Interview, deuxième partie : Borxaline façonne le chaos

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Après quelques verres au bord d’un canal pantinois, deux comparses continuent à discuter dessin automatique et sens de la vie.

Mais au fait, quelles sont les inspirations premières de Borxaline ?

Tout de suite, la suite de l’interview. 

Les influences de Clara Gouablin (Borxaline)

Elvire : Alors, tes artistes préférés ? Tu m’as parlé de Tim Burton ?

Clara : Ah non, pas du tout. C’est souvent ce que les gens disent à ma place, mais ce n’est pas moi.

Mais tu sais, je n’ai pas d’influences précises, ou du moins, pas conscientes.

Quand je dessine, je ne pense jamais à un artiste en particulier. Ce que je fais, c’est juste… ce qui me traverse à l’instant T. 

Ça peut paraître un peu prétentieux, mais je ne m’inspire de personne.

Elvire : C’est toi, tout simplement !

Clara : Exactement. Je dis souvent que je suis juste un réceptacle. Des choses se passent, et moi, j’écoute.  

Ah mais attends, faut absolument que je cite quelqu’un !

Il y a un artiste qui s’appelle Mind the Line, c’est l’un de mes super amis. Il a un style vraiment unique. 

On a même collaboré ensemble, le 30 juillet 2023 au moment de notre réel rencontre :

Elvire : Pff… Magnifique.

Clara : On est des façonneurs de chaos, meuf. C’est ça, l’idée! 

Elvire : J’adore. Ça va être le titre de l’interview.

Clara : meuf. J’ai même un tatouage qui représente le chaos sur le bras. Je te l’ai déjà montré, non ?

Elvire : Non, je crois pas !

Clara : Mais pourquoi j’oublie toujours les noms quand on me demande ?

Ah oui ! J’ai aussi un autre ami super doué, Antoine — sur Insta, c’est Solodib, ou Yasa Draw

On l’appelle « l’imprimante », parce qu’il galère avec l’imagination, mais il peut tout reproduire avec une précision folle. Il m’inspire énormément pour sa rigueur topologique. 

C’est un artisan du réel.

Elvire : Tu aurais des expos à recommander ?

Clara : Justement, la galerie du 27 rue Charonne — Galerie Art Factory.

Ils exposent Daniel Johnston et aussi Niels Bertho. Son travail est d’une finesse folle, hyper détaillé. Il a un motif récurrent : les araignées. Alors que de base, j’en ai une peur bleue.

Mais là, je les tolère. C’est dire à quel point son art me parle. 

J’ai peur de plein de choses, d’ailleurs : le bambou, l’alcool chez les autres, les araignées…

Elvire : Et côté musique ?

Clara : Daniel Johnston, toujours. Story of an Artist, cette chanson me foudroie…. Ça me donne envie de pleurer, direct.

Sinon, j’écoute beaucoup La Fieve de Maïro…

ou Cognac et cigarettes de Jungle Jack.

Ah, et j’oubliais : mon artiste préféré, celui qui a fait mes covers préférées, c’est dexter maurer. Il a bossé avec mudymonk, Bonnie Banane,…

J’adore Bonnie Banane, d’ailleurs un de ses clips a été réalisé par le même mec qui a fait la cover des Red Hot. Et aussi pour Antonin (L’Enfant), pour trop de choses à prouver.

Trop de talents autour !

Elvire : Des grosses références !

Clara : Ouais, j’espère pas dire de bêtises. J’ai toujours peur de me planter quand je parle de mes influences, surtout à cause de ma dyslexie. 

Mon cerveau fait parfois des sauts…

Mais c’est drôle aussi, ça donne un côté un peu… artistique, justement.

Mon pote vient de m’écrire, on va voir l’expo ?

Elvire : Un mot de la fin, peut-être ? Pour les jeunes artistes ?

Clara : Pfff… Je me sens minuscule. Une petite pousse, encore enracinée dans la terre. Je suis en construction, moi. Je ne me considère pas comme une référence.

Elvire : Et si tu pouvais t’adresser à n’importe qui ? Même à des morts.

Clara : Même à des morts ? Ok…

Van Gogh. Je t’aime. 

J’adore lire tes lettres à ton frère Théo. Elles me touchent profondément. Je me retrouve beaucoup dans ta solitude. Peut-être pas dans ton intellect, mais dans ta rage de créer, oui.

Je t’aime. Vraiment.

Ombre et lumières : Borxaline, la suite

— plus tard dans la soirée, avec quelques grammes d’ivresse dans la caboche —  

Elvire : T’as un chanteur préf ?

Clara : HAHAHAHA C’EST ORELSAN ! Pas du tout. 

J’adore Orelsan d’ailleurs. C’est un des artistes qui m’a le plus foutu de frissons dans la vie. Avec Current Joys

Pendant le confinement, j’étais chez mes grands-parents, j’écoutais Live at Kilby Court, avec “Kids” dessus, je crois. 

J’étais allongée sur le gazon, il y avait du soleil, je faisais des petits clins d’œil au ciel… Parfois j’avais des taches noires dans les yeux. 

C’était magnifique.

Bref.

La dernière fois, je disais que j’aime bien trafiquer le chaos. 

Ombre et lumière.

C’est aussi pour ça que je ne mets pas de couleurs dans mes dessins.

J’ai envie que les gens projettent les leurs. 

Parce que les couleurs, c’est des variantes, un spectre infini. Alors moi, je pose du noir et du blanc. Universel.

Et hop, dans ta tête, tu poses tes couleurs.

Là, on est en train de boire du ponche.

Elvire : Qu’est-ce qu’on vient de faire ? Tu peux nous expliquer un peu ?

Clara : On est allées voir des marionnettes automates… 

Ils avaient un petit strabisme, c’était envoûtant. 

Ça m’a grave rappelé l’enfance.

Et aussi le travail de Théordure sur Instagram. Il est aux Beaux-Arts depuis trois ans, il travaille justement sur l’enfance. Il est très doué.

Il fait des cabanes, des dessins… regarde ! Il est multitâche de ouf. Il fait des dessins très enfantins!

Elvire : C’est vachement lié à ce qu’on vient de voir, Ça me fait penser à Max et les maximonstres.

Clara : Voilà ! Tu vois son style ? 

Elvire : Carrément. Bon, question : un moment fondateur dans ton art ?

Clara : Je crois que c’est quand je me suis retrouvée seule. J’avais plus d’amis. Je venais de quitter un copain avec qui j’étais depuis trois ans. 

J’avais fait des bêtises… liées à ça. J’étais vraiment seule. 

Et moi, je ne peux pas dessiner quand il y a des gens. Quand je suis en relation, je deviens dépendante affectivement, je pense tout le temps à l’autre.

J’écrivais beaucoup à cette période. Je fonctionne par cycles : parfois j’écris, parfois je dessine. Et là, je suis à fond dans le dessin. 

Ça fait trois ans que je dessine activement. Mais petite, je dessinais déjà tout le temps. C’était mon seul moyen d’expression. Mes parents ne jouaient pas avec moi. J’étais seule dans ma chambre. Un peu sad, l’enfance, au calme ! *rires*

La meuf est dépressive depuis ses 6 ans. Non, pas du tout. Mais j’ai toujours ressenti de la tristesse. J’étais obsédée par ça, gamine.

Elvire : Et aujourd’hui, c’est quoi les émotions qui traversent ton processus créatif ?

Clara : L’urgence. Je ne sais pas si c’est une émotion. Mais ce sentiment-là, d’urgence de créer. Genre, dans 5 minutes je dois partir ? Allez, dessine. 

J’ai un cours de 3h ? Je vais dessiner pendant 3h. 

J’aime pas avoir le luxe du temps, sinon je fais rien. 

C’est comme ce truc de gosse : si mes parents meurent, je pourrai tout faire. Mais non. Tu pourras, mais tu feras pas forcément.

On est condamné à être libre, comme dirait Sartre. Tu peux vérifier. *rires*

Elvire : Tout à fait, j’ai fait de la philo ! J’adore ça.

