Rédaction web : les 5 clichés du métier ✒️

rédaction web

Pour certains, écrire des articles relève du simple passe-temps, un hobby ordinaire, tantôt chronophage, tantôt exaltant. Pourtant, la rédaction web, c’est un vrai secteur, un vrai métier, qui n’est pas à la portée de tout le monde, même s’il est très prisé ces derniers temps.

Alors c’est parti pour un petit brainsto’ des 5 clichés qui perdurent, menant la vie dure à de nombreux rédacteurs et rédactrices partout en France.

« Ce n’est pas intéressant »

La rédaction web ? Non merci, sans façon, ça ne m’intéresse pas, répondent souvent ceux qui ne connaissent rien au métier. Pourtant, cela revient presqu’à dire que l’écriture ne sert à rien.

Autant dire qu’on sait tous à quel point l’écrit, malgré toutes les dernières avancées en matière de communication,  reste indispensable. Nous envoyons tous des textos, des messages via les messageries Facebook, WhatsApp, ou encore Instagram. Nous sommes tous des accros aux petites anecdotes entre potes sur smartphone.

Mais au fait, comment on se raconte des histoires au quotidien, et à distance ? En passant par notre clavier.

écrire rédaction

De plus, la rédaction web n’est pas centrée sur elle-même, les rédacteurs sont peu nombreux en général à se consacrer uniquement au thème de la rédaction elle-même, non il s’agit très souvent pour eux d’aborder toutes sortes de thématiques très variées, du digital, au monde du travail, en passant par l’environnement, l’égalité, la peinture, la musique, le chant, l’Histoire, la Géographie, la Politique

Si vous avez un diplôme de Géopolitique, vous pourriez très bien tenter votre chance auprès de journaux ou de magazines branchés conflits internationaux par exemple.

Si vous avez un diplôme de Lettres modernes, pourquoi ne pas vous lancer dans la critique littéraire, ou même, lancer votre propre blog de littérature ?

Ce qu’il y a de génial dans la rédaction web, c’est la polyvalence, le côté touche-à-tout.

Alors lâchez-vous, et tentez l’expérience !

« Ça ne rapporte pas assez »

Si le métier de journalisme détient sans doute la palme d’or de la précarité, la rédaction web, ce n’est pas tout à fait la même chose (et quand bien même, me direz-vous, certains journalistes s’en sortent à merveille grâce à leur réseau). En effet, la rédaction web se pratique souvent avec un statut de freelance, donc d’auto-entrepreneur.

En freelance, les tarifs pratiqués en rédaction web ne correspondent pas à ceux des piges. Par exemple, pour des articles de 500 mots, vous pouvez très bien être rémunéré 150 € et plus, selon votre employeur. La grille tarifaire varie selon votre niveau, votre expérience, vos savoirs-faire en termes de SEO, votre style, mais surtout vos besoins.

Vous devenez votre propre boss !

rédaction business

À noter également qu’en tant que rédacteur ou rédactrice web en freelance, vous pouvez développer votre propre portefeuille clients.

Exemple : si une boite d’électroménager vous contacte pour rédiger des articles sur leur derniers modèles d’aspirateurs, rien ne vous empêche d’accepter cette autre mission rédactionnelle que vous propose votre coach Yoga préféré.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Que vous pouvez cumuler plusieurs revenus en même temps, à condition d’avoir assez de temps pour mener à bien vos objectifs.

Autrement dit…

C’est la Li-ber-té ! Thématique, et financière.

« Écrire pour Google ? Non mais allô ! »

J’entends autour de moi des petites rumeurs amusantes qui se créent, selon lesquelles écrire pour le web revient uniquement à contenter les algorithmes Google. C’est plutôt à ce type d’énormes clichés que j’ai envie de crier : « non mais allô ! »

Non mais allô : Google en 2020, ce n’est plus la top priority des rédacteurs web, même si bien sûr toutes les entreprises souhaitent apparaître en page 1 sur Google, ça ce n’est un secret pour personne. Cela dit, ce qui est vital ces derniers temps, c’est l’aspect humain, et le lien créé entre le rédacteur et son lecteur.

