La série « En thérapie » sur le divan des psys (2/2)

La série Arte « En thérapie » fait l’objet de critiques très antagonistes, notamment parmi les professionnels du champ analytique.

Dans ce deuxième volet, Laurence Croix, psychanalyste et maître de conférences, analyse le cas du personnage d’Ariane.

« Sur le fil d’Ariane », par Laurence Croix

Ce n’est pas une histoire de caméra qui entre dans un cabinet de psychanalyste. La psychanalyse reste une expérience peu transmissible. Ce qui se passe et se transmet dans une séance d’analyse est, malheureusement peut-être, emprisonnée dans une expérience singulière pas transposable et transmissible sur un écran ou ailleurs.

Il s’agit ici d’une fiction, et j’ai été très agréablement surprise dès le premier épisode avec le cas d’Ariane.

La séquence commence par des pleurs et le silence, puis cette première phrase avant tout générique « je ne pense pas pouvoir m’allonger aujourd’hui ». Le téléspectateur non seulement plonge brutalement comme un voyeur, dans l’intimité du cadre analytique, mais la dynamique d’une cure est immédiatement posée.  

Puis l’analyste invite la patiente à s’autoriser une parole. Cette parole décousue entre l’attente dans le froid devant la porte d’immeuble de l’analyste, la panique liée à l’attentat du Bataclan, le dure réalité du bloc opératoire, la vie décevante d’un couple au fond du lit où il ne s’y passe plus rien.

Tout cela a l’air décousu, mais l’hypothèse freudienne de l’inconscient permet justement de réintégrer de la cohérence et de la logique. C’est la méthode des associations libres inventée par Sigmund Freud. C’est par cette logique propre à l’inconscient que le sujet pourra se découvrir lui-même et donc accéder à son désir trop souvent entravé et refoulé, comme celui d’Ariane…

L’analyste accueille cette parole, ces associations et nous fait entendre à nous aussi spectateur au détour des très beaux dialogues, un lapsus ou une dénégation comme « ce qui s’est passé cette nuit n’a rien à voir avec les attentats. »

Certes la série En thérapie, version française, tente de nous faire entendre quelque chose de l’analyse, cette liberté, cette intimité, mais aussi l’écoute et le travail de l’analyste.


L’épisode dévoile cette relation entre les deux protagonistes, artificielle et particulière de la relation analytique. Les émotions que Frédéric Pierrot joue avec une authenticité remarquable dans cette écoute idéalement « neutre », dit-on, en théorie.  Mais comment être neutre quand sa patiente est si charmante et sexy ? De plus, elle ne lui facilite pas la neutralité dite « bienveillante « en avouant penser à lui tout en faisant une « gâterie » à un inconnu qu’elle ne désire pas.

La fiction, elle, permet cette déclaration d’amour passionnel, « obsessionnelle » dit-elle. On ne peut pas nier que le transfert est souvent passionnel car non seulement il condense des répétitions d’amours anciens et actuels, mais surtout comme l’écrit Freud il est aussi un amour « authentique ». C’est ce qu’interroge précisément ce cas d’Ariane dans la série, c’est cet amour complexe et authentique de la relation analytique, un sujet délicat, et où tout l’art de l’analyste est de savoir le gérer au mieux qu’il peut pour poursuivre le travail.

Le transfert est un amour authentique, même pour un analyste qui n’est pas particulièrement séduisant, même s’il est triste et ennuyeux, comme elle le lui fera remarquer. Évidemment il est surprenant que l’analyste n’ai rien voulu en entendre en amont de cette passion et semble tomber des nues, ce qui n’est évidemment pas à son avantage (d’analyste, mais classique chez les hommes oserons-nous dire !)


