Colette Magazine s'adresse aux lectrices et lecteurs qui osent rêver en grand. Ou comment enchanter le monde grâce à la culture.
Auteur : Elvire Balusseau
Littéraire, je suis diplômée en Lettres métiers de l'écrits - Journalisme ainsi qu'en Communication Digitale et Relations presse. Je suis également chanteuse de rock et de soul, je compose mes propres textes.
En cette période de reconfinement, nous sommes tous contraints de retourner à nos activités d’intérieur. C’est le retour des chorés endiablées dans votre salon, et donc l’occasion rêvée d’épater vos amis sur Skype avec de nouveaux pas de salsa. Si certains s’écrieront : « C’est tellement mieux de faire du pain » les mains pétries de farine de blé sans gluten, de notre côté, on est clairement Team Dancefloor. Alors sortez vos plus beaux leggings, la playliste confinade commence !
1. Hot Stuff, Donna Summer
C’est LA chanson disco pour vous échauffer en attendant qu’une personne importante à vos yeux vous appelle. Cette personne peut également être un employeur qui vous annonce une bonne nouvelle sur Microsoft Teams. Ou encore, si vous vivez une magnifique histoire d’amour à distance, cette chanson est faite pour booster votre imaginaire de séduction. En bref : idéale pour retrouver votre joie de vivre !
2. Ma soeur, Clara Luciani
Vous l’avez eu au téléphone il y a une heure, mais elle vous manque déjà tellement ses conseils sont précieux et comptent plus que tout ? Votre soeur est unique, et cette chanson vous le rappelle si bien. Pour celles et ceux n’ayant pas ce type d’acolyte familial, pensez donc à vos soeurs d’adoptions, ces copines avec qui vous partagez littéralement toute votre vie. Entraînante, vous connaîtrez bientôt les paroles par coeur de cette pépite so frenchy made in Clara Luciani.
3.Venus, shocking blue
Ce petit bijou tout droit sorti de la fin des années 60 va égayer vos petits-déjeuners ainsi que vos brunches du dimanche. Vous aurez presqu’envie d’enfreindre la loi pour aller valser le long du canal de l’ourcq, tout en sautillant d’un pont à l’autre ! Plus sérieusement, si votre attestation est en règle, profitez d’un peu d’air frais et de ciel bleu pour permettre à ces bonnes ondes de vous envahir d’optimisme.
Bonus : vous pouvez également l’écouter en jouant une bonne vieille partie d’échecs, comme le fait Elizabeth Harmon dans Le Jeu de La Dame, sur Netflix.
4. Break, Beenzino
Cet ovni sorti du film d’horreur sud-coréen Alive, s’avère une pépite de dynamisme. En l’écoutant, rappelez-vous à quel point vous êtes belle / beau, forte / fort, intelligente / intelligent. Reprenez confiance en vous ! Au lieu de rester avachi toute la journée sur le canapé, cette chanson vous invite à vous lever et à vous battre pour vivre à fond vos passions !
Si ce discours vous donne juste envie de vous lever pour aller vous faire une tisane, retenez que le personnage principal du film ne meurt pas dévoré par un zombie en grande partie grâce à son insatiable soif de vivre.
5. Deceptacon, Le Tigre
Vous êtes confiné avec votre copain ou colocataire et ce dernier a oublié de faire la vaisselle cinq soirs d’affilée ? Vous avez le droit de vous lâcher sur ce titre inédit des années 2000.
Libérez le tigre électrique qui sommeille en vous !
6. Si bien du mal, Hervé
Comme Hervé, sortez vos plus belles casseroles et vos meilleurs ustensiles de cuisine.
C’est l’heure de faire des crêpes ! Bien sucrées, bien salées, à vous de choisir. L’objectif ? Se faire un peu mal demain en regardant nos kilos en trop sur la balance, mais dans le présent, savourer l’instant. Même en confinement.