C’est bien de savoir écrire, encore faut-il intéresser une communauté !

écrire communauté

Si vous écrivez un article intitulé « Les chaussettes de l’archiduchesses, un bon rapport qualité prix ? » mais que le contenu de celui-ci est centré sur la personnalité de l’archiduchesse, c’est mauvais Jack. Tout le monde s’en fout de l’archiduchesse, ce que les lecteurs veulent connaître, c’est la matière des chaussettes : est-elle soyeuse ? Rugueuse ? Sont-ce des chaussettes de luxe, ou réservées à de pauvres hères ? Et ces chaussettes, combien coûtent-elles ?

Bref, il faut arriver à captiver l’attention, non pas de Google, qui est loin d’être ce grand manitou imaginaire auxquels tout le monde semble se référer, mais de vos lecteurs, selon leurs intérêts, selon votre cible (les jeunes, les adultes, les personnes âgées…).

Ce qui compte c’est la PER-TI-NENCE ! L’attribut essentiel d’un bon article.

« J’ai eu 20 en Français au BAC. Écrire ? Trop easy »

OK, pour certains génies de la langue Française, l’écriture, c’est du gâteau. 

Néanmoins, la rédaction web, c’est un peu différent. Déjà, tu n’écris plus sur une feuille quadrillée format A4, et tu ne dois pas rendre de copie à Madame Caznov, la sexagénaire sexy et sympathique dont tu étais le petit chouchou – ou chouchoute en Terminale B.

Là, il s’agit d’écrire pour un très grand nombre de personnes, y compris celles et ceux qui ne comprennent rien au sujet que tu traites. Il faudra donc veiller à être précis, concis, direct, ne pas utiliser de termes trop péremptoires, selon, bien sûr, le site pour lequel tu écris. Excuse-nous si tu as déjà écrit dans les Cahiers du Cinéma, là bien sûr, c’est une autre histoire.

écrire easy

Il faut également garder à l’esprit la stratégie de contenu du journal, du magazine ou de l’entreprise pour lequel – laquelle vous rédigez. Autre prérequis important : connaître les bases du référencement naturel.

Si les balises H1 / H2 / H3 ne vous parlent pas, nous vous recommandons de faire quelques petites formations avant de songer sérieusement au métier. Il existe également des cours et des tutos en ligne pour tous ceux qui débutent.

La clé ? Savoir respecter une ligne éditoriale, et comprendre les enjeux du SEO.

« La rédaction web ? OK, si je n’ai pas le choix. »

Pour d’autres, la rédaction web, c’est quasiment une insulte réservée à ces pauvres chômeurs qui n’ont pas trouvé de meilleur emploi.

Figurez-vous qu’on est quand même hyper nombreux à vouloir faire de notre passion un métier, et pour ma part, l’écriture est ma passion. En vivre, ce serait donc mon rêve. Pour moi et pour beaucoup d’entre nous, je ne pense trahir personne en affirmant que l’écriture est bien plus qu’un simple loisir.

écriture rêve dream

La rédaction web nous aide d’ailleurs à vivre plus sereinement dans cette société hyper connecté, cette activité s’avère très épanouissante sur le long terme, puisque grâce à elle nous pouvons communiquer nos envies, nos passions, nos désirs. Écrire, c’est aussi partager, créer, inspirer, insuffler à des lecteurs un élan, celui de continuer à lire, celui de se lancer dans l’écriture

Écrire, c’est un choix de vie galvanisant et stimulant pour ceux qui osent s’y aventurer.

Alors pourquoi ne pas essayer ? ☺️

 

 

 

Comment j’ai cherché un emploi en 2020 (et me suis retrouvée à refuser un poste)

EMPLOI FEMMES

Début octobre.

Voilà des semaines que je recherche du travail de manière acharnée, soit en passant par des plateformes digitales connues de tous (LinkedIn, Indeed…) soit en appelant directement les entreprises et en cherchant LE bon contact. Ce collègue sympa, qui acceptera de dire à son boss :

« Tiens, j’ai eu une littéraire au téléphone, ça pourrait être utile pour notre site. T’en penses quoi (Roger) ? »

Malgré bon nombre d’appels, de candidatures spontanées, de CV envoyés, de lettres ludiques (et je l’espère originales), soit bien plus de 500 candidatures au compteur… Je n’ai finalement reçu que quatre messages vocaux positifs, tous transmis à huit heures du matin, horaire ma foi assez matinal pour une jeune insomniaque, dopée à la candidature simplifiée nocturne.

À la ruée du CDD

J’avais donc en tout quatre rendez-vous, pour quatre postes distincts.

Le mercredi, à onze heures, dans un cabinet d’architecture des Grands Boulevards. À quatorze heures le même jour, j’étais conviée à un entretien au sein d’une boulangerie réputée du 2ème arrondissement parisien. Le jeudi, c’était baby-sitting party à neuf heures, et l’après-midi, voyage à Boulogne Billancourt pour convaincre une recruteuse de mes facultés à vendre des chaussures en cuir.

Temps de trajet estimé depuis mon appartement non loin de la rue de Crimée ?

40 minutes minimum. Le timer était lancé !

Vêtue de ma plus belle veste imprimée noir et blanc (tendance certifiée cet automne), et armée de mon sac à main ELLE Elite en cuir noir acheté au Pérou dans l’équivalent des galeries Lafayette à Lima, je démarrais ma conquête professionnelle la poitrine haute et le cœur léger. J’allais enfin socialiser avec le monde professionnel.

À onze heures moins cinq, je sonnais à la porte de l’atelier pour rencontrer Carine*, directrice associée d’un grand atelier d’architecture parisien. Réjouie d’être arrivée à l’heure et dans des conditions optimales, je n’attendais plus que la porte s’ouvre. Cécile*, l’assistante de direction, me souhaita la bienvenue et me dit poliment de patienter quelques instants car une réunion importante était en cours.

Postée devant un placard à balai et observant minutieusement la photosynthèse d’une plante verte ayant certainement pour but d’évoquer la gloire du minimalisme écologique, la dame que j’allais rencontrer me fit attendre ainsi un bon quart d’heure.

Ce qui bien sûr n’a l’air de rien sur le papier, mais n’en demeure pas moins quinze longue minutes d’anxiété pour tout candidat déterminé.

Moment de grâce

Une fois ce laps de temps écoulé, Carine* ouvrit la porte et me fit asseoir sur un tabouret près de son bureau et de son fauteuil design. Les premières phrases à mon égard furent élogieuses.

 

« Vous avez un CV remarquable. Ce qui me rassure vous voyez, c’est le fait que vous étiez en prépa. Il n’y a rien de tel pour y apprendre la rigueur, la diplomatie… Des qualités qui vous aideront toute votre vie. Avec ça, vous irez partout. »

Tâchant d’oublier les horribles souvenirs liés à mes cours de classe préparatoire littéraire, et la façon dont je m’étais sentie seule, incomprise et inculte notamment en deuxième année, je forçais mon plus grand sourire derrière mon masque chirurgical. Ce qui ne manqua pas de donner à mes yeux un air de bananes miniatures. En effet, j’étais fière du chemin parcouru.

Mais la classe préparatoire ne m’avait pas appris la rigueur, la diplomatie. Je ne m’étais jamais montrée aussi odieuse, têtue, égoïste et bornée qu’en cours de latin.

[Je me rappelais le jour où j’avais affronté ma professeure d’allemand, pour défendre mon amie Sarah qui avait travaillé toute une nuit sur son devoir et qui s’était tout de même récolté un cinq sur vingt alors que n’importe quel Berlinois aurait été conquis par l’essai de mon acolyte. Cela nous avait malencontreusement valu de nous faire éjecter toutes les deux.]

Qu’importe, je me glissais dans la peau de la jeune fille de bonne famille bien éduquée et répliquais que j’étais ravie d’être passée par là.

Par la suite, au lieu de demander immédiatement mon salaire, je m’exprimai au sujet de mes expériences passées et des « projets » mis en place pour booster la notoriété de mes précédentes entreprises sur les réseaux sociaux. Je me « vendais », pour ainsi dire.

