Emily in Paris

Emily in Paris et les clichés sur les femmes qui dirigent

Réalisée par Darren Star (Sex And The City, Younger, Beverly Hills…), et sortie le 2 octobre 2020 sur Netflix, Emily in Paris met en scène l’histoire d’une américaine originaire de Chicago qui accepte un poste de directrice marketing au sein d’une agence de communication située… En plein cœur de la ville lumière. Si les personnages masculins intriguent et font jaser, ce sont bien les femmes qui tiennent les rênes de la série. Entre clichés et réalités, quelles analyses peut-on extraire de leur comportement ?

Madeline, ou la femme d’affaires made in USA

Le pilote démarre à Chicago, avec un dialogue enthousiaste entre Emily Cooper (rôle attribuée à l’actrice Lily Collins) la future touriste, et Madeline, sa boss numéro 1. Cette dernière est tirée à quatre épingles, coiffée avec précision et chiquement vêtue de bleu, de la tête aux talons aiguilles.

En femme responsable, elle consacre du temps à Emily et s’extasie lorsqu’elle apprend qu’elle est nommée directrice marketing chez Savoir, filiale française d’un grand groupe international (Gilbert).

Elle va même jusqu’à se taper dans les mains, et se vanter auprès de sa subalterne d’être diplômée d’un master de Français (sous couvert de lui donner une leçon de professionnalisme).

Attentionnée, elle confie à Emily une réunion importante avec un client spécialisé dans le traitement du colon irritable, persuadée qu’elle a toutes les compétences nécessaires pour s’en charger.

Autrement dit, avant qu’elle ne finisse par vomir dans sa poubelle de bureau dues aux nausées causées par une grossesse visiblement insoupçonnée, Madeline envoie du rêve.

Sur le plan managérial, elle se montre attentive et concernée. Sur le plan professionnel, elle est surdiplômée, elle assure partout où elle va. Sur le plan physique et vestimentaire, c’est une quinquagénaire américaine sexy et sûre d’elle, sa queue de cheval est impeccable et presque intimidante de perfection.

N’importe quel Français reconnaît dans cette introduction la fâcheuse manie américaine de vouloir à tout prix « Vivre pour travailler », et non pas « Travailler pour Vivre ». C’est sûrement là le premier cliché de la série, lequel ne s’attache pas en premier lieu aux mauvaises habitudes françaises, mais bien aux maniaqueries américaines.

Sylvie, femme forte « à la Française »

En parlant d’hexagone, qui est la directrice de Savoir, de l’autre côté de l’Atlantique ?

À Paris, dans un petit immeuble haussmannien donnant sur une belle cour pavée, Sylvie (jouée par Philippine Leroy-Beaulieu) dirige sa société luxueuse d’une main de fer, en misant essentiellement sur ses propres idées et intuitions.

Lorsqu’Emily voit sa french supérieure pour la première fois, elle apparaît dans une combinaison noire, les cheveux détachés. Si elle porte des talons aiguille, tout aussi imposants que ceux de Madeline, l’attitude de Sylvie se démarque en tous points. Sa posture, tout droit inspirée de Meryl Streep dans le diable s’habille en Prada, en dit long sur son caractère lunatique, si ce n’est colérique.

Dès le départ, Emily va se heurter à la psychologie complexe d’une Sylvie intraitable avec ses employés. La première phrase que cette dernière adresse à Emily annonce des débuts difficiles : « Bonjour ! Je ne vous attendais pas avant demain. »

Un message de bienvenue déstabilisant pour l’américaine, traduisant cela dit une situation parfaitement plausible à Paris [je vous en parlais justement dans mon précédent article Comment j’ai cherché un emploi en 2020 (et me suis retrouvée à refuser un poste)]. Malgré une excellente communication externe, la communication interne d’une agence s’avère parfois médiocre.

Si tout le bureau déprécie Emily, Sylvie fait de sa présence une affaire personnelle, lorsqu’elle s’aperçoit que son amant Antoine (incarné par William Abadie) tente de séduire maladroitement l’américaine au cours d’une soirée alcoolisée. Une preuve, du moins cinématographique, que les hommes et l’alcool ne font pas toujours bon ménage.

Car la séduction, Sylvie la chérit plus que tout, elle connaît les règles du jeu et se délecte d’une vision finalement assez machiste de la femme Française, prête à tout donner pour un homme. Passéiste, cette perception ne se réduit certainement pas qu’à un cliché indémodable, dans la mesure où cela traduit chez ce personnage une peur de la vieillesse, de la ménopause, ou en tout cas, peur de l’absence de désir éprouvé à son égard.

Bien que ces peurs soient légitimes, elles établissent un manque de confiance chez Sylvie, et font d’elle une dirigeante beaucoup plus vulnérable qu’elle ne s’en donne l’air derrière son bureau.

Comme Madeline, Sylvie a tout de la quinquagénaire sexy et branchée, mais Sylvie s’attache beaucoup plus aux détails de l’amour et de l’attirance, aime cultiver le mystère auprès de son partenaire, et ne déroge pas à la jalousie, ressentie par bon nombre d’entre nous.

Pour conclure, à l’instar de Madeline, Sylvie est forte et a de l’assurance à revendre. Néanmoins, elle n’est pas cette femme parfaite presque robotisée issue de Chicago.

Elle est cette femme complexe et déterminée, humaine derrière les apparences.

Bref… Une illustre citadine parisienne !

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