Applis de rencontre, entre exaltation et désenchantement

Les temps sont durs pour les célibataires en ce moment. Comment rencontrer des gens alors que tous les lieux de socialisation sont fermés ? Les applis de rencontre voient leur nombre d’utilisateur.rice.s augmenter depuis la crise sanitaire. Voici nos conseils pour vivre cette expérience en toute sécurité et sérénité.

Méfiez-vous des apparences

La première chose qui capte l’attention sur une appli de rencontre est l’apparence physique. Vous êtes plutôt attiré.e.s par les petit.e.s brun.e.s ou les grand.e.s blond.e.s aux yeux bleux ? Très bien, c’est un critère à prendre en compte. Cependant, on peut être surpris lors du premier date : les photos mises en avant par votre crush datent peut-être d’il y a 10 ans, et la personne sur laquelle vous aviez fantasmé ne ressemble peut-être plus du tout à cela.

Un conseil pour votre profil : Sélectionnez des photos qui reflètent votre personnalité et qui soient récentes. Si vous êtes un.e rigolo.te, n’optez peut-être pas pour la photo Poker Face.

Pour autant, ce critère premier de l’apparence physique entraîne des jugements (mélioratifs, ou péjoratifs), des complexes.

D’autres critères peuvent vous aider à trouver l’élu.e qui accompagnera votre vie/nuit. Si vous êtes politisé.e, vous pouvez « filtrer » les profils en sélectionnant les personnes avec qui vous aurez une affinité sur le plan politique. Il en va de même pour les centres d’intérêt. Vous pouvez choisir une appli un peu spécialisée si vous avez des intérêts bien ciblés.

La description de votre potentiel crush est une donnée importante : elle résume en quelques mots la personnalité, les centres d’intérêt. Cette bio permet bien souvent d’interpeller votre interlocuteur. Vous en apprenez un peu plus sur la personne, vous évaluez sa maîtrise de la langue française (bocou ne save pa ékrir), c’est un élément qui peut lancer la discussion.

Tout le monde ne prend pas la peine d’écrire une bio, et en effet comment se « définir » en quelques mots ? Si c’est le cas, vous pouvez rebondir sur des éléments visibles sur les photos par exemple. Si le crush lit un livre, joue de la guitare ou mixe à une soirée, c’est autant de facteurs qui peuvent vous aider à passer le pas de la discussion et de témoigner votre intérêt.

Sur certaines applis, on peut renseigner la ville où l’on réside. Ce détail a son importance si vous matchez avec quelqu’un qui vit à l’autre bout de la France… Là encore, pas de règle, cela peut être une charmante occasion de découvrir de nouvelles contrées lors d’un prochain voyage !

En bref, les éléments du profil suggèrent à qui vous avez à faire, mais ça ne dit pