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Loev, une pépite insolite à dénicher sur Netflix

Sorti en 2015 et réalisé par Sudhanshu Saria, Loev raconte la romance de deux hommes que tout oppose. Disponible en VO sur Netflix, ce film vaut le détour non seulement pour son décor, la côte ouest indienne, mais surtout pour sa lucidité crue concernant l’homosexualité contemporaine.

Le long-métrage commence dans l’obscurité. Un choix que l’on devine déterminant dans ce drame romantique gay, la noirceur pouvant être reliée au tabou de l’homosexualité dans encore trop de pays civilisés. Un plan qui traduit l’idée que pour vivre sereinement sa sexualité, il faudrait appliquer l’adage : « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Un week-end « entre amis »

Dans un minuscule appartement de Mumbai, Sahil est fâché contre Alex, son petit ami qui non seulement n’a pas payé la facture d’électricité, mais a aussi oublié d’éteindre le gaz. Il repasse son linge à la bougie, tandis que son ami tente de l’apaiser en lui promettant de l’emmener à l’aéroport, chercher son ami de longue date, Jai.

Bel homme, cet ami arrive de Manhattan. À peine débarqué, il prend déjà des appels de l’entreprise qu’il dirige aux États-Unis. Sahil se réjouit de cette visite, il va pouvoir profiter d’un week-end de repos sans se soucier du manque de maturité de son petit ami Alex. Pour cette aventure de courte durée, il emmène Jai à Mahabaleshwar, dans un hôtel de campagne.

Déçus de ne pas avoir de lits doubles, ils interrogent le maître des lieux, qui, lui estime avoir bien fait : « On a mis deux lits simples, comme vous êtes des hommes ». Le confort, un luxe réservé aux femmes ?

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Cette simple affirmation ébranle le téléspectateur, et sous-entend (d’une manière hypothétique) que les hommes peuvent se passer de bien-être, du fait de leur robuste virilité.

Des sentiments mis à l’épreuve

Sahil et Jai passent l’éponge sur cet incident, et passent du bon temps ensemble. S’ils se chamaillent comme des enfants et semblent plus intimes à l’hôtel, ils hésitent à se prendre la main lors de leur balade en ville. Jai n’assume pas la proximité de Sahil, et pour aller plus loin, refoule son identité sexuelle. Cependant, Sahil, décontracté, essaie d’initier Jai à une certaine douceur de vivre, dans cette campagne indienne éloignée de la ville et de sa société en marche.

Jai ouvre petit à petit son cœur à Sahil, et félicite ses talents de chanteur-guitariste : derrière son masque de business man strict et rigoureux, Jai se réjouit du choix de vie de Sahil et semble vivre sa passion à travers lui.

Sahil déclarant subtilement sa flamme à Jai, même s’il demeure conscient du dangé lié à l’affirmation de son amour pour lui.

Seul hic de leur séjour : le manque d’argent de Sahil. En effet, en tant qu’agent artistique, il peine à trouver des perles rares et n’a pas les mêmes habitudes matérielles que Jai. De prime abord, Jai n’en a cure, lui offre une guitare, lui paie des restaurants et des réservations de chambre d’hôtel luxueux. Pendant la majeure partie du film, ils parviennent à éviter les détails qui les divisent, grâce, notamment à leur randonnée dans les Ghats occidentaux, un paysage paradisiaque et relaxant pour les deux tourtereaux.

Ce problème épineux les rattrape en ville…

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Le refoulement et ses ravages

Avant un diner, de retour en ville, Jai est furieux contre Sahil, qui a osé l’embrasser sur la joue pendant une réunion d’affaires (plus tôt dans l’après-midi).

Survolté, il s’acharne contre Sahil, et lui reproche d’être vénal, puis trop gentil avec lui. Perdu, il est déboussolé à l’idée de dévoiler aussi ouvertement son attirance envers lui, qui plus est devant des chefs d’entreprise « secrètement » homophobes. Il perd patience face à Sahil qui tente de calmer son agressivité. Jai finit par succomber à la haine, et viole Sahil sur leur matelas deux places. Bien que Sahil se débatte et refuse ses avances à de nombreuses reprises, la folie s’est emparée de Jai, qui se transforme en prédateur sexuel.

Cette scène on ne peut plus perturbante donne lieu à un long silence gêné et des excuses prononcées à demi-mot par Jai.

Jai, écoeuré de son propre comportement.

Tous deux rejoignent peu après Alex et un parfait inconnu dans un grand restaurant étoilé, et la suite de la soirée est empreinte de piques dues à la jalousie qu’éprouve Alex vis-à-vis de Jai. Les verres s’enchaînent et l’ami d’Alex fume joint sur joint à l’hôtel de Jai. Tandis que Sahil, incité par son petit ami, chante et joue de la guitare, Alex danse avec Jai, se donnant l’air invincible. S’avouant presque vaincu par l’attirance évidente des deux personnages, il rentre chez lui accompagné de l’invité indésirable. Jai et Sahil restent seuls et silencieux, jusqu’au moment du départ.

La rupture, seule issue possible ?

À la fin du film, les deux amis marchent côte à côte, une valise à la main, et tout indique qu’ils quitteront l’Inde ensemble. Au dernier moment, Jai s’adresse à Sahil, et lui demande de rester.

Sahil proteste, Jai lui explique qu’une fois avoir compris ce qui s’était passé, il lui en voudrait et que ça ne pourrait pas fonctionner. Sahil tente de le retenir, crie le nom de son amant, lequel s’en va le dos tourné.

Une fois dans l’escalator, on voit Jai écrire à Sahil « I love you. Sorry. » puis supprimer le « sorry ».

Nostalgique, il se voit embrasser Sahil dans les montagnes, alors qu’il est assis seul à boire de l’alcool dans un salon VIP.

Jai, de retour à ses mauvaises habitudes.

Sahil, toujours à l’extérieur, s’impatiente puis s’immobilise.

Alex est venu le chercher en voiture, et le ramène « à la maison ».

Il lui avoue n’avoir toujours pas payé la facture d’électricité… Mais Sahil s’en fiche complètement, ce qui ne manque pas d’étonner Alex.

Clairement, Sahil a d’autres chats à fouetter que de penser à une facture impayée.

Le film se termine sur un Sahil à la fois nostalgique mais jovial, finalement satisfait de retrouver son petit ami. Il va jusqu’à rire de l’oubli de paiement d’Alex, qui fait tout pour attirer l’attention de son conjoint.

Si l’on devait tirer une analyse constructive de cet ovni de Netflix, on parlerait bien sûr de la nécessité d’oser rester soi-même et de s’affirmer dans tous les aspects de la vie. Se construire en opposition aux valeurs que l’on chérit ne peut qu’apporter ressentiment et refoulement de notre sexualité, et celle-ci ne peut qu’être intimement liée à notre personnalité. Nier ses désirs revient à nier ce qui nous épanouit réellement.

Une leçon malheureusement trop facile à donner, étant donné le contexte social économique et politique en Inde, mais aussi aux États-Unis, ne permettant pas l’émergence des mouvements LGBTQI+.

Ce qui ne pouvait donner lieu, hélas, qu’à cette déchirure bouleversante.

Loev, de l’importance de la lutte LBGT à travers le monde !

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