme à un homme, il sait se montrer jaloux du petit monde qui entoure sa bien-aimée, qu’il n’hésite pas à qualifier de « pigeons ». Il feindra même ne pas connaître Maurice Barrès[3] lorsqu’il apprendra qu’elle en est appréciée. Paul Léautaud[4], pourtant misogyne au plus haut point et détestant particulièrement les femmes de lettres, reconnaîtra à Rachilde (ainsi qu’à Colette) un réel talent littéraire.

Illustre figure du Mercure

En 1889, elle n’a écrit pas moins d’une quinzaine de livres, ce qui renforce l’admiration de son mari. La carrière littéraire de ce dernier commence vraiment avec la fondation ou plutôt la refondation du Mercure de France, qui existait déjà sous l’Ancien Régime avec pour titre le Mercure galant. Grande revue symboliste de la première moitié du xxe siècle, le Mercure de France connaît un franc et long succès, dans une époque où de nombreuses publications fleurissent puis s’éteignent aussi vite. Rachilde rejoint dès le commencement la « bande du Mercure » comme elle se plaît à l’appeler. Devenue une figure littéraire incontournable, elle y occupe la rubrique des « Romans ». Il s’agit en réalité d’une chronique dont personne ne voulait et que Jean de Gourmont[5] surnomme la chronique des « mauvais » romans, se réservant la grande littérature. Rachilde en fait très vite une chronique attendue des lecteurs. Bien que ne l’appréciant guère, nul ne décrit aussi bien que Jules Renard sa façon de travailler :

«(…)[Rachilde] lit ses quarante volumes par mois, à la queue leu leu, sans prendre une note. Elle fait seulement une corne quand elle veut citer un passage, et, le jour venu, d’un trait elle écrit son article sur tous les livres qu’elle a lus dans le mois. Mais, bientôt, elle ne pourra plus. Bien qu’elle soit mordante, tous les auteurs, en effet, lui envoient leurs livres. Ils savent qu’au moins elle les lira, en dira un mot, et que ça ne leur coûtera rien. »

Parallèlement à cette activité dont on peut aisément imaginer le caractère chronophage, Rachilde parvient à publier un à deux romans par an. Un salon littéraire s’organise une fois par semaine au domicile du couple. Chaque mardi soir se presse chez eux, pour rire et manger, toute la fine fleur du monde littéraire parisien. On les surnomme les « mardis du Mercure ».

mercure

Première Guerre Mondiale, l’Union sacrée

Au cours de la guerre de 1914, elle deviendra, à l’image de la plupart des cadres et contributeurs de la revue, sévèrement patriotique et germanophobe, adhérant ainsi à l’Union sacrée. Dans son Journal littéraire, Paul Léautaud, qui déteste la guerre avec son lot de manichéismes et d’horreurs, relate de nombreuses querelles qu’il a avec elle à ce sujet. Elle dit à propos de Guillaume II : « Qu’on le livre aux femmes françaises ! Je m’inscris pour le coup de couteau ! » Ou encore :

« Quant aux Kurth d’Eberhart [soldat allemand qui entre dans la maison d’une française jouant du Beethoven au piano], inutile d’insister pour une nouvelle audition, même dans quarante ans ! Tous les pianos de France n’auraient jamais assez de cordes pour les étrangler. »

« Qu’on m’amène un Boche, que je lui écrase la tête contre ce mur. »

première guerre mondiale

Absurdité répandue mais néanmoins conséquente, elle se met à partir de 1917 à organiser des conférences sur la paix. Dans une lettre datée du 8 février 1919, c’est Paul Valéry qui cette fois partage son étonnement avec Alfred Vallette à propos du nouvel état d’esprit de son épouse.

Bien des années plus tard, elle publiera son expérience et ses souvenirs issus de la guerre. Dans son récit, Dans le puits ou la vie inférieure, 1915-1917, elle évoquera aussi un douloureux souvenir de la guerre de 1870, lorsqu’elle fuit avec sa mère l’avancée des soldats prussiens qui ouvrent le feu sur le train dans lequel elles voyagent. Son aversion pour les Allemands provient sans doute en partie de cet épisode violent.

Une femme de caractère !

Au fur et à mesure des années, Rachilde se montre sous un nouveau jour. Elle semble avoir abandonné son patriotisme. Elle perçoit en chaque soldat mort au combat le fils qu’elle n’a pas eu. Une parole rapportée par Léautaud dans son Journal en 1921 dira, à propos de son patriotisme forcené : « Je ne voyais pas clair ». L’incendie de la bibliothèque de Louvain survenu au début de la guerre demeure une blessure, qui l’empêchera de devenir germanophile.