7. Respect, Aretha Franklin
Un collègue vous a manqué de respect virtuellement cette semaine ? Prenez votre revanche et armez-vous de dignité et de supers idées lors de la prochaine réunion d’équipe. Entraînez-vous devant la glace s’il le faut ! Vous méritez d’être reconnu dans ce que vous faites au quotidien.
Osez vous affirmer en rythme avec notre Aretha internationale.
8. Telephone, Lady Gaga x Beyonce
Aujourd’hui, n’oubliez pas d’appeler vos grands-parents pour les rassurer concernant cette période quelque peu angoissante. Dites-leur à quel point finalement cette parenthèse est utile dans tous les domaines de votre vie, carrière, vie sociale, vie amoureuse… Même si votre humeur n’est pas toujours au beau fixe, restez ouverts aux changements et aux ondes positives.
Téléphonez-les par millier ! Soyez connecté.e.
9. Uptown Funk, Bruno Mars
Le café de quinze heures et ça repart. Laissez-vous porter par le funk de cette chanson, vous avez de l’énergie à revendre ! Si Halloween est passé, toutes les occasions sont bonnes pour se costumer.
Tentez cette vieille veste rose que vous avez laissé moisir au grenier, et entamez votre plus beau défilé.
10. I want to break free, Queen
Ah l’extérieur… Cet ailleurs si loin désormais mais si près de la fenêtre.
Ne l’oubliez jamais, vous êtes bien plus qu’un homme ou qu’une femme qui passe l’aspirateur un dimanche à seize heures. Vous êtes l’incarnation de la liberté. Alors foncez, et enregistrez vos performances karaoké pour les montrer à vos futurs enfants.
Le confinement, c’est exceptionnel et ça va passer… Il vaut mieux en rire qu’en pleurer !
Voilà des semaines que je recherche du travail de manière acharnée, soit en passant par des plateformes digitales connues de tous (LinkedIn, Indeed…) soit en appelant directement les entreprises et en cherchant LE bon contact. Ce collègue sympa, qui acceptera de dire à son boss :
« Tiens, j’ai eu une littéraire au téléphone, ça pourrait être utile pour notre site. T’en penses quoi (Roger) ? »
Malgré bon nombre d’appels, de candidatures spontanées, de CV envoyés, de lettres ludiques (et je l’espère originales), soit bien plus de 500 candidatures au compteur… Je n’ai finalement reçu que quatre messages vocaux positifs, tous transmis à huit heures du matin, horaire ma foi assez matinal pour une jeune insomniaque, dopée à la candidature simplifiée nocturne.
À la ruée du CDD
J’avais donc en tout quatre rendez-vous, pour quatre postes distincts.
Le mercredi, à onze heures, dans un cabinet d’architecture des Grands Boulevards. À quatorze heures le même jour, j’étais conviée à un entretien au sein d’une boulangerie réputée du 2ème arrondissement parisien. Le jeudi, c’était baby-sitting party à neuf heures, et l’après-midi, voyage à Boulogne Billancourt pour convaincre une recruteuse de mes facultés à vendre des chaussures en cuir.
Temps de trajet estimé depuis mon appartement non loin de la rue de Crimée ?
40 minutes minimum. Le timer était lancé !
Vêtue de ma plus belle veste imprimée noir et blanc (tendance certifiée cet automne), et armée de mon sac à main ELLE Elite en cuir noir acheté au Pérou dans l’équivalent des galeries Lafayette à Lima, je démarrais ma conquête professionnelle la poitrine haute et le cœur léger. J’allais enfin socialiser avec le monde professionnel.
Parée à épater l’univers professionnel !
À onze heures moins cinq, je sonnais à la porte de l’atelier pour rencontrer Carine*, directrice associée d’un grand atelier d’architecture parisien. Réjouie d’être arrivée à l’heure et dans des conditions optimales, je n’attendais plus que la porte s’ouvre. Cécile*, l’assistante de direction, me souhaita la bienvenue et me dit poliment de patienter quelques instants car une réunion importante était en cours.