Clara : Moi aussi. Énormément. Épicure surtout. Il parle beaucoup d’amitié dans Lettre à Ménécée. Pour lui, l’amitié, c’est ce qui nous maintient en vie. C’est les liens sociaux. 

Et ça, ça a été très dur à construire et à entretenir pour moi. Il m’a aussi aidée à relativiser sur la mort. 

Il dit que la mort n’est rien pour nous. C’est ceux qui restent qui souffrent. Ceux qui ressentent le vide, l’absence.

J’ai perdu quelqu’un de très proche. C’était un peu comme ma maman. C’est elle qui a fait le choix de partir. J’y pense tous les jours. Il y avait une photo d’elle et moi, petite, en fond d’écran sur mon tel — bon là c’est un ballon, mais l’image change à chaque fois. Elle était pharmacienne. C’est à sa disparition que je me suis vraiment mise à dessiner. C’était juste après l’épreuve de philo du bac, d’ailleurs. Mes parents sont venus me dire : ***** est partie. 

Avec un ton que je ne connaissais pas. J’étais choquée.

Maintenant… je suis anesthésiée. Je suis plus touchée de la même manière. 

Et puis, elle avait une fille, ma cousine. Elle a pris une maturité folle. Elle avait 11 ans. C’est elle qui l’a découverte. Mets ce que tu veux dans l’article. Si c’est choquant, ça attirera du monde. *rires*. Voilà, ma tante.

Elvire : Je croyais que tu ne savais pas te vendre ! T’as un bon sens du marketing.

Clara : Haha ouais. Je suis accro au sexe ! Non je rigole.

Elvire : Sexe, drogue, rock’n’roll ! *rires*

Clara : *Voix dramatique *

Écoutez, j’ai de gros problèmes avec le sexe.

Technique numéro 2. Sortez couverts ! 

Non plus sérieusement… j’adorais me bourrer la gueule avant de voir les gens. Je le fais plus depuis 4 mois. Mais avant, j’en avais besoin pour m’anesthésier encore plus, en clair, oublier que j’existais. 

J’avais pas l’impression d’être assez bien pour être moi, devant les autres.

Je me suis longtemps sous-estimée. 

J’ai cru que l’amour était conditionnel. Que pour être aimée, je devais être malléable. Et boire, ça me changeait. J’étais plus une boule d’anxiété, de contradiction, d’inquiétude. Parce que j’étais ça pour mes parents. Enfant désiré, peut-être, mais sûrement pas comme ils m’imaginaient.

J’ai subi des abus moraux dans ma famille. Y avait que des disputes. 

J’étais isolée. À l’école, je me faisais harceler. J’étais un peu le bouc émissaire.

Au lycée, des rumeurs ont circulé, finalement un condensé des insultes que je recevais  en primaire. 

Genre “sorcière” parce que j’avais un grain de beauté, les dents du bonheur, les oreilles décollées.

Je me suis fait recoller les oreilles. J’avais zéro respect pour moi-même. 

J’achetais des bonbons pour me faire des amis. Je me prostituais amicalement.

Aujourd’hui, heureusement, j’ai 3-4 personnes autour de moi qui m’ont fait comprendre que j’avais le droit d’être aimée. Mais c’est toujours dur. 

Tu me dis un truc gentil, ça me transperce. J’ai l’impression qu’on me flatte par pitié. Toute ma vie, on m’a dit que j’étais moche. Quand j’ai commencé à être jolie, je n’y croyais pas. Je pensais : si un jour j’ai un mari, ce sera juste pour mon intelligence ou ma capacité à écouter.

J’ai misé là-dessus. Puis j’ai capté que je pouvais plaire physiquement… et j’ai oublié mes autres capacités. 

Et parfois, j’ai l’impression qu’on me prend pas au sérieux quand je parle. Que je suis une plante verte.

Elvire : Tu n’es pas une plante verte !

Clara : Oui, bien sûr. Je suis une orchidée. Pauuuseee ! Ma plante préférée. Et mon tableau préféré ? Les fritières de Van Gogh.

Elvire : Fritillaires. Ça se dit fritillaire. Mon père est expert en plantes.