Après la guerre, elle publiera de très nombreux ouvrages, jusqu’en 1947, dont Portraits d’hommes qui est une série de portraits physiques et moraux de certains hommes qu’elle a côtoyés durant toute sa carrière littéraire.

Si Rachilde meurt un peu oubliée en 1953, elle reste une figure essentielle de la vie littéraire de la première moitié du xxe siècle. Ainsi mérite-t-elle plus que nulle autre sa place aux côtés de Colette !

rachilde colette

[1] Albert Samain (1858-1900), et est un poète symboliste. Il participera à la fondation du Mercure de France en 1889.

[2] Directeur du Mercure de France jusqu’à sa mort en 1935, Alfred Vallette est également éditeur.

[3] (1862-1923). Surnommé « Le Prince de la jeunesse », Maurice Barrès est une figure littéraire et politique centrale au xxe siècle. Il débute dans sa carrière comme romantique avant de s’affirmer comme le chantre du nationalisme républicain.

[4] (1872-1956), auteur du Petit ami, Paul Léautaud est célèbre pour ses romans autobiographiques mais également pour ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet au début des années 1950. Il rédige la « Chronique dramatique » entre 1907 et 1921. Il occupe également le poste de secrétaire de la revue.

[5] Jean de Gourmont, (1877-1928) est un écrivain. Il est le frère de Rémy de Gourmont (1858-1915), l’un des plus grands écrivains symbolistes.

Les hommes et l’alcool : Je bois donc je suis ?

À l’ère du Covid19, les rencontres amoureuses semblent de plus en plus complexes. La fermeture des bars et des restaurants nous a fait prendre conscience que ces lieux étaient plus que des espaces de socialisation et de convivialité. Incarnation de la consommation et notamment de la consommation d’alcool, on en mesure aujourd’hui l’importance.

Cette réflexion est née d’expériences sur les applis de rencontre. Nous avons observé comment les hommes s’y décrivaient. À travers les profils se dessinent des catégories qui reviennent de manière récurrente.

Il y a la catégorie bestiaire, où l’on voit un homme accompagné d’un kangourou, d’un lion ou plus modestement, d’un chat. Vient alors le papa décomplexé qui s’affiche avec sa progéniture. On trouve aussi le type entouré de ses potes sur chacune de ses photos ; ou celui dont on ne sait pas s’il est vraiment célibataire. Ces profils provoquent rires et commentaires avec les copines.

On relève un autre critère, moins évident car ancré dans les habitudes et la tradition française : l’homme et l’alcool.

Séduction et alcool

Drôle de période que nous traversons en ce moment, où l’Autre est perçu comme un danger potentiel. Le confinement et la fermeture des bars, des boîtes de nuit et des restaurants a sonné comme une difficulté encore plus insurmontable pour de nombreux célibataires.

Le bar, QG du dating

La plupart des rendez-vous galants habituels, appli de rencontre ou non, se réalisent bien souvent dans des bars.

La consommation entraînant la consommation, l’alcool désinhibe et permet bien souvent de prolonger la soirée plus intimement. Quand je repense à plusieurs rendez-vous que j’ai eus, il apparaît clair que l’alcool a joué un rôle dans la séduction. C’est le cas de P. à qui il est proposé de se voir en journée. Sa réponse vient titiller ma réflexion à propos des hommes et de l’alcool : « Je travaille en journée, et puis ça me paraît complexe de me tiser en pleine journée ». Le date n’a-t-il de valeur que lorsqu’il est partagé autour d’un verre d’alcool ?

La boisson apparaît comme une arme de séduction, James Bond et ses Vodka Martini a toutes les femmes à ses pieds. Il est l’incarnation du mâle viril et on constatera que les héros masculins dans les films ont souvent une attirance pour la boisson. Cette représentation sociale est ironique quand on sait qu’une consommation excessive d’alcool peut avoir l’effet inverse de celui attendu : la « panne » sexuelle, sous l’effet de la dilatation vasculaire…

Alcool : Entre loisir, plaisir et identité 

L’application qui fait l’objet de cet article fait de l’alcool une donnée déterminante de la personnalité. L’utilisateur est invité à quantifier sa consommation d’alcool (cela va de « jamais » à « régulièrement » en passant par « à l’occasion »). Cette donnée apparait à côté de sa taille, son signe astrologique, ses penchants politiques ou la fréquence de son activité physique.