Postée devant un placard à balai et observant minutieusement la photosynthèse d’une plante verte ayant certainement pour but d’évoquer la gloire du minimalisme écologique, la dame que j’allais rencontrer me fit attendre ainsi un bon quart d’heure.
Ce qui bien sûr n’a l’air de rien sur le papier, mais n’en demeure pas moins quinze longue minutes d’anxiété pour tout candidat déterminé.
Moment de grâce
Une fois ce laps de temps écoulé, Carine* ouvrit la porte et me fit asseoir sur un tabouret près de son bureau et de son fauteuil design. Les premières phrases à mon égard furent élogieuses.
« Vous avez un CV remarquable. Ce qui me rassure vous voyez, c’est le fait que vous étiez en prépa. Il n’y a rien de tel pour y apprendre la rigueur, la diplomatie… Des qualités qui vous aideront toute votre vie. Avec ça, vous irez partout. »
Tâchant d’oublier les horribles souvenirs liés à mes cours de classe préparatoire littéraire, et la façon dont je m’étais sentie seule, incomprise et inculte notamment en deuxième année, je forçais mon plus grand sourire derrière mon masque chirurgical. Ce qui ne manqua pas de donner à mes yeux un air de bananes miniatures. En effet, j’étais fière du chemin parcouru.
Mais la classe préparatoire ne m’avait pas appris la rigueur, la diplomatie. Je ne m’étais jamais montrée aussi odieuse, têtue, égoïste et bornée qu’en cours de latin.
[Je me rappelais le jour où j’avais affronté ma professeure d’allemand, pour défendre mon amie Sarah qui avait travaillé toute une nuit sur son devoir et qui s’était tout de même récolté un cinq sur vingt alors que n’importe quel Berlinois aurait été conquis par l’essai de mon acolyte. Cela nous avait malencontreusement valu de nous faire éjecter toutes les deux.]
Qu’importe, je me glissais dans la peau de la jeune fille de bonne famille bien éduquée et répliquais que j’étais ravie d’être passée par là.
Par la suite, au lieu de demander immédiatement mon salaire, je m’exprimai au sujet de mes expériences passées et des « projets » mis en place pour booster la notoriété de mes précédentes entreprises sur les réseaux sociaux. Je me « vendais », pour ainsi dire.
Mes propos firent sourire. La directrice associée m’informait alors que son atelier avait bien besoin d’aide sur l’aspect communication, et que j’étais a priori la personne qu’il leur fallait. Elle nota très brièvement le caractère administratif de mes futures missions, que je relevais avec le sourire mais sans m’y attarder.
Ne me serrant pas la main en raison du Covid-19, Carine* me dit qu’elle me tiendrait rapidement au courant de la suite de la procédure de recrutement.
Satisfaite de cet échange, je sortis de l’atelier tout sourire et avec une vague impression d’avoir assuré. Je n’oubliais pas pour autant mes autres entretiens, et passais une journée, bien chargée, à l’extérieur.
Premières impressions
Le lendemain, vers quatorze heures, je reçus un message de Carine* sur Indeed, mon profil avait été retenu et je devais commencer dès lundi, neuf heures.
Naturellement, j’effectuais dans mon appartement quelques pas de danse, devant mon futur partenaire de PACS abasourdi. Je prenais la nouvelle comme une victoire, après toutes ces heures passées à guetter la moindre opportunité faite pour moi.
Le reste de la semaine défila en un éclair, rythmée par mon nouveau centre d’intérêt : l’architecture. Je me mis à lire une multitude d’essais en ligne, et réalisai une veille complète du secteur, visitant des sites que je n’aurais sûrement jamais eu la curiosité de regarder plus tôt.
Après tout, l’architecture est et restera un art majeur. C’était l’occasion rêvée d’en apprendre quelques notions et des termes prisés du milieu, notamment l’expression « îlot urbain », ou encore le mot « soubassement ».
Passé cet apprentissage de dernière minute, je me mis en tête de commencer en beauté.