Clara : Est-ce qu’il frite les hierres ? C’est une plante ? 

Non, c’est une ville. 

Est-ce qu’il met les yerres dans la friteuse ? 

J’adore ton père. Il est géologue.

Elvire : Et astronome. Il connaît tout sur les oiseaux et les plantes.

Clara : Une expérience complète. 

C’est quoi déjà le mot pour les gens qui savent tout faire ? 

Le violon d’Ingres ? Non… Da Vinci ?

Bref. J’adore Van Gogh.

Apéro philosophique : Borxaline et le dessin automatique – Partie 1

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29 mars 2025 : par une belle après-midi ensoleillée, deux amies se retrouvent gaiement près de l’eau avec un café et un verre de vin, une tradition née de leur première rencontre au Sap’heur, un bar ma foi très sympa du dix-huitième arrondissement (serveurs détendus, prix divins, bonne musique, que demande le peuple).

Rapidement, le concept d’une interview vino-caféinée se fait sentir.

Ce ne sont pas les giboulées qui vont nous arrêter.

Elvire, rédac cheffe de Colette Magazine, tend le micro à Clara alias Borxaline, une artiste qui dessine.

Borxaline, who is she ? Première partie

Elvire : Allez c’est parti ! 

*Tchin Tchin*

Clara :  Trop drôle, ça va faire comme l’intervention de la dernière fois, avec le fou du bus qui explique un truc sur Jésus, je me souviens, ça m’avait fait marrer.

Elvire : Le fou de la gare de Dijon tu veux dire, dans l’interview de l’Enfant ?

Clara : Le fou de la gare, oui !

Elvire : Nous verrons. Bonjour Borxaline ! Et merci de nous accueillir au bord de ce canal, c’est quoi, c’est le canal de l’Ourcq je crois ? (NDLR : dit-elle alors qu’elle habite à Pantin depuis presqu’un an)

Clara : Ouais, ouais, c’est à Pantin quoi.

Elvire : À Pantin ? (NDLR : s’enquiert-elle, visiblement en plein épisode hallucinatoire).

Clara : Ouais, il y a des petits pantins là, sous le pont, regarde.

Rires

Elvire : Alors, déjà première question, d’où vient ce nom d’artiste, Borxaline ?

Clara :  Eh bien, ma chère Elvire, je pense que ce surnom est un sous-nom finalement, parce que je le trouve assez nul en réalité. Ça fait un peu pitié quand tu décomposes le mot Borxaline, c’est-à-dire qu’on a le bordel finalement dans lequel je baigne en général. 

Puis s’ajoute à ça le fait que pendant longtemps j’ai été sous Xanax, donc je l’ai compacté avec ce premier mot. 

Et le fait que… Tout ce que je fais me provoque énormément d’adrénaline et je suis à la recherche de ça constamment, d’où le mot Borxaline, tout simplement. 

Et d’ailleurs pendant un moment, ma… Non, ça c’est…

Elvire : Hein ?

Clara : Non, non, mais j’allais dire un truc, mais en gros, de toute façon tu vas faire des…

Elvire : Bah déjà, je t’enverrai avant, si t’as envie de…

Clara : Ouais, ouais, ouais, ok, ok. Parce qu’il y a un moment où en gros, t’sais, j’ai eu un parcours psy, enfin je suis suivie depuis que je suis petite et tout. 

Et pendant longtemps, on pensait que j’avais un trouble borderline, ça faisait un peu stylé, dans l’application, un pseudo comme Borxaline, tu vois, ça fait Adrénaline, Borderline, Bordel, au bord de. Vu que je suis toujours au bord de quelque chose et je cherche beaucoup l’adrénaline dans mon quotidien.

Elvire : Ah, c’est vraiment intéressant ça.

Clara : Ouais, voilà.

Elvire : T’es toujours au bord de quelque chose ?

Clara : Ouais, toujours à la…

Elvire : T’es toujours au bord de…

Clara : DE LA MORT ! Non, je rigole. 

Je me mets beaucoup en danger, je prends beaucoup de risques. Un peu trop, des fois. J’ai l’impression que ça s’imprègne beaucoup dans ce que je produis. Il y a beaucoup de chaos et j’ai l’impression que c’est ce que je peux pas faire dans la vie que j’exprime dans mes dessins. Je peux pas créer un monde très onirique dans la vie, à part si je prenais de la drogue comme du LSD, mais j’en prends pas. 

Bref, je m’écarte.

Elvire : Mais du coup, qu’est-ce que tu peux pas faire dans la vie que tu exprimes à travers ton art ?

Clara : Je ne peux pas vivre dans mes rêves comme si c’était la réalité. 

Elvire : Euh pardon, y a des cygnes. Trop beau !

Rires 

Pardon ! Interlude ! 

Clara : Non, mais j’adore les oiseaux. C’est une dinguerie. Tu vois ça, c’est une expression de la vie. Magnifique.

Elvire : C’est un peu l’essence même de la vie, finalement.

Clara : Ben oui. On est tous une manifestation de la vie. C’est ça qui est dingue. Tant qu’on vit, en tout cas. Et c’est un signe, je pense !

Elvire : C’est un signe, carrément, du destin. Qu’il faut que tu factures tes oeuvres à plus de 10 mille euros.

Clara : Putain. Non, mais vraiment, j’ai ce truc… C’est impossible pour moi d’estimer mon art … “Mon art”. Tu vois, même le terme dire que je fais de l’art, c’est pas moi qui dis que je fais de l’art. Parce que pour moi, c’est devenu presque un truc vital de mon quotidien, comme respirer, me lever, manger. 

Ça fait tellement partie de moi que je vois tellement pas ça comme un travail, que donc je pourrais pas le monétiser. 

C’est pour ça que c’est… Je me sens jamais… Un peu comme une imposteuse, quand je dois facturer, tu sais, je suis en mode « Waouh ! » Qu’est-ce que je fais ?

Genre, sur la base du SMIC, SMIC horaire, je dois ajouter des taux, si jamais je dois payer l’URSSAF, quoi, je sais jamais. C’est pour ça qu’en général, je suis toujours très timide. Je sais jamais dire…Parce que ça vient naturellement, en tout cas, quand ça vient pour moi, et tu parlais, tout à l’heure des structures, c’est impossible pour moi de définir… 

C’est les autres, en général, qui me donnent le statut d’artiste. Toi en fait, tu fais juste ce que tu sais faire et les gens apparentent ça à de l’art et donc là tu deviens artiste. 

Enfin j’en sais rien ?

Elvire : Très bien.

Clara : Je parle beaucoup !

Elvire :  Quel est ton mode d’expression artistique préféré, si tu en as un ?

Clara : Le dessin ! Regarde. Je vais te montrer. Toutes mes heures de cours ! Quand je suis en cours, je me fais chier, je remplis le vide.

Elvire : *regarde dans le carnet* Ah ouais j’adore ! En plus c’est un beau carnet, un moleskine non ?

Clara : Non celui-là c’est Rougier&Plé. *page de pub*

Alors, c’est très aléatoire.Des fois, j’ouvre mon carnet en plein dedans, et je fais, ok, on va dessiner un truc là. C’est pas linéaire. Un peu comme le temps, tout ça… 

Elvire : Ça t’arrive de compléter tes dessins par des textes ?

Clara : Ouais, j’écris beaucoup aussi.

 J’écris de manière intuitive.

Je fais beaucoup d’écritures automatique, pareil pour le dessin, j’appelle ça du dessin automatique, si on veut.

Elvire : C’est-à-dire ?

Clara : Parce que ça vient comme ça, je fais un trait, et puis après, je me dis, mais attends, mais ce trait, il me fait penser au fait que je pourrai faire un rond là… et après si tu connectes le rond admettons, avec ce trait-là, on peut faire une plante ! Là, tu vois on peut imaginer des petites feuilles, et là, là… On sait pas trop ce que c’est ?

Rires 

Et là, les branches, ça fait une bouche. Et puis y’ a ça qui se passe, bam et je trouve ça génial.

Elvire : J’adore, j’adore.