Mes propos firent sourire. La directrice associée m’informait alors que son atelier avait bien besoin d’aide sur l’aspect communication, et que j’étais a priori la personne qu’il leur fallait. Elle nota très brièvement le caractère administratif de mes futures missions, que je relevais avec le sourire mais sans m’y attarder.

Ne me serrant pas la main en raison du Covid-19, Carine* me dit qu’elle me tiendrait rapidement au courant de la suite de la procédure de recrutement.

Satisfaite de cet échange, je sortis de l’atelier tout sourire et avec une vague impression d’avoir assuré. Je n’oubliais pas pour autant mes autres entretiens, et passais une journée, bien chargée, à l’extérieur.

Premières impressions

Le lendemain, vers quatorze heures, je reçus un message de Carine* sur Indeed, mon profil avait été retenu et je devais commencer dès lundi, neuf heures.

Naturellement, j’effectuais dans mon appartement quelques pas de danse, devant mon futur partenaire de PACS abasourdi. Je prenais la nouvelle comme une victoire, après toutes ces heures passées à guetter la moindre opportunité faite pour moi.

Le reste de la semaine défila en un éclair, rythmée par mon nouveau centre d’intérêt : l’architecture. Je me mis à lire une multitude d’essais en ligne, et réalisai une veille complète du secteur, visitant des sites que je n’aurais sûrement jamais eu la curiosité de regarder plus tôt.

Après tout, l’architecture est et restera un art majeur. C’était l’occasion rêvée d’en apprendre quelques notions et des termes prisés du milieu, notamment l’expression « îlot urbain », ou encore le mot « soubassement ».

Passé cet apprentissage de dernière minute, je me mis en tête de commencer en beauté.

Le jour J pointa le bout de son nez, et à neuf heures moins dix, j’étais déjà sur le pont.

En ouvrant la porte, l’assistante de direction me salua, mais parut stupéfaite de me voir à l’atelier.

« Je n’ai pas du tout été informée de ton arrivée, ça va être compliqué… »

Si cette première phrase m’inquiétait, je ne déformais pas pour autant ma joie de vivre, et lui apportais aussitôt mon aide pour la moindre de ses occupations. Pressée, elle m’avisa d’un point communication à préparer dans… la cuisine.

Objectif immédiat ? Remplir vingt-cinq tasses de cafés avec soin et installer chaises et tabourets. Je l’y aidai discrètement, en attendant patiemment de voir Carine*, afin de signer mon contrat et discuter plus précisément de mon rôle au sein de l’atelier.

Elle finit par arriver en même temps que tous les autres, et bien qu’elle me salua, ne prit pas la peine d’engager une véritable discussion avec moi. Elle demanda simplement de me présenter lors de sa prochaine prise de parole, afin que tout le monde me situe. J’acceptai poliment.

Lors de ce fameux point communication, Carine* prit conscience que nous étions trop nombreux dans la pièce et que ce n’était pas très Covid-friendly, suite à quoi elle proposa à tout le monde de se décaler dans la grande salle à l’entrée. Personne ne prit la peine de boire son café et ce fut le plus grand gaspillage d’espressos qu’il ne m’ait jamais été donné de voir.

Illusion… et temps perdu

Successivement, s’enchaînaient des exposés précis sur les projets de construction ou de réhabilitation en cours, tous plus intéressants les uns que les autres, et probablement passionnants pour des férus d’architecture (soyons honnêtes, je ne comprenais pas grand-chose au métier).

Puis, Carine* prit la parole et m’introduisit auprès de l’équipe, tout en me passant le micro.

« Bonjour, je m’appelle Elvire, j’ai 25 ans, je suis diplômée de lettres métiers de l’écrit, de communication digitale et de relations presse, je suis ravie de rejoindre votre équipe aujourd’hui ! »

Gênée mais enjouée, mon speech provoqua de nombreux rires camouflés, mes collègues devaient être conscients de la situation embarrassée dans laquelle se trouvent d’ordinaire tous les nouveaux arrivants.