Le jour J pointa le bout de son nez, et à neuf heures moins dix, j’étais déjà sur le pont.
En ouvrant la porte, l’assistante de direction me salua, mais parut stupéfaite de me voir à l’atelier.
« Je n’ai pas du tout été informée de ton arrivée, ça va être compliqué… »
Si cette première phrase m’inquiétait, je ne déformais pas pour autant ma joie de vivre, et lui apportais aussitôt mon aide pour la moindre de ses occupations. Pressée, elle m’avisa d’un point communication à préparer dans… la cuisine.
Objectif immédiat ? Remplir vingt-cinq tasses de cafés avec soin et installer chaises et tabourets. Je l’y aidai discrètement, en attendant patiemment de voir Carine*, afin de signer mon contrat et discuter plus précisément de mon rôle au sein de l’atelier.
Elle finit par arriver en même temps que tous les autres, et bien qu’elle me salua, ne prit pas la peine d’engager une véritable discussion avec moi. Elle demanda simplement de me présenter lors de sa prochaine prise de parole, afin que tout le monde me situe. J’acceptai poliment.
Lors de ce fameux point communication, Carine* prit conscience que nous étions trop nombreux dans la pièce et que ce n’était pas très Covid-friendly, suite à quoi elle proposa à tout le monde de se décaler dans la grande salle à l’entrée. Personne ne prit la peine de boire son café et ce fut le plus grand gaspillage d’espressos qu’il ne m’ait jamais été donné de voir.
Illusion… et temps perdu
Successivement, s’enchaînaient des exposés précis sur les projets de construction ou de réhabilitation en cours, tous plus intéressants les uns que les autres, et probablement passionnants pour des férus d’architecture (soyons honnêtes, je ne comprenais pas grand-chose au métier).
Puis, Carine* prit la parole et m’introduisit auprès de l’équipe, tout en me passant le micro.
« Bonjour, je m’appelle Elvire, j’ai 25 ans, je suis diplômée de lettres métiers de l’écrit, de communication digitale et de relations presse, je suis ravie de rejoindre votre équipe aujourd’hui ! »
Gênée mais enjouée, mon speech provoqua de nombreux rires camouflés, mes collègues devaient être conscients de la situation embarrassée dans laquelle se trouvent d’ordinaire tous les nouveaux arrivants.
Tous regagnèrent finalement leur open space, et Carine* me fit signe de la suivre dans son bureau, accompagnée de Cécile* pour me briefer la journée. À toute vitesse, elle me confia quelques éléments clés puis revint à ses moutons, me laissant seule avec l’assistante de direction qui me présenta mon nouveau desk.
La journée commençait à battre son plein, entre fichiers administratifs à placer au bon endroit sur le serveur, à renommer de telle façon à ce que tout soit clair pour les employés… Je n’avais toujours pas trouvé l’occasion de discuter concrètement de mon contrat et de mon salaire avec la directrice associée.
À l’heure du déjeuner, j’étais soulagée, j’étais totalement perdue par les explications de Cécile* et pour moi ce fatras administratif n’avait ni queue ni tête, même si j’y mettais du mien pour l’assister dans ces tâches rébarbatives. J’avais besoin de réconfort et de dialogue humain, c’est pourquoi je passais le déjeuner avec deux architectes sympathiques comme tout, affables, mais malgré tout peu enclines à m’expliquer plus que quiconque ce que j’allais bien pouvoir faire ici.
Des connexions intellectuelles profondes se nouaient à table entre elles deux, à propos de projets dont je n’avais qu’une conception très vague. Nulle âme ne me posa la moindre question, j’avais l’impression qu’il était de mon devoir de les suivre dans leurs raisonnements architecturaux.
Malgré quelques phrases bateau prononcées dans une certaine forme de désarroi, je ne parvins pas à trouver ma place auprès d’elles.