« Je sais que vous êtes impossible mais mon corps ne le comprend pas (…) » dit-elle. Le corps de l’hystérique parle ici à la place de la femme de ce réel de l’amour de transfert.
L’analyste reste coi mais tente de maintenir le cap éthique : « On en reparle la semaine prochaine » lui répond-il ! On entendra son désarroi, celui de l’homme tout simplement qu’il est avant d’être analyste…

C’est ce que certains de mes collègues ont parfois apparemment mal supporté. Qu’il ne soit pas un analyste super héros, dans une perfection illusoire, juste un banal névrosé lui aussi traumatisé par l’attentat. Mais qui ne le serait pas ? 

Cet amour (de transfert) est au cœur de l’éthique analytique dans toute cure.

S’agit-il que de tromperie sur l’objet aimé ? En partie certainement, mais tout amour n’est-il pas une tromperie ? D’un débordement du transfert dirons d’autres, au détriment de la psychanalyse, mais tout amour n’est-il pas « débordement » ?

C’est une difficulté majeure de « la direction de la cure » comme l’a nommée J. Lacan. Mais l’homme, ou la femme, et sa position d’analysant ne peuvent simplement se juxtaposer. C’est dans cet interstice justement que le travail s’élabore au lieu même du transfert, de l’amour, en tant qu’il est tout autant inévitable que nécessaire au travail analytique.

La psychanalyse est la seule pratique thérapeutique (qu’on le veuille ou non) qui intègre un travail sur le transfert.

C’est la spécificité même de la psychanalyse, ce n’est pas le transfert qui lui circule partout et tout le temps. L’analyste reste aux prises de ses désirs aussi, et pas que pour ses patientes ou patients. Les traumatismes et autres événements de la vie peuvent kidnapper le désir propre de l’analyste.

Dans tous les cas je félicite les auteurs d’un scénario intelligent, relativement proche du terrain de nos cabinets et au cœur des questions qui agitent le mouvement analytique depuis ses débuts (voir le cas Anna O.)  

Évidemment la performance de tous les acteurs dans cette série française rend d’autant plus cette fiction, car cela reste une fiction, intelligente, subtile, et revivifiante pour nos écrans souvent trop portés à tout simplifier et bêtifier sur le mode des thérapies comportementales ou d’une psychologie toujours mal vulgarisée.


Pour ma part donc, je pense qu’elle peut susciter chez tout à chacun des questions, d’analyste et de patients, mais pas seulement. Chacun pourra, s’il le désire, se poser des questions fondamentales sur ses propres désirs, ses amours, ses échecs et ses désillusions… Et pourquoi pas éventuellement s’en remettre à un analyste avec un peu moins d’appréhension !

Laurence Croix, psychanalyste, Maître de conférences à l’université.
Auteure notamment des ouvrages La douleur en soi, érès 2002, Le père dans tous ses états, De Boeck, 2011, Pour un regard neuf de la psychanalyse sur le genre et la parentalité, avec G. Pommier, érès 2018.

Diffusé sur Arte tous les jeudis du 4 février au 25 mars à 20h55.
Disponible en intégralité sur Arte.tv 
et sur Youtube.

La série « En thérapie » sur le divan des psys (1/2)

C’est la série évènement Arte. Réalisée par Éric Toledano et Olivier Nakache, cette fiction en 35 épisodes est une adaptation de la série israélienne “BeTipul”.

L’histoire se déroule au lendemain des attentats du Bataclan. Le psychiatre Philippe Dayan (Frédéric Pierrot) reçoit Ariane (Mélanie Thierry), Adel (Reda Kateb), Camille (Céleste Brunnquell), Léonora et Damien (Clémence Poésy et Pio Marmaï). Entre inconscient et trauma collectif, la série questionne l’impact des évènements sociétaux sur les subjectivités.

Nous avons demandé à des psychanalystes de regarder les premiers épisodes.

« C’est loin de la réalité », l’avis de Catherine Grangeard, auteure et psychanalyste.

Cette série bénéficie d’une promo exceptionnelle. Avantages et désavantages ! Une attente extraordinaire, par exemple. En tant que psychanalyste, je suis déçue. Les premiers épisodes du premier jeudi n’ont pas été à la hauteur de ce que j’espérais. Le psy est si bavard ! Et tant de clichés. La si jolie patiente en plein transfert amoureux, quelle caricature !