Tous regagnèrent finalement leur open space, et Carine* me fit signe de la suivre dans son bureau, accompagnée de Cécile* pour me briefer la journée. À toute vitesse, elle me confia quelques éléments clés puis revint à ses moutons, me laissant seule avec l’assistante de direction qui me présenta mon nouveau desk.

La journée commençait à battre son plein, entre fichiers administratifs à placer au bon endroit sur le serveur, à renommer de telle façon à ce que tout soit clair pour les employés… Je n’avais toujours pas trouvé l’occasion de discuter concrètement de mon contrat et de mon salaire avec la directrice associée.

À l’heure du déjeuner, j’étais soulagée, j’étais totalement perdue par les explications de Cécile* et pour moi ce fatras administratif n’avait ni queue ni tête, même si j’y mettais du mien pour l’assister dans ces tâches rébarbatives. J’avais besoin de réconfort et de dialogue humain, c’est pourquoi je passais le déjeuner avec deux architectes sympathiques comme tout, affables, mais malgré tout peu enclines à m’expliquer plus que quiconque ce que j’allais bien pouvoir faire ici.

Des connexions intellectuelles profondes se nouaient à table entre elles deux, à propos de projets dont je n’avais qu’une conception très vague. Nulle âme ne me posa la moindre question, j’avais l’impression qu’il était de mon devoir de les suivre dans leurs raisonnements architecturaux.

Malgré quelques phrases bateau prononcées dans une certaine forme de désarroi, je ne parvins pas à trouver ma place auprès d’elles.

L’après-midi s’amorçait, et Carine* était toujours occupée, soit par des réunions, soit par des coups de téléphone, soit par des questions variées de la part de Céline*…

Si je déployais tous mes efforts pour comprendre les procédures liées au métier de Céline*, l’absurdité de ma position commençait à frôler le ridicule. Il était certain que je n’étais pas venue pour cela.

Toutes les demi-heures, je demandais poliment à ma consœur si Carine* pouvait me recevoir un instant dans son bureau. Les retours négatifs s’enchaînaient et mon ardeur décrut au fil des heures.

Me serai-je méprise dans ma manière de le demander, ces requêtes lui semblaient-elles impolies ? Je ne savais plus où me mettre.

Sur le coup de dix-sept heures, ou plutôt dix-sept heures quarante-cinq, j’osais le tout pour le tout en ouvrant tout simplement la porte du bureau de Carine*.

« Peut-on discuter de mon contrat ? » demandai-je une énième fois. Elle était encore occupée au téléphone et d’un geste de la main (et par un haussement agacé des sourcils) elle me renvoya à mes occupations.

J’attendis encore, jusqu’à dix-huit heures environ, et j’allais prendre mon manteau et partir quand Carine* s’approcha de mon poste, pour me demander si j’avais déjà une mutuelle.

Surprise de cette interrogation, je restai pantoise et ne sut répondre immédiatement. La voyant rebrousser chemin, je répliquais aussitôt que je ne savais pas si ce poste était fait pour moi dans la mesure où j’avais été plus secrétaire que communicante en cette première journée de travail.

Elle s’installa à son bureau, et me demanda à nouveau si j’avais déjà une mutuelle. Sur le moment, je ne m’en souvenais absolument pas et je ne savais que répondre.

Je décidai de recentrer l’attention sur la non-signature de mon contrat et la non-déclaration de mon salaire lors de notre premier rendez-vous.

Exaspérée, elle rebroussa chemin jusqu’à son bureau. Étonnée, je décidai de la suivre pour obtenir le fin mot de l’histoire. Debout face à elle, qui se tenait droite devant une superbe maquette architecturale, j’osai l’interroger une bonne fois pour toute.

« J’aimerai connaître mon salaire s’il vous plaît. »

Elle haussa les sourcils, leva les yeux au ciel, l’air de réfléchir à un montant approprié, puis m’indiqua enfin quelques chiffres.

« 1 400 euros. » Un silence s’installait. « Brut. » 

Cette nouvelle m’assommait, c’était un salaire décent, mais je ne m’étais jamais sentie aussi peu à ma place dans cet atelier. L’architecte en chef ne m’avait pas salué de la journée. On ne m’adressait pas la parole, sauf pour me dire bienvenue, bon appétit ou merci pour le document B434. Comme si je n’étais pas capable de comprendre l’univers de ces passionnés d’architecture. Comme si je n’étais pas au bon poste, pour cerner les enjeux cruciaux de cette agence.