L’après-midi s’amorçait, et Carine* était toujours occupée, soit par des réunions, soit par des coups de téléphone, soit par des questions variées de la part de Céline*…
Si je déployais tous mes efforts pour comprendre les procédures liées au métier de Céline*, l’absurdité de ma position commençait à frôler le ridicule. Il était certain que je n’étais pas venue pour cela.
Toutes les demi-heures, je demandais poliment à ma consœur si Carine* pouvait me recevoir un instant dans son bureau. Les retours négatifs s’enchaînaient et mon ardeur décrut au fil des heures.
Me serai-je méprise dans ma manière de le demander, ces requêtes lui semblaient-elles impolies ? Je ne savais plus où me mettre.
Sur le coup de dix-sept heures, ou plutôt dix-sept heures quarante-cinq, j’osais le tout pour le tout en ouvrant tout simplement la porte du bureau de Carine*.
« Peut-on discuter de mon contrat ? » demandai-je une énième fois. Elle était encore occupée au téléphone et d’un geste de la main (et par un haussement agacé des sourcils) elle me renvoya à mes occupations.
J’attendis encore, jusqu’à dix-huit heures environ, et j’allais prendre mon manteau et partir quand Carine* s’approcha de mon poste, pour me demander si j’avais déjà une mutuelle.
Surprise de cette interrogation, je restai pantoise et ne sut répondre immédiatement. La voyant rebrousser chemin, je répliquais aussitôt que je ne savais pas si ce poste était fait pour moi dans la mesure où j’avais été plus secrétaire que communicante en cette première journée de travail.
Elle s’installa à son bureau, et me demanda à nouveau si j’avais déjà une mutuelle. Sur le moment, je ne m’en souvenais absolument pas et je ne savais que répondre.
Je décidai de recentrer l’attention sur la non-signature de mon contrat et la non-déclaration de mon salaire lors de notre premier rendez-vous.
Exaspérée, elle rebroussa chemin jusqu’à son bureau. Étonnée, je décidai de la suivre pour obtenir le fin mot de l’histoire. Debout face à elle, qui se tenait droite devant une superbe maquette architecturale, j’osai l’interroger une bonne fois pour toute.
Cette nouvelle m’assommait, c’était un salaire décent, mais je ne m’étais jamais sentie aussi peu à ma place dans cet atelier. L’architecte en chef ne m’avait pas salué de la journée. On ne m’adressait pas la parole, sauf pour me dire bienvenue, bon appétit ou merci pour le document B434. Comme si je n’étais pas capable de comprendre l’univers de ces passionnés d’architecture. Comme si je n’étais pas au bon poste, pour cerner les enjeux cruciaux de cette agence.
Au chômage, je gagnais presque l’équivalent de ce salaire.
Je pris un instant pour inspirer et me donner du courage.
« Merci, mais ça ne va pas me suffire. Merci de m’avoir recruté, et bonne continuation. »
Disant ces mots, je refermais la porte lentement, sur une directrice associée interloquée et prête à mordre.
Cette journée, que je qualifierais de voyage en terre inconnue, m’a fait prendre conscience des erreurs à ne jamais reproduire sur le plan professionnel. Voici mes recommandations pour éviter ce genre de situation.
Une fois l’entretien terminé, abordez subtilement la question du salaire.
S’il s’agit d’un terrain vertigineux – certains RH recommanderont sans doute de ne pas y entrer dès la première rencontre pour éviter d’avoir l’air « intéressé » – n’hésitez pas à vous y glisser à la fin de l’entretien. Vous vous apprêtez à quitter la salle de réunion, mais vous avez oublié un détail essentiel et vous ne savez pas comment mettre le sujet sur la table. Prenez une grande inspiration, et demandez gentiment une estimation de votre salaire. Vous n’avez pas nécessairement besoin du montant exact, mais vous pouvez vous projeter grâce à une fourchette. Vous êtes parfaitement légitime quant à vouloir vous projeter financièrement. Cela ne fait pas de vous un monstre cupide, mais un être humain qui a du respect pour lui-même.