Là où tout devrait être nuances, quel dommage. Pourquoi avoir céder à cette facilité ? L’adolescente est plus réaliste, heureusement.

Il est essentiel de différencier fiction et réalité.

L’intimité d’un cabinet exclut la possibilité du film. Aussi en tenant compte du temps long du travail d’élaboration psychique et de l’inverse, la nécessité qu’il se passe quelque chose à l’écran pour que le téléspectateur ne zappe pas, ça devient plus acceptable. Mais attention à l’effet « Vu à la télé ». Cela peut devenir « je sais bien, mais quand même » et induire en erreur.

Au final, la première séance du psy chez sa contrôleuse frise le ridicule. On apprécie qu’il soit plein de doutes, c’est très bien mais mêler à ce point les vies privées et le travail, c’est loin de la réalité.

Ce qui est passionnant c’est de mesurer l’engouement. Ainsi la psychanalyse si largement décriée suscite toujours tant de passions !

L’élément fondamental, absolument rassurant, c’est de voir les évènements sociaux pénétrer le cabinet. Même s’il faut relativiser au sujet des attentats car loin de Paris il est à souligner que ce ne fut pas si prégnant. Ailleurs ce sont d’autres sujets qui impactent les vies. Toujours l’influence de la société marque. D’où l’importance de souligner la nécessité de l’importance d’une prise de conscience des normes et diktats sociaux, c’est rarement bien compris. Pour cela cette série marque un point. Et ça c’est considérable !

Diffusé sur Arte tous les jeudis du 4 février au 25 mars à 20h55.
Disponible en intégralité sur Arte.tv
et sur Youtube.

Série Netflix : ne passez pas à côté de la danoise du moment, EQUINOX

serie netflix

Bien que le confinement soit derrière nous, le couvre-feu et les attestations de sortie bloquent encore nos déplacements. Que faire en attendant d’aller danser ? Rattraper toutes les séries Netflix que vous n’avez toujours pas vu, avec un plateau de sushis et une tisane bien-être, pour un confort de bingewatching garanti.

En parlant de séries et de cocooning… Seriez-vous passé à côté de la nouvelle série du moment : EQUINOX, disponible sur Netflix ? C’est l’heure du rattrapage.

serie astrid

Equinox : deux soeurs aux passés différents

La série commence en 1999, sur une bande de jeunes danois qui fêtent leur diplôme du Bac gaiement, à coup de bières, de sono, et de chars verdoyants assortis de banderolles sur lesquelles ont peut lire quelques joyeux pamphlets danois… strictement incompréhensibles. Passons.

Astrid, une petite fille de nature angélique et docile, regarde sa soeur quitter la maison en pleurs après une dispute avec sa mère (dont les yeux exorbités font drôlement flipper). Son aînée, Ida, monte dans un char quelque peu bruyant, et laisse derrière elle une mère anxieuse, un père heureux, et une petite soeur interloquée.

Évidemment personne – hormi tous les téléspectateurs – ne s’attend à ce que ce départ en fanfare soit pour Astrid la dernière occasion de voir sa soeur qu’elle aime tant. Car celle-ci, peu après avoir salué les siens, ne reviendra jamais… Nul ne sait pourquoi.

ida equinox

Astrid va donc grandir (la majeure partie de la série se passe 20 ans plus tard) gagner en maturité, se marier et avoir une petite fille, pendant que sa soeur Ida, vit sa vie de personne disparue quelque part dans un monde parallèle.

Tout ce que l’on sait au début, c’est qu’Ida était particulièrement questionnée par sa mère sur tous ses allers et venus, et n’avait jamais la paix. Sa mère, toujours sur son dos, lui empêchait constamment de vivre sa vie. Mais est-ce une raison valable et suffisante pour s’évaporer, et ne plus jamais revenir ?