Au chômage, je gagnais presque l’équivalent de ce salaire.

Je pris un instant pour inspirer et me donner du courage.

« Merci, mais ça ne va pas me suffire. Merci de m’avoir recruté, et bonne continuation. »

Disant ces mots, je refermais la porte lentement, sur une directrice associée interloquée et prête à mordre.

Cette journée, que je qualifierais de voyage en terre inconnue, m’a fait prendre conscience des erreurs à ne jamais reproduire sur le plan professionnel. Voici mes recommandations pour éviter ce genre de situation.

  • Une fois l’entretien terminé, abordez subtilement la question du salaire.

S’il s’agit d’un terrain vertigineux – certains RH recommanderont sans doute de ne pas y entrer dès la première rencontre pour éviter d’avoir l’air « intéressé » – n’hésitez pas à vous y glisser à la fin de l’entretien. Vous vous apprêtez à quitter la salle de réunion, mais vous avez oublié un détail essentiel et vous ne savez pas comment mettre le sujet sur la table. Prenez une grande inspiration, et demandez gentiment une estimation de votre salaire. Vous n’avez pas nécessairement besoin du montant exact, mais vous pouvez vous projeter grâce à une fourchette. Vous êtes parfaitement légitime quant à vouloir vous projeter financièrement. Cela ne fait pas de vous un monstre cupide, mais un être humain qui a du respect pour lui-même.

  • Ne commencez jamais un travail sans avoir signé de contrat.

Un ou une directrice associé(e), un DAF, un responsable RH vous intime l’ordre de commencer demain à huit heures. Ne vous enflammez pas et ne répondez pas « affirmatif » de sitôt. Vous n’êtes pas un soldat, mais un futur employé. Si vous n’avez rien signé, que l’on ne vous a pas demandé quelques documents essentiels pour constituer votre contrat (carte vitale, RIB, documents d’identité, mutuelle…), répondez poliment que vous irez après lecture, révision, et signature du contrat. Vous éviterez des déceptions et pourrez passer à la suite bien plus rapidement. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »

  • Demandez des informations précises sur le poste que vous allez occuper.

Vous avez postulé pour un poste de responsable marketing, mais vous gérez des réservations de billets de train le premier jour ? Il y a comme un hic. Pour contrer les déconvenues, posez des questions précises, obtenez des réponses honnêtes.

  • Projetez-vous : êtes-vous sûre de travailler pour une entreprise qui partage vos valeurs ?

Si vous êtes vegan, voire même un vegan curieux et ouvert sur le monde, cela ne va pas vous réjouir tous les jours de travailler dans une boucherie chevaline. Inversement, si vous adorez la viande rouge, peut-être ne serez-vous pas pleinement épanoui en bossant dans une boutique veggie. De même, si vous ne connaissez rien à un secteur, vous pouvez vous renseigner, chercher autant d’informations que vous le souhaitez, lire des livres qui en parlent, mais posez-vous la question au plus profond de vous : « Est-ce vraiment ce que vous voulez faire ? » Aujourd’hui, trop de personnes filent dans des secteurs sans prendre le temps de faire le point sur leurs désirs, ceux qui les rendront vraiment heureux et épanouis professionnellement. Faites la différence, choisissez la filière de vos rêves.

  • Ayez confiance en vous, affirmez-vous, osez exprimer clairement vos attentes.

Enfin, si vous ne vous sentez pas appréciée, voire même, vous avez l’impression d’être moquée dans le bureau d’à côté, ne perdez pas votre sang froid. Prenez confiance en vous, en vos talents, vos capacités. Vous n’êtes pas bon à jeter. Vous n’êtes pas à jeter tout court.

Très souvent, j’entends dire « Tout le monde est remplaçable ». C’est une phrase extrêmement triste et déshumanisante. Alors rejoignez le côté positif de la force. Devenez votre propre héros.

Osez faire la différence !