Ne commencez jamais un travail sans avoir signé de contrat.
Un ou une directrice associé(e), un DAF, un responsable RH vous intime l’ordre de commencer demain à huit heures. Ne vous enflammez pas et ne répondez pas « affirmatif » de sitôt. Vous n’êtes pas un soldat, mais un futur employé. Si vous n’avez rien signé, que l’on ne vous a pas demandé quelques documents essentiels pour constituer votre contrat (carte vitale, RIB, documents d’identité, mutuelle…), répondez poliment que vous irez après lecture, révision, et signature du contrat. Vous éviterez des déceptions et pourrez passer à la suite bien plus rapidement. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »
Demandez des informations précises sur le poste que vous allez occuper.
Vous avez postulé pour un poste de responsable marketing, mais vous gérez des réservations de billets de train le premier jour ? Il y a comme un hic. Pour contrer les déconvenues, posez des questions précises, obtenez des réponses honnêtes.
Projetez-vous : êtes-vous sûre de travailler pour une entreprise qui partage vos valeurs ?
Si vous êtes vegan, voire même un vegan curieux et ouvert sur le monde, cela ne va pas vous réjouir tous les jours de travailler dans une boucherie chevaline. Inversement, si vous adorez la viande rouge, peut-être ne serez-vous pas pleinement épanoui en bossant dans une boutique veggie. De même, si vous ne connaissez rien à un secteur, vous pouvez vous renseigner, chercher autant d’informations que vous le souhaitez, lire des livres qui en parlent, mais posez-vous la question au plus profond de vous : « Est-ce vraiment ce que vous voulez faire ? » Aujourd’hui, trop de personnes filent dans des secteurs sans prendre le temps de faire le point sur leurs désirs, ceux qui les rendront vraiment heureux et épanouis professionnellement. Faites la différence, choisissez la filière de vos rêves.
Ayez confiance en vous, affirmez-vous, osez exprimer clairement vos attentes.
Enfin, si vous ne vous sentez pas appréciée, voire même, vous avez l’impression d’être moquée dans le bureau d’à côté, ne perdez pas votre sang froid. Prenez confiance en vous, en vos talents, vos capacités. Vous n’êtes pas bon à jeter. Vous n’êtes pas à jeter tout court.
Très souvent, j’entends dire « Tout le monde est remplaçable ». C’est une phrase extrêmement triste et déshumanisante. Alors rejoignez le côté positif de la force. Devenez votre propre héros.
Réalisée par Darren Star (Sex And The City, Younger, Beverly Hills…), et sortie le 2 octobre 2020 sur Netflix, Emily in Paris met en scène l’histoire d’une américaine originaire de Chicago qui accepte un poste de directrice marketing au sein d’une agence de communication située… En plein cœur de la ville lumière. Si les personnages masculins intriguent et font jaser, ce sont bien les femmes qui tiennent les rênes de la série. Entre clichés et réalités, quelles analyses peut-on extraire de leur comportement ?
Madeline, ou la femme d’affaires made in USA
Le pilote démarre à Chicago, avec un dialogue enthousiaste entre Emily Cooper (rôle attribuée à l’actrice Lily Collins) la future touriste, et Madeline, sa boss numéro 1. Cette dernière est tirée à quatre épingles, coiffée avec précision et chiquement vêtue de bleu, de la tête aux talons aiguilles.
En femme responsable, elle consacre du temps à Emily et s’extasie lorsqu’elle apprend qu’elle est nommée directrice marketing chez Savoir, filiale française d’un grand groupe international (Gilbert).
Elle va même jusqu’à se taper dans les mains, et se vanter auprès de sa subalterne d’être diplômée d’un master de Français (sous couvert de lui donner une leçon de professionnalisme).
Attentionnée, elle confie à Emily une réunion importante avec un client spécialisé dans le traitement du colon irritable, persuadée qu’elle a toutes les compétences nécessaires pour s’en charger.