De son côté, Astrid a toujours été délaissée par sa mère, mais aussi très aimée, choyée par son père. Pourquoi ces écarts de traitement, d’une soeur à l’autre, alors même que ces deux-là s’apprécient énormément et ce dès les premières minutes de la série ?

Affaire à suivre.

serie ida astrid

Un suspense insoutenable, et des cauchemars haletants

Tout au long de la série, vous verrez Astrid en proie à des cauchemars étranges, durant lesquelles elle croit apercevoir sa soeur, perdue au fin fond d’une forêt glauque à souhait, prisonnière d’une sorte d’immense Dieu aux oreilles de lapin, sur fond de paysages enflammés et en ruine

Qui est ce Dieu Lapin ? Et pourquoi essaie-t-il d’agripper Astrid ? Et pourquoi sa mère n’arrête pas de lui répéter qu’il faut « qu’elle y retourne » pour retrouver sa soeur ?

Tant de questions auxquelles la série vous répondra petit à petit, au travers d’épisodes assez courts (45 minutes), mais très denses et prenants.

Du suspense, des bons acteurs, une bonne BO, des intrigues farfelues, des gestes barrières pas respectés…

La série de la réalisatrice Tea Lindeburg vous fera renouer avec les peurs les plus primitives, celles qui sont reliées directement à votre enfance.

Car, qui sait ce qui peut se cacher dans l’obscurité ?

Qu’est-ce que tu vois quand tu dors ?

La team Colette valide à 200 % !

Nous vous recommandons de la regarder en VO, pour des frissons danois garantis.

 

Top 5 des séries à voir en attendant Noël

Noël séries

Noël et ses festivités approchent à grands pas, le grand froid de l’hiver vous paralyse déjà, et emmitouflé dans un plaid sur votre canapé, vous vous demandez ce que vous pouvez bien faire pour vous occuper… Bingewatcher, bien sûr !

Quoi de mieux qu’une bonne dose de cocooning pour se détendre avant l’entrée fracassante de papa Noël par la cheminée électrique.

Découvrez tout de suite notre sélection de séries à croquer avant ou pendant les fêtes !

1. The Bold Type, pour les modeuses féministes

The Bold Type, ou De Celles Qui Osent en Français, est une série en quatre saisons (pour l’instant !) réalisée par Sarah Watson, et sortie en 2017. Elle convient parfaitement aux fans de mode, de haute couture, aux stylistes en herbe, mais elle émerveille également les journalistes, les rédacteurs et rédactrices, et pour finir, les fervents défenseurs et défenseuses du féminisme.

En effet, si la série démarre sur les aventures que l’on imagine à première vue drôles et légères de trois meilleures amies new-yorkaises qui travaillent au sein du même journal, Scarlet Magazine, leur vie va prendre une sacrée tournure au fil des épisodes…

[SPOILER ALERT]

Puisque Jane va nous montrer comment se battre pour être sacré meilleure journaliste,  Kat va s’épanouir sexuellement et professionnellement jusqu’à faire son coming-out, et Sutton fera tout pour sortir de son rôle de simple assistante au bureau pour s’imposer en tant que styliste avant-gardiste.

[FIN DU SPOIL]

La saison 4, sortie en 2020, est disponible sur la toile, alors foncez tout de suite découvrir cette pépite made in women empowerment !

the bold type

2. Le Jeu de la Dame, pour les accros aux échecs

Personnellement, en ce moment, je me réveille tous les jours avec une envie folle de battre mon adversaire du moment, celui avec qui je partage une vie de confinement paisible la plupart du temps… Sauf quand il s’agit de lui mettre la piquette aux échecs.

Effectivement, il semblerait que je me prenne un peu trop pour Beth Harmon, l’héroïne de la minisérie interprétée par Anya Taylor Joy dans Le Jeu de la Dame ou The Queen’s Gambit en anglais.