Clara : Ça, c’est du dessin d’observation. *m’indique une autre page du carnet*

Elvire : C’est mignon, ça ! *voix de lémurien*

Clara :   Ouais, grave ! Bah j’adore. Ah, là, il y a des petits écrits.

J’avais des petits carnets attends… C’est quoi, ça ? Ah non, ça, c’est des notes de cours.

Parce que des fois, je suis attentive en cours. C’est rare.

Elvire : D’accord. Comment tu définirais ta capacité à te concentrer ? Est-ce que tu arrives à te concentrer facilement pour dessiner ? Ou est-ce qu’il te faut un contexte ? *cherche sa question* Ah voilà : Est-ce que tu as besoin d’un contexte particulier pour dessiner ?

Clara : Justement, il ne faut pas que ce soit un contexte pour dessiner. Il ne faut pas que ce soit un cours d’art plastique.

Par exemple, en cours d’art plastique au lycée, j’étais incapable de dessiner, tu vois ?

Il faut justement que ce ne soit pas le moment. Il faut justement que je sois dans l’inconfort.

Dès que je suis dans l’inconfort, j’arrive à dessiner. Dès que je suis stressée, j’arrive à dessiner. 

J’arrive à dessiner au téléphone. J’arrive à dessiner dans le métro, en cours, surtout en cours, du coup. En fait, c’est dès que je me défie un peu à être concentrée.

Parce que, si je suis juste là devant ma feuille à me dire que je dois dessiner… Incapable !

Juste, j’en suis incapable. 

Surtout si on me dit, dessine-moi une fleur, je ne vais pas pouvoir le faire. Il faut vraiment que ce ne soit pas le moment pour le faire. C’est pour ça que j’adore être en retard. Parce que…

Elvire : Ah ah ! YES ! Check.

Clara : Check. Parce que vraiment, je suis là chez moi et on me dit, tu dois partir dans 10 minutes, je fais, OK, attendez. Et là, je dessine en 10 minutes. 

J’adore me défier dans la création. Je trouve que c’est merveilleux et ça provoque une adrénaline. Parce que j’ai peur d’être en retard, et au final, ça me rend en retard. 

C’est un cercle vicieux.

Elvire : Le cercle du retard ! D’après une étude, il paraît que les personnes les plus créatives sont celles qui arrivent le plus souvent en retard.

Clara : Oui, bien sûr !

Elvire : Oui.

Clara : D’après l’étude.

Elvire : L’étude de la vie.

Clara : Ce n’est pas l’étude de la vie… Du cercle vertueux de la vie. En fait, bien sûr.

Elvire : Je vais vérifier cette étude plus tard. On ne sait jamais.

Clara : OK.

Une artiste sur Insta : abonnez-vous à @borxaline

Elvire : Alors, ta plus belle… enfin ton œuvre la plus réussie selon toi ? Et si elle est disponible quelque part, sur les réseaux sociaux, que nos chères lectrices et lecteurs puissent aller la consulter.

Clara : C’est celle que je suis en train de faire là, que j’ai mise en story. C’est un gros format où je me suis laissée porter finalement, par plein de petits éléments.

C’est surtout associé d’ailleurs à la…On me dit que j’orne beaucoup mes dessins avec de la végétation. Là, c’est un peu une jungle immense dans laquelle se retrouvent des animaux qui n’existent pas, en tout cas tu ne peux pas apparenter ça à un truc du quotidien.

Ça n’existe pas, ce que je dessine. C’est ça qui est cool.

Il y a une sorte d’oiseau, tu sais, avec des grandes ailes, qui cachent un gorille.

Elvire : Donc, ton monde idéal, finalement, serait parsemé de créatures… Fantastiques ?

Clara : Fantastiques ! Bien sûr. Il n’y a que de ça. Il n’y a que de ça. Rien n’existe !

Elvire : Pourquoi vouloir t’échapper ? 

Clara : Alors, c’est une bonne question… *réfléchis* Tu penses que je fuis le réel ?

Elvire : Ah mais c’est une excellente question que l’on peut tous se poser je pense… Aussi bien toi que moi. 