Le mythe de la virilité

C’est à l’écoute d’un des excellents podcast « Les Couilles sur la table », que je me suis intéressée au rapport des hommes et de l’alcool. Dans ce podcast qui vise à déconstruire la masculinité, Victoire Tuaillon interroge avec subtilité le mythe de la virilité à travers la consommation d’alcool par les hommes.

En petite sociologue, je me suis lancée dans une enquête, à l’affût de la moindre référence à l’alcool.

Dans la catégorie 24-34 ans, il est apparu qu’environ trois quart des hommes mettent en avant leur intérêt pour l’alcool. Certains le mentionnent dans leur « biographie », d’autres préfèreront un émoji représentant un verre de vin ou une pinte de bière. D’autres l’affichent explicitement sur leur photo, allant parfois jusqu’à se placer au second plan, après le verre donc. L’alcool est alors présenté comme un bien de consommation récréatif.

L’ivresse : entre extase et destruction

On tourne autour du pot (verre ?), on en fait un moment de convivialité -qu’il est sans aucun doute-, mais on a tendance à oublier qu’il est aussi une drogue. L’alcool présente des risques en tout genre : dangers pour la santé, accidents de la route, violences physiques ou psychologiques (violences sur enfants, conjugales et notamment violences faites aux femmes). Il ne s’agit pas ici de diaboliser la consommation d’alcool mais de questionner notre rapport à celui-ci. La frontière est parfois mince entre la notion de plaisir et celle de destruction.

Quelques exemples de profils allant dans le sens de l’identification par l’alcool :

« Cherche partenaire de road trip, sport, gin tonic et couvre-feu », « emoji verre de vin, bon vivant », « Plaisirs : émoji pinte de bière, verre de vin, suivis de fromage, pain, sushis », « Mon enfer personnel, c’est… Quand il n’y a plus de pastis pour l’apéro », « Pour moi rien de tel qu’une bonne bière au soleil, un bon livre… », « Petit brun aux yeux clairs, sans prise de tête, aime le bon vin et la bonne bière ! Bon vivant ».

Le lien entre l’amour et l’alcool a été pensé par de nombreux auteurs. On pense à Baudelaire et « Le Vin des Amants », aux Alcools d’Apollinaire où le poète est déchiré par ses ruptures amoureuses. La thématique du fluide (« Sous le pont Mirabeau ») et de l’ivresse poétique est prégnante dans son œuvre. Plus trivialement, on notera qu’on dit « boire un coup » comme « tirer un coup »…

Au même titre que Eros et Thanatos, il y a une tension entre désir et alcool. Tous deux représentent une extase, une joie qui attise les pulsions, un côté festif. Mais ils recouvrent aussi le revers de la dimension dionysiaque, celui de démesure, de folie, d’excès. Un article publié sur Slate intitulé, « L’amour a les mêmes effets que l’alcool sur le cerveau » relatait une étude démontrant la présence de « l’hormone de l’amour » dans l’alcool. Il soulignait ainsi cette dualité entre euphorie et destruction.

Je m’interroge : le point de convergence entre le sentiment amoureux (ou l’acte sexuel) et la consommation d’alcool réside peut-être dans l’idée de plaisir partagé mais aussi de transgression (morale, religieuse).

La chanson de Michel Legrand dans l’inoubliable Peau d’Âne fait dire aux amoureux : « Nous ferons ce qui est interdit, nous irons ensemble à la buvette, nous fumerons la pipe en cachette, nous nous gaverons de pâtisseries ». Si la rencontre entre le breuvage et l’amour s’opère si efficacement c’est bien que la raison n’y a pas sa place. Comme le dit notre Peau d’Âne : « Amour, Amour n’est pas bien sage ».

Peau d’Âne réalisé par Jacques Demy en 1970

Alcool partout, justice nulle part

Stéréotypes et normes de genres

Ne sommes-nous pas imbriqués dans un système genré quant à l’alcool ? Une femme qui boit est moins bien perçue qu’un homme. Car un homme qui boit et qui tient l’alcool, c’est ça qui fait de lui un « homme ». À voir certains profils sur l’application de rencontre, on se rend compte de cette essentialisation : je bois donc je suis un homme ; je suis un homme cool parce que je bois.

Mais ce qui interpelle sur les applis de rencontre n’est finalement que le reflet de ce qui existe déjà dans l’espace public. Lors de mon jogging dominical, je vois très souvent un homme ou un groupe d’hommes trônant avec sa canette de bière et ses cigarettes à 9h du matin, pendant que nous autres sportifs, en majorité des femmes d’ailleurs, nous essoufflons devant ces assoiffés.