[SPOILER ALERT]

L’histoire commence au milieu des années 1950, par un tragique accident de voiture au cours duquel la future grande reine de l’échiquier perd sa mère. La petite Elizabeth Harmon est donc placée dans un orphelinat où elle apprend à jouer aux échecs avec le gardien, M. Shaibel. En parallèle, elle fait la connaissance de Joline qui deviendra sa meilleure amie pour la vie, et devient addicte à un tranquilisant distribué à l’orphelinat, auquel elle sera dépendante quasiment toute sa vie. La série dépeint son parcours de winneuse, car de championne locale, elle se crée rapidement une réputation de gagnante internationale, jusqu’à affronter Vasily Borgov, un grand joueur, champion du monde russe des échecs.

[FIN DU SPOIL]

L’essentiel à retenir de cette minisérie palpitante ? Eh bien, pour commencer, que dans les année 50, 60, ce n’était pas évident de se démarquer dans la société quand on était une femme. Grâce à son talent et à son génie, Beth Harmon démonte un à un les clichés sexistes de son époque, pour notre plus grande joie !

le jeu de la dame

3. The Americans, pour les transis d’espionnage

Cette série a tout d’un chef-d’oeuvre… Des acteurs exceptionnels, dont Keri Russel et Matthew Rhys, qui incarnent Elizabeth et Philip Jennings, un couple d’agents russes du KGB qui se bat en secret pour défendre leur pays natal, la Russie. Une bande originale terriblement inspirante et sexy, de Phil Collins aux Rolling Stones en passant par Léonard Cohen, j’ai rarement écouté une BO aussi riche en termes d’influences, et aussi punchy. Si vous ne regardez pas la série, faites-vous au moins plaisir en découvrant les playlist The Americans sur YouTube ou Spotify.

[SPOILER ALERT]

Et pour finir, un scénario à couper le souffle ! Les missions des Jennings sont loin d’être faciles à accomplir, ils devront, pour venir en aide à leur peuple, se mettre dans la peau d’autres personnes, hôtesse de l’air, cow-boy texan, vendeuse de cosmétiques, agent du FBI… Toutes les couvertures sont bonnes à prendre pour déceler les mystères des plans de la CIA ou du FBI.

the americans

4. The Mandalorian, pour les fans de Star Wars

Sortie pour la première fois en 2019, la série The Mandalorian met en scène un grand mec badass qui doit protéger vaille que vaille un petit bébé trop choupi : un petit maître Yoda qui malgré ses 50 ans révolus, en fait plutôt un ou deux. C’est ça Star Wars, des scénarios bien farfelus et des combinaisons de personnages loufoques !

Le pitch en bref : après le déclin de l’Empire et la création de la Nouvelle République, le métier de chasseur de prime ne permet plus très bien de gagner sa vie en terre star warsienne, mais heureusement, Mando, notre héros, a décroché un contrat bien juteux qui n’a rien d’officiel mais lui, il s’en fiche complet. Tout ce qu’il veut, c’est vivre une belle vie de baroudeur, siroter des cocktails aux quatres coins des galaxies.

[SPOILER ALERT]

Sa mission ? Trouver un bébé Yoda et le ramener à ses commanditaires. Rien de plus simple en fait, mais pourtant ce gros dur de Mando va être tellement ému par ce petit bout de chou qu’il décide de le sauver. Il s’attire ainsi les foudres d’une ribambelles d’ennemis qui vont le pourchasser, impériaux, chasseurs de prime locaux, stormtroopers… Parviendra-t-il à tous les éliminer à lui tout seul ? Le suspense est à son comble ! N’attendez plus et lancez la saison 2.

bébé yoda

5. Working Moms, pour les mamans épuisées

Qui a dit qu’avoir un enfant devrait inciter les mères à stopper leur carrière ?

C’est un peu le message principal de cette série déjantée, sorte de mélange entre Friends ou How I Met Your Mother version mamans. Parfaite pour parler parentalité sans aucun tabou quitte à briser les codes de bonnes conduites tristement appliqués à notre société un poil paternaliste, la série Working Moms, signée Catherine Reitman, s’avère non seulement tordante, mais également lucide. Très, très lucide.