*ne réponds pas du tout à la question*

Clara : Oui je pense, c’est pour ça que quand t’écris, peut-être que c’est genre un moyen de dire des choses que tu ne vois pas dans le monde… Je ne sais pas.

Elvire : C’est peut-être quand j’écris aussi, parfois ça peut être un moyen de ne pas parler de moi finalement ? Par exemple, le fait que je sois en train de faire ton interview, ça veut peut-être dire, c’est cool là je parle des autres, pas de moi. 

Clara : De te dissimuler derrière le masque de l’intervieweuse actuellement, oui je vois très bien ! De mon côté, je pense que je me cache derrière mon art. J’adore, tu vois, quand je filme, parce que ça c’est un autre moyen d’expression, j’ai vraiment cette distance entre la réalité et le caméscope qui justement l’imprime. 

Mais moi, je ne suis pas concernée ! Vu que je relate ce qui se passe autour de moi, un peu comme si j’étais une observatrice. 

Surtout, j’ai l’impression d’être en intrusion dans la vie des gens…

Elvire : Tu as une approche documentariste ?

Clara : Oui, quand je filme des trucs ça s’apparente à du documentaire. Même si j’aime pas l’idée de mettre des mots précis sur les choses, de trop les définir, parce que  je me suis pas suffisamment accaparé les concepts de documentaire pour dire que je fais du documentaire… 

Mais disons que je filme, je capture mon phénomène au travers de la vie. 

Et après, j’aime créer des réalités alternatives via le montage. 

J’adore faire ça ! 

Et j’adore l’alcool.

Elvire : OK je note ! *ne s’attendait pas à cette intervention*

Rires. 

C’est quoi ton alcool préféré ?

Clara : Très bonne question ça ! Je te dirais basiquement la bière, mais en ce moment beaucoup l’amaretto. Mais bon, j’essaie d’arrêter de boire, enfin de réduire ma consommation parce que je m’oublie trop après, et je finis dans l’inconfort que j’essaie de décrire dans mes dessins. Je deviens inconfortable pour les autres, et je suis trop proche des autres, aussi, c’est un problème.

Elvire : Tu as l’impression de te livrer…

Clara : en fait j’ai aucun code social, je joue pas à des jeux sociaux. Je suis juste moi et des fois ça met les gens mal à l’aise, parce que j’ai jamais réussi à vraiment porter un habit qui soit… Je sais pas, j’ai pas de costume en société !

Mon masque est compliqué, parce que je fais beaucoup de mimétisme pour m’intégrer, depuis que je suis petite.

Disons que ça reste assez à côté de la plaque…Je suis à côté de la plaque avec les gens en général. Enfin je trouve ? C’est un peu mon impression.

Elvire : Tu dirais que tu fais de l’anxiété sociale ?

Clara : Ah oui complètement ! J’ai eu une période de phobie sociale immense

 parce que j’étais harcelée pendant ma primaire et mon collège. Du coup, j’ai été beaucoup isolée. 

Je dessinais pas encore beaucoup à cette époque, voire carrément pas. 

J’avais pas trop de repères. Et j’avais peur en fait d’aller vers les gens, parce que les gens me rejetaient frontalement.

Alors qu’aujourd’hui les gens veulent bien de moi

Mais du coup je me sens un peu… Pas légitime d’ aller vers eux, parce que j’ai toujours ce truc marqué en moi, comme une empreinte qui dit “non, les gens vont te rejeter”.

C’est pour ça que des fois l’alcool m’aide à oublier cette peur.

Surmonter ses peurs grâce au dessin : suite et fin

Elvire : Comment décrirais-tu cette peur ?

Clara : Je dirai, la peur que les autres ne me laissent pas exister dans leur paysage à eux, que je sois abandonnée. 

Bon laisse tomber, c’est sad là !

Elvire : Ah mais c’est pour ça qu’on s’aime bien ! Moi aussi j’ai peur de l’abandon.

Rires 

Clara : Bah oui ! check. Cette peur de l’abandon, elle est très propagée, surtout à l’heure actuelle. Je pense qu’on a eu des parents issus d’une génération pas ouf qui ne nous ont pas appris à nous aimer. 