Autrement dit, avant qu’elle ne finisse par vomir dans sa poubelle de bureau dues aux nausées causées par une grossesse visiblement insoupçonnée, Madeline envoie du rêve.
Sur le plan managérial, elle se montre attentive et concernée. Sur le plan professionnel, elle est surdiplômée, elle assure partout où elle va. Sur le plan physique et vestimentaire, c’est une quinquagénaire américaine sexy et sûre d’elle, sa queue de cheval est impeccable et presque intimidante de perfection.
N’importe quel Français reconnaît dans cette introduction la fâcheuse manie américaine de vouloir à tout prix « Vivre pour travailler », et non pas « Travailler pour Vivre ». C’est sûrement là le premier cliché de la série, lequel ne s’attache pas en premier lieu aux mauvaises habitudes françaises, mais bien aux maniaqueries américaines.
Je ne sais pas vous, mais nous on imagine bien Madeline se réveiller avec cette chanson de Rihanna
Sylvie, femme forte « à la Française »
En parlant d’hexagone, qui est la directrice de Savoir, de l’autre côté de l’Atlantique ?
À Paris, dans un petit immeuble haussmannien donnant sur une belle cour pavée, Sylvie (jouée par Philippine Leroy-Beaulieu) dirige sa société luxueuse d’une main de fer, en misant essentiellement sur ses propres idées et intuitions.
Lorsqu’Emily voit sa french supérieure pour la première fois, elle apparaît dans une combinaison noire, les cheveux détachés. Si elle porte des talons aiguille, tout aussi imposants que ceux de Madeline, l’attitude de Sylvie se démarque en tous points. Sa posture, tout droit inspirée de Meryl Streep dans le diable s’habille en Prada, en dit long sur son caractère lunatique, si ce n’est colérique.
Dès le départ, Emily va se heurter à la psychologie complexe d’une Sylvie intraitable avec ses employés. La première phrase que cette dernière adresse à Emily annonce des débuts difficiles : « Bonjour ! Je ne vous attendais pas avant demain. »
Un message de bienvenue déstabilisant pour l’américaine, traduisant cela dit une situation parfaitement plausible à Paris [je vous en parlais justement dans mon précédent article Comment j’ai cherché un emploi en 2020 (et me suis retrouvée à refuser un poste)]. Malgré une excellente communication externe, la communication interne d’une agence s’avère parfois médiocre.
Si tout le bureau déprécie Emily, Sylvie fait de sa présence une affaire personnelle, lorsqu’elle s’aperçoit que son amant Antoine (incarné par William Abadie) tente de séduire maladroitement l’américaine au cours d’une soirée alcoolisée. Une preuve, du moins cinématographique, que les hommes et l’alcool ne font pas toujours bon ménage.
Car la séduction, Sylvie la chérit plus que tout, elle connaît les règles du jeu et se délecte d’une vision finalement assez machiste de la femme Française, prête à tout donner pour un homme. Passéiste, cette perception ne se réduit certainement pas qu’à un cliché indémodable, dans la mesure où cela traduit chez ce personnage une peur de la vieillesse, de la ménopause, ou en tout cas, peur de l’absence de désir éprouvé à son égard.
Bien que ces peurs soient légitimes, elles établissent un manque de confiance chez Sylvie, et font d’elle une dirigeante beaucoup plus vulnérable qu’elle ne s’en donne l’air derrière son bureau.
Comme Madeline, Sylvie a tout de la quinquagénaire sexy et branchée, mais Sylvie s’attache beaucoup plus aux détails de l’amour et de l’attirance, aime cultiver le mystère auprès de son partenaire, et ne déroge pas à la jalousie, ressentie par bon nombre d’entre nous.
Pour conclure, à l’instar de Madeline, Sylvie est forte et a de l’assurance à revendre. Néanmoins, elle n’est pas cette femme parfaite presque robotisée issue de Chicago.
Elle est cette femme complexe et déterminée, humaine derrière les apparences.