Avec ces quatre amies et mères au bord de la crise de nerf (les héroïnes de la série), on est loin des clichés publicitaires et du modèle traditionnel de la ménagère de moins de cinquante ans, femme et mère au foyer. Ce qu’on ADORE dans cette série, c’est le ton cru, direct de ces mères pas vraiment exemplaires mais sûres d’elles et souvent tiraillées entre élever leurs enfants dans la joie et la douleur ou grimper les échelons quitte à être un peu moins présente à la maison… Bref, même si on n’est pas, ou pas encore maman, on adhère à 200 % au propos, et ça fait du bien de voir des problèmes de fond révélés au grand jour et analysés avec brio.

working moms

Sur ces belles paroles, toute l’équipe de Colette Magazine vous souhaite un excellent marathon !

The Crown – Devenir princesse, diktat ou conte de fée ?

the crown princesse

The Crown saison 4 met en lumière le mariage arrangé entre le Prince Charles et Diana Spencer en 1981. De l’anonymat à la consécration, la princesse Diana a traversé bien des états, tant géographiques qu’émotionnels pour plaire à la famille royale britannique. Avant la tragédie parisienne de 1997, qu’en est-il de sa fulgurante ascension ? 

Diana Frances Spencer naît en 1961, fille cadette d’Edward Spencer, vicomte Althorp, et de son épouse la vicomtesse Frances Burke-Roche. Issue d’une lignée de l’aristocratie anglaise, elle ambitionne de devenir danseuse de ballet, et dès l’enfance, rêve d’un destin monarchique.

Peu conforme à un système d’éducation classique, elle envoie valser sa scolarité en Suisse et retourne à Londres. Là, elle devient femme de ménage, puis nourrice, et enfin assistante dans un jardin d’enfant. Repérée par la famille royale britannique, la reine est sous le charme de sa tendresse et de sa modestie, estimant qu’elle ferait une parfaite épouse pour son fils, le prince Charles.

Un conte de fée arrangé

Alors qu’ils ne se sont vus que treize fois, le Prince Charles et Lady Diana Spencer subissent une union forcée. En 1981, ils se marient à la Cathédrale Saint-Paul, à Londres. Suivi par des millions de téléspectateurs à travers le monde, ce mariage déplait au fils aîné de la Reine, qui n’a fait qu’obéir à la volonté de son oncle « Dickie » lui ayant intimé l’ordre d’épouser une fille au sang bleu sans histoire.

mariage diana charles

La femme qu’il aime en réalité, Camilla Parker Bowles, représente un danger pour la réputation de sa famille : celle-ci est déjà mariée au major Andrew Parker Bowle. Le royaume se passerait bien d’un scandale d’infidélités. Toutefois, rien n’y fait, l’héritier du trône ne renonce pas à sa passion pour elle et trompe la princesse Diana à de multiples reprises.

Une princesse mal dans sa peau

Les infidélités s’enchaînent et la princesse, pas dupe, s’isole et souffre de troubles d’alimentation. Se réfugiant dans la nourriture, elle tente de cacher sa boulimie en se faisant vomir à de multiples reprises.

Si à l’origine, Diana Spencer se réjouissait à l’idée de son mariage et des bénéfices de son nouveau titre, elle subit finalement les conséquences des codes de conduite directement liés à son statut. Piégée à Buckingham et enchaînée à un mari qu’elle aime sans réciprocité, elle va jusqu’à commettre des tentatives de suicide.

lady diana

Éprouvée par le manque d’amour de Charles, Diana trouve du réconfort dans l’affection qu’elle porte à ses deux fils, les futurs princes William et Harry. Malgré cette heureuse maternité, sa vie est dictée par des événements médiatiques, elle doit sans cesse se surpasser pour fondre dans le moule imposé par son titre de princesse.

Victime de son propre succès

Sans arrêt poursuivie par d’innombrables paparazzi, la princesse Diana jouit d’une immense célébrité et est adulée partout dans le monde.