En fait, j’avais beaucoup d’amour conditionné quand j’étais petite. Il fallait que je sois comme ci, comme ça.

Par exemple, je vais toujours vers les gens qui me font me sentir mal, parce que j’ai l’impression de devoir leur prouver que j’en vaux la peine constamment.

Les gens que je surestime : j’y vais à fond ! 

Je ne vais pas vers les personnes qui veulent de moi.

Elvire :  Et est-ce que là actuellement, il y a des gens que tu surestimes qui font partie de ton cercle proche ?

Clara : Bien sûr, c’est ça le problème. J’essaie de prendre de la distance et ça matche jamais vraiment avec eux, et c’est là où je me sens mal. C’est là où je me travestis un peu, parce que j’ai envie d’être avec eux quand même. Bref.

Elvire : Et quand tu dis que tu te travestis, c’est par exemple dans l’expression orale ? Comment ça se passe ? 

Clara : Ouais, dans le mimétisme surtout, parce que j’essaie de leur ressembler.

Mais en même temps, ça me porte défaut. Enfin bref, c’est pas honnête.

Et j’ai besoin d’honnêteté, mais en même temps, je ne sais pas trop ma vérité.

Enfin, je ne sais pas comment je suis à la base, je ne me suis pas encore trouvée.

J’ai que 21 ans, tu vois.

Je suis pleine de questions, pleine de doutes

Elvire : Et c’est normal ! C’est normal.

Clara : Je te mets un peu des tunnels.

Elvire : Non, non. Est-ce que tu as des artistes en ce moment avec qui tu rêverais de 

faire une collab ?

Clara : Je réfléchis, oui, je rêverai de travailler avec Feldup, putain ! Feldup !

Elvire : *vit dans une grotte* Qui ça ?

Clara : Feldup, c’est un YouTuber horreur qui  raconte de curieuses étrangetés, et globalement  des trucs  niche, il fait genre des threads Reddit. Il est issu d’un  monde qui me parle beaucoup, c’est très mystique, très cryptique, et c’est toujours très axé sur l’horreur, puis j’ai la sensation qu’on partage un peu le même terreaux mentale aha !

Ah oui  disons le , mon style est vachement horrifique quand même.

Il fait beaucoup de références à… Comment il s’appelle ce type là ?

Attends, je réfléchis… Tim Burton.

C’est très Tim Burtonien ce que je fais, ce que je produis. Et c’est pas un choix, c’est juste que ça vient comme ça, on me raconte souvent ça de mon style graphique. 

Du coup, ouais, je sais pas, Felldup, j’aimerais bien faire des miniatures pour ses vidéos YouTube, mais vu que je sais qu’il dessine déjà, je pense qu’il se suffit à lui-même.

Sinon, il y a Le Dolmen aussi, c’est un mec qui a fait un livre incroyable, qui s’appelle : 

« S’anormaliser », et c’est pour tous les créatifs qui veulent prendre leur indépendance

 et réussir vraiment à sortir des…

Elvire : Des sentiers battus ? 

*ça y est on est mariées depuis 20 ans on termine nos phrases*

Clara : Ouais, des sentiers battus, mais surtout des barbelés qu’on se met à soi-même. C’est pour ceux qui veulent sortir de la masse, enfin, qui veulent vraiment faire exister leur art, en fait, sans… Putain, mais en fait, il faut…Écoutez Le Dolmen, les gars.

Il est trop fort ce mec, c’est un peu mon prophète.

J’adore… En ce moment, il fait une série sur comment partir à la rencontre de son âme, mais t’sais, c’est pas du tout une une lecture judéo-chrétienne , pas du tout, c’est vraiment… C’est basé sur le monde, le soi, le phénomène 

Elvire : *boomer intervention* Tu me rediras son nom ?

Clara : Ouais, je te l’écrirais si tu veux.

Elvire : Attends je sauvegarde notre conversation… 

Suite au prochain épisode !

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PS : toutes les photos de cet article sont des dessins appartenant à la seule et unique Clara Gouablin, alias @Borxaline. Abonnez-vous à son compte Insta pour lui donner de la force, merci pour elle ⭐