Si les hommes semblent décomplexés à consommer de l’alcool et à l’exhiber dans l’espace public, c’est bien que la société les y encourage. Cela nous amène à une réflexion sur le rapport au corps. En effet, le corps de l’homme pourrait être abîmé, on admet facilement un homme au ventre bedonnant (le fameux bide à bière), tandis que la femme est encore sujette aux diktats de la société, devant répondre au culte de la « beauté fatale ».

drunk straw GIF

Plus encore, le côté destroy de l’homme qui boit est souvent perçu comme une qualité, lui donnant un côté sexy et rock’n’roll. La femme qui boit au contraire n’est pas reçue avec autant d’éloge. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle se cache pour boire, si c’est tabou. Une femme alcoolique sera facilement jugée de « pochtronne », de « clocharde ».

On dira plus volontiers d’un homme qu’il a un « problème avec l’alcool », qu’il est « porté sur la bouteille », que c’est un « bon vivant ». Cette terminologie renverrait à l’idée que les hommes seraient par essence attirés par la boisson. N’alimentons pas ici les stéréotypes et reconnaissons que beaucoup d’hommes ne boivent pas.

Cependant, l’ivresse des hommes prête davantage aux rires, celle des femmes peut inquiéter. Une femme qui parle fort du fait de l’ivresse est facilement jugée « hystérique », elle ne tient plus alors sa place qui devrait allier discrétion, élégance, esthétisme. Cette tolérance accordée aux hommes engendre de fait leur domination dans l’espace public.

Le « tenir l’alcool » comme preuve de virilité

Force est de constater que la culture de la boisson est souvent un héritage de père en fils. Véritable rite d’initiation, on apprend aux hommes à boire, à être endurant, à « tenir l’alcool ».

Un homme qui ne tient pas bien l’alcool est étiqueté de qualificatifs péjoratifs genrés (« tapette », « petite nature », « t’es pas un homme »). Cela le renvoie à une fragilité, au rang de la féminité que la société a voulu douce, élégante, fragile. Le « tenir l’alcool » renvoie à un certain défi, on le retrouve dans les jeux à boire, le sport. Les hommes sont autorisés à se lâcher, à perdre le contrôle et à s’en vanter.

Ce comportement semble plus valorisé pour la gente masculine, les jeunes femmes étant souvent dans un sentiment d’insécurité lorsqu’elles sont alcoolisées. La boisson chez l’homme est souvent encouragée, et valorisée comme preuve de virilité.

Le consentement en question

Les rites d’intégration dans les écoles de commerce, d’ingénieurs ou en faculté de médecine où l’on clame « bois d’l’alcool pendant que j’te viole », donnent à réfléchir à la domination de l’homme sur la femme. Rappelons les abus que l’alcool engendre, et notamment les violences physiques et la culture du viol.

L’alcool légitimise bien souvent les harcèlements, les agressions sexuelles, brouillant les limites du consentement. En effet, boire un verre lors d’un rendez-vous amoureux n’est pas toujours un plaisir partagé. Cela peut parfois être une manière pour l’homme de forcer le consentement. Dans le cas de féminicides, l’alcoolémie de l’homme sert d’ailleurs souvent de prétexte aux médias : « Ivre, il tue sa femme ». L’ivresse apparait alors comme une excuse.

La consommation d’alcool serait une « affaire d’hommes », les bars et cafés étant historiquement des lieux fréquentés exclusivement par les hommes. Si les femmes profitent aujourd’hui de ces lieux de socialisation, on observe cependant un reliquat de la tradition qui associe l’homme à la boisson, et notamment dans le cadre professionnel. On pense aux images dans les films ou séries, où la signature de contrats se négocie autour d’un verre.

Déni collectif 

Pour autant, au-delà du marqueur de genre, on observe une banalisation de la consommation d’alcool en France et dans nos sociétés occidentales. Femmes et hommes sont pris dans une injonction à consommer. Une femme qui ne boit pas sera facilement pointée de « sainte nitouche », ne sachant pas s’amuser.

Une consommation encouragée et banalisée

La tendance de l’afterwork fait de l’alcool une activité pour décompresser après le travail, une manière de socialiser avec ses collègues en dehors du cadre de l’entreprise.

Si la consommation d’alcool a diminué en France depuis les années 1960, elle reste l’un des pays les plus consommateurs au niveau mondial, occupant le sixième rang des 34 pays membres de l’OCDE. D’après Santé Publique France, 23,6% des personnes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 en France métropolitaine. 15,2% des hommes boivent tous les jours contre 5,1% des femmes. Les hommes meurent trois plus que les femmes des suites de la consommation d’alcool.

Le phénomène de l’apéro Skype pendant le confinement peut questionner sur notre rapport à l’alcool. S’agissait-il uniquement de socialiser avec sa famille, ses amis ou ses collègues, ou était-ce un prétexte pour boire ? Forte de son patrimoine culturel et gastronomique, la France valorise la consommation d’alcool et il semblerait que nous ayons une consommation normée et banalisée.

Le tabou de l’alcoolisme

Quel que soit le milieu social, culturel ou politique, l’alcool semble omniprésent. J’ai rencontré des hommes se disant en « marge » qui paraissaient eux aussi répondre à une norme dans leur manière de consommer. L’argument mis en avant étant celui de la tradition française, du plaisir.

La question de l’alcoolisme est souvent niée car associée à des représentations faussées et peu exposées dans le débat public français. Il est frappant de noter la disparition de la figure de l’alcoolique dans la production cinématographique française, à la différence des films et séries nord-américaines. En effet, sous couvert de tradition française, la figure de l’alcoolique ne semble pas être remise en question.

Dans le cas de personnalités publiques alcooliques, l’addiction est banalisée et apparait alors comme une faculté de génie. C’est le cas d’écrivains alcooliques comme James Joyce, Hemingway, Jack London, Bukowski, Marguerite Duras et tant d’autres. En littérature, la consommation de substances apparait comme un exutoire au poète permettant de supporter le réel et de s’évader vers des paradis artificiels.

Mais alors, dans le cadre de la rencontre amoureuse, pourquoi avons-nous besoin de boire ? Avons-nous peur de l’Autre, de nous-même et de nos pulsions ? Que cherchons-nous à fuir par l’alcool ? Comme une antidote, le verre d’alcool vient atténuer la peur, briser le naturel. Il agit comme un masque et vient maquiller les blessures et les complexes.

La sphère des relations amoureuses et intimes est-elle nécessairement tributaire des logiques consuméristes ?

Le confinement et la crise sanitaire que nous traversons nous permettent de repenser notre consommation et notre rapport à autrui. Saisissons-en nous pour rendre à la rencontre sa beauté nue, ses maladresses. Elle est en elle-même une ivresse pour qui veut bien y goûter.

The Crown – Devenir princesse, diktat ou conte de fée ?

the crown princesse

The Crown saison 4 met en lumière le mariage arrangé entre le Prince Charles et Diana Spencer en 1981. De l’anonymat à la consécration, la princesse Diana a traversé bien des états, tant géographiques qu’émotionnels pour plaire à la famille royale britannique. Avant la tragédie parisienne de 1997, qu’en est-il de sa fulgurante ascension ? 

Diana Frances Spencer naît en 1961, fille cadette d’Edward Spencer, vicomte Althorp, et de son épouse la vicomtesse Frances Burke-Roche. Issue d’une lignée de l’aristocratie anglaise, elle ambitionne de devenir danseuse de ballet, et dès l’enfance, rêve d’un destin monarchique.

Peu conforme à un système d’éducation classique, elle envoie valser sa scolarité en Suisse et retourne à Londres. Là, elle devient femme de ménage, puis nourrice, et enfin assistante dans un jardin d’enfant. Repérée par la famille royale britannique, la reine est sous le charme de sa tendresse et de sa modestie, estimant qu’elle ferait une parfaite épouse pour son fils, le prince Charles.

Un conte de fée arrangé

Alors qu’ils ne se sont vus que treize fois, le Prince Charles et Lady Diana Spencer subissent une union forcée. En 1981, ils se marient à la Cathédrale Saint-Paul, à Londres. Suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde, ce mariage déplait au fils aîné de la Reine, qui n’a fait qu’obéir à la volonté de son oncle « Dickie » lui ayant intimé l’ordre d’épouser une fille au sang bleu sans histoire.

mariage diana charles

La femme qu’il aime en réalité, Camilla Parker Bowles, représente un danger pour la réputation de sa famille : celle-ci est déjà mariée au major Andrew Parker Bowle. Le royaume se passerait bien d’un scandale d’infidélités. Toutefois, rien n’y fait, l’héritier du trône ne renonce pas à sa passion pour elle et trompe la princesse Diana à de multiples reprises.

Une princesse mal dans sa peau

Les infidélités s’enchaînent et la princesse, pas dupe, s’isole et souffre de troubles d’alimentation. Se réfugiant dans la nourriture, elle tente de cacher sa boulimie en se faisant vomir à de multiples reprises.

Si à l’origine, Diana Spencer se réjouissait à l’idée de son mariage et des bénéfices de son nouveau titre, elle subit finalement les conséquences des codes de conduite directement liés à son statut. Piégée à Buckingham et enchaînée à un mari qu’elle aime sans réciprocité, elle va jusqu’à commettre des tentatives de suicide.

lady diana

Éprouvée par le manque d’amour de Charles, Diana trouve du réconfort dans l’affection qu’elle porte à ses deux fils, les futurs princes William et Harry. Malgré cette heureuse maternité, sa vie est dictée par des événements médiatiques, elle doit sans cesse se surpasser pour fondre dans le moule imposé par son titre de princesse.

Victime de son propre succès

Sans arrêt poursuivie par d’innombrables paparazzi, la princesse Diana jouit d’une immense célébrité et est adulée partout dans le monde.

Son engagement maternel et sa charité illimitée font d’elle une princesse humaine et proche du peuple. Sa compassion, sa modestie, son charisme naturel lui valent un succès mondial qu’elle n’aurait jamais vu venir.

Son humanité sans borne la rend hélas vulnérable, chacune de ses actions est scrutée dans le moindre détail.

Jaloux de la gloire qu’on lui attribue, le Prince Charles lui mène la vie dure. Ce dernier la perçoit comme une rivale qui tenterait de lui voler la vedette en permanence… Or la princesse Diana aime la danse, les enfants, les rencontres, elle fait preuve de spontanéité et de modernité, tandis que le roi en devenir s’avère vieux jeu et fidèle aux règles monarchiques.

Un respect des coutumes ironique puisqu’il souhaite à tout prix se séparer de la princesse pour vivre aux côtés de son amante, la duchesse Camilla.

Breaking news : le prince charmant n’existe pas

Le prince de Galles ne démontre aucun respect pour sa femme et ne semble pas préoccupé outre mesure par l’éducation de ses enfants. Celui que Diana Spencer trouvait si « sexy » et attentionné au début a fini par lui pourrir plus ou moins l’existence. Premièrement en ne l’aimant pas, et deuxièmement en ne lui cachant pas sa liaison avec Camilla.

prince charles camilla

L’homme parfait, le prince charmant, cet être inquittable et idéal sur le papier n’existe pas et n’a jamais existé. Et pour cause, le prince Charles sort tout droit d’un conte de fée auquel il n’a jamais souhaité être destiné. Lui non plus n’a pas été entendu, ni assez choyé par ses proches, il s’est rendu à l’évidence d’une existence rythmée par des traditions ancestrales et pour le moins rébarbatives.

Elle, de son côté, avait mis tout son coeur à l’ouvrage en l’épousant. Comment aurait-elle pu deviner la tristesse et la solitude qu’elle éprouverait après ses noces ? Une princesse éduquée depuis l’enfance aux bonnes manières de la cour, nourrie dès le plus jeune âge par la fausse perfection de tout destin princier ?

Une invention qui en dit long sur la société

Comme dans la vraie vie, le prince charmant n’est qu’une invention sordide d’une société masculiniste et paternaliste.

Si la conception même d’un être aussi angélique est encore trop largement répandue, c’est sans doute parce qu’encore trop de jeunes filles sont amenées à se conduire à la perfection.

Élevées dans l’idée qu’un jour, tous leurs efforts seront récompensés par un seul être, quasiment divin, qui chérira à tout jamais leur attitude de bonne fée, tout cela pour que les hommes, en parallèle de leurs gestes attentionnés, puissent s’épandre sans crainte dans la flemme et le laisser-aller.

Conclusion : devenez qui vous êtes

Nietzsche a encore frappé puisque la solution pour sortir la tête de l’eau dans tout les cas est de se concentrer avant tout sur son propre devenir plutôt que de s’intéresser à ce que quiconque pense de vous.

Vous me rétorquerez probablement que c’est facile à dire et plus difficile à faire quand des photographes vous suivent partout dans la rue, quêtant le moindre scandale. Le fait est que tout épanouissement s’avère issu d’une complète et sincère affirmation de soi dans le monde en tant qu’être humain indépendant de l’Autre avec un grand A.

La conclusion évidente que nous pourrions tirer du mariage dévastateur entre Diana Spencer et Charles de Galle serait sans doute la suivante : épousez ou n’épousez pas qui vous voudrez, votre partenaire ne définit jamais la personne que vous êtes.

Quand bien même vous avez les mêmes centres d’intérêt que la personne avec laquelle vous vivez des jours heureux, n’oubliez pas de développer votre jardin personnel, décorez-le de culture, de passions, de musique, d’art… Ceci n’est évidemment pas un ordre, mais plutôt un ressenti, un conseil, à prendre avec tout le recul nécessaire.

Il se résume bien en ces termes : soyez-vous même, et vous soufflerez sur le monde, un vent d’égalité et de liberté !

1984 : Une leçon orwellienne

ORWELL

Lorsqu’un choix politique se présente à moi, je peux l’effectuer grâce à la liberté dont je jouis. Bien des indivi­dus résument la liberté à cette simple possibilité. Pourtant, George Orwell nous a bien prévenu ; l’homme se croit libre dès lors qu’il choisit, fût-ce la tyran­nie. C’est l’une des grandes idées de son chef-d’œuvre, 1984. Retour sur un ouvrage aux enjeux intemporels.

S’aimer en dictature : un chemin semé d’embûches

Le personnage principal, un certain Winston Smith, vit dans une so­ciété absolument totali­taire. Tout est contrôlé par le pouvoir, y com­pris le passé puisque les archives n’existent pas. L’écriture est interdite, à l’exception de celle qui sert aux tâches adminis­tratives. L’orthographe est réduite à son mini­mum, se rapprochant toujours plus de la binarité. L’amour est proscrit, seul le devoir existe. Dans cette société peu enviable, Winston sou­haite, petit à petit, entrer en dissidence, voire en résistance. Cela com­mence par une ren­contre fortuite avec une jeune femme, Julia.

ORWELL 1984

Pre­mière résistance : les deux amants se lancent dans une relation amoureuse ca­chée, prenant toutes les précautions possibles pour ne pas éveiller le moindre soupçon. Ils parviennent à se voir suffisamment pour nourrir des idées subver­sives. Après une courte enquête, ils apprennent l’existence d’un réseau de résistance. Toute dic­tature quelle qu’elle soit possède ses îlots de ré­sistance. Le régime en a d’ailleurs besoin pour les désigner comme « enne­mis publics », afin de cristalliser sur eux la haine du peuple resté fidèle, ce qui favorise alors une certaine cohésion sociale. Le tota­litarisme existe toujours par op­position à une autre par­tie de l’humanité[*]. Les individus sont ainsi sommés de « choisir un camp ».

« Toute dic­tature quelle qu’elle soit possède ses îlots de ré­sistance. » F.Evezard

J’en reviens à Winston et Julia. Nos héros prennent contact avec l’un des chefs de ce réseau, un dénommé O’Brien. C’est ici que les choses basculent.

Un choix limité : celui d’obéir

O’Brien leur explique que les membres de ce réseau doivent obéir aveuglément à chaque ordre donné, même s’ils n’en voient ni la co­hérence ni l’utilité. Nous retombons alors dans les travers du Parti au pouvoir, qui agit exacte­ment de même. Nos deux héros ac­ceptent toutefois sans coup férir. Pour fuir une réalité to­talitaire, ils se jettent dans une autre réalité to­talitaire, cette fois bien plus dangereuse.

orwell obrien

Quelle est donc la différence ? Elle réside dans le fait que Winston et Julia ont choisi cette deu­xième tyrannie. Ce sont eux-mêmes qui ont dé­cidé de s’engager dans quelque chose qui res­semble en tout point à ce contre quoi ils s’engagent. Il se trouve que O’Brien tra­vaille pour le régime au pouvoir de­puis le départ, et fait ar­rêter Winston et Julia comme « criminels par la pensée ». Au fond peu importe que le réseau soit en vé­rité un réseau de contre-espionnage.

L’être humain et la soumission libre

Orwell a mis le doigt sur un élément capital : l’être humain, avide certes de libertés et questionnant souvent la notion de libre arbitre, est capable de librement se soumettre. En défi­nitive c’est libre­ment qu’il va opter pour quelque chose qui empêchera, par la suite, l’expression de cette même liberté. La contra­diction est donc totale.

Winston et Julia n’ont de toute façon pas d’autre choix que de ne pas être libres. Ils doivent choisir entre deux situa­tions ; la première les anni­hilera toute leur vie, la seconde en revanche leur donne l’espoir de ne se sou­mettre que temporaire­ment. C’est donc en songeant à leur li­berté future qu’ils acceptent de se soumettre à un parti clandestin.

1984 soumission

1984 – 2020 : comment cultiver la liberté

Cela fait large­ment écho à la situation politique actuelle, dans laquelle bon nombre de personnes réclament un chef autoritaire et charis­matique. L’on retrouve très souvent ce type de déclarations ou d’attentes après un attentat.