Son engagement maternel et sa charité illimitée font d’elle une princesse humaine et proche du peuple. Sa compassion, sa modestie, son charisme naturel lui valent un succès mondial qu’elle n’aurait jamais vu venir.

Son humanité sans borne la rend hélas vulnérable, chacune de ses actions est scrutée dans le moindre détail.

Jaloux de la gloire qu’on lui attribue, le Prince Charles lui mène la vie dure. Ce dernier la perçoit comme une rivale qui tenterait de lui voler la vedette en permanence… Or la princesse Diana aime la danse, les enfants, les rencontres, elle fait preuve de spontanéité et de modernité, tandis que le roi en devenir s’avère vieux jeu et fidèle aux règles monarchiques.

Un respect des coutumes ironique puisqu’il souhaite à tout prix se séparer de la princesse pour vivre aux côtés de son amante, la duchesse Camilla.

Breaking news : le prince charmant n’existe pas

Le prince de Galles ne démontre aucun respect pour sa femme et ne semble pas préoccupé outre mesure par l’éducation de ses enfants. Celui que Diana Spencer trouvait si « sexy » et attentionné au début a fini par lui pourrir plus ou moins l’existence. Premièrement en ne l’aimant pas, et deuxièmement en ne lui cachant pas sa liaison avec Camilla.

prince charles camilla

L’homme parfait, le prince charmant, cet être inquittable et idéal sur le papier n’existe pas et n’a jamais existé. Et pour cause, le prince Charles sort tout droit d’un conte de fée auquel il n’a jamais souhaité être destiné. Lui non plus n’a pas été entendu, ni assez choyé par ses proches, il s’est rendu à l’évidence d’une existence rythmée par des traditions ancestrales et pour le moins rébarbatives.

Elle, de son côté, avait mis tout son coeur à l’ouvrage en l’épousant. Comment aurait-elle pu deviner la tristesse et la solitude qu’elle éprouverait après ses noces ? Une princesse éduquée depuis l’enfance aux bonnes manières de la cour, nourrie dès le plus jeune âge par la fausse perfection de tout destin princier ?

Une invention qui en dit long sur la société

Comme dans la vraie vie, le prince charmant n’est qu’une invention sordide d’une société masculiniste et paternaliste.

Si la conception même d’un être aussi angélique est encore trop largement répandue, c’est sans doute parce qu’encore trop de jeunes filles sont amenées à se conduire à la perfection.

Élevées dans l’idée qu’un jour, tous leurs efforts seront récompensés par un seul être, quasiment divin, qui chérira à tout jamais leur attitude de bonne fée, tout cela pour que les hommes, en parallèle de leurs gestes attentionnés, puissent s’épandre sans crainte dans la flemme et le laisser-aller.

Conclusion : devenez qui vous êtes

Nietzsche a encore frappé puisque la solution pour sortir la tête de l’eau dans tout les cas est de se concentrer avant tout sur son propre devenir plutôt que de s’intéresser à ce que quiconque pense de vous.

Vous me rétorquerez probablement que c’est facile à dire et plus difficile à faire quand des photographes vous suivent partout dans la rue, quêtant le moindre scandale. Le fait est que tout épanouissement s’avère issu d’une complète et sincère affirmation de soi dans le monde en tant qu’être humain indépendant de l’Autre avec un grand A.

La conclusion évidente que nous pourrions tirer du mariage dévastateur entre Diana Spencer et Charles de Galle serait sans doute la suivante : épousez ou n’épousez pas qui vous voudrez, votre partenaire ne définit jamais la personne que vous êtes.

Quand bien même vous avez les mêmes centres d’intérêt que la personne avec laquelle vous vivez des jours heureux, n’oubliez pas de développer votre jardin personnel, décorez-le de culture, de passions, de musique, d’art… Ceci n’est évidemment pas un ordre, mais plutôt un ressenti, un conseil, à prendre avec tout le recul nécessaire.

Il se résume bien en ces termes : soyez-vous même, et vous soufflerez sur le monde, un vent d’égalité et de liberté !