Pour poursuivre la réflexion, on peut dire qu’être libre néces­site un vrai travail cultu­rel mais aussi intellec­tuel. On doit, pour pas­ticher Rousseau, se for­cer à être libre. Dès lors que nous opérons un choix (politique notam­ment mais pas seule­ment), nous devons nous demander s’il ne représente pas un dan­ger ou une menace pour notre liberté future.

rousseau liberté

Ainsi faut-il, pour cela, mettre la liberté au-des­sus de toute valeur. Pour toujours opérer le choix de la li­berté, il faut en connaître le bien, et cela suppose des prérequis intellectuels et culturels.

Ces armes nous permettront de ne pas céder aux sirènes des fossoyeurs de la liberté, qui savent si bien, par leurs sophismes, vous faire accepter l’inaccep­table : la liberté c’est l’es­clavage ; la guerre c’est la paix.

Bref, méfions-nous de la Novlangue, elle rôde tou­jours !

[*] Camus écrivait d’ailleurs dans L’Homme révolté que le fascisme prétendait subjuguer une partie de l’humanité (les minorités ethniques, les homosexuels, les juifs pour le nazisme) pour libérer l’autre partie, celle du peuple dit « pur ».

 

Deep Purple : Ian Paice, batterie en folie

IAN PAICE DEEP PURPLE

Je pratique le plus bel instrument du monde qu’est la batterie depuis une bonne dizaine d’années maintenant. Depuis mes premiers pas sur la Terre, j’ai été bercé au son des albums de Deep Purple.

Quand j’ai commencé la batterie, ma première grande référence était tout naturellement Ian Paice.

Puis, au fur et à mesure que je travaillais, je découvrais d’autres monstres sacrés. Je pense à Dennis Chambers, à Steve Gadd, à Vinnie Colaiuta ou encore à Dave Weckl. J’en oublie bien d’autres. Chacun de ces musiciens renferme une technique absolument hors normes, une maîtrise parfaite des tous les éléments de la batterie, ainsi qu’une incroyable capacité à lire de très complexes partitions.

Pourtant, bien qu’ayant passé des heures à regarder d’innombrables vidéos de ces géants-là, ma référence demeure et demeurera toujours Ian Paice.

Pourquoi Ian Paice ?

La réponse à cette question pourrait s’appuyer uniquement sur les goûts personnels. Chaque batteur possède sa sensibilité rythmique et sonore, qui fait partie intégrante de sa personnalité musicale. Paice n’a pas selon moi le meilleur son de batterie.

Je trouve par exemple que ses toms altos manquent de profondeur.

composition batterie
[Petit tuto « composition classique d’une batterie » pour ceux qui n’y connaissent rien]

Un jeu unique, mêlant puissance et orfèvrerie

Seulement si je devais résumer son jeu en une formule lapidaire, je dirais puissance et orfèvrerie. Sa technique de caisse en est la parfaite illustration. On peut tous essayer de reproduire les fameux couplets de Burn, le break de Smoke On The Water entre l’intro et le premier couplet, personne ne saura mettre les bons accents aux bons moments.

Son frisé et son roulé continueront de marquer, par leur son et leurs nuances, quantité de batteurs à venir. Mais ce n’est pas que cela. Paicey est doté d’un sixième sens musical absolument hallucinant. Il fait ce qu’il faut quand il faut, sans fioriture inutile.

Se formant tout seul devant des vidéos de concerts et de démonstrations de Buddy Rich, Paice a hérité d’une grande sensibilité jazz. On la perçoit aisément lorsque l’on écoute Lazy, véritable shuffle dans lequel il fouette sa ride avec une incroyable légèreté et une grande délicatesse.

Dans Black Night, nous avons le même type de rythme, mais cette fois d’une façon beaucoup plus lourde, avec un hi-hat bien moelleux et une grosse caisse beaucoup plus présente. Dans la puissance ou dans la finesse, Paice adapte ses breaks, les rend puissants ou légers en parvenant toujours à faire de la dentelle.

L’exemple parlant est The Battle Rages On où les breaks fins et très recherchés contrastent avec la lourdeur hard rock des couplets.

Un roi du solo !

Ian a également innové en matière de solo. On se rappelle tous The Mule, la référence absolue.

S’il n’a pas inventé à proprement parler le solo de batterie, il a toutefois su imposer sa marque et inspirer toute une génération de batteurs. Depuis l’album Made in Japan, chaque concert de rock ou presque possède son solo de batterie, plus ou moins technique, plus ou moins musical.

Enfin, notre Paicey international est l’un des derniers dinosaures des années 70 à jouer encore aujourd’hui, avec une aisance et un niveau de jeu toujours aussi élevés.

Chapeau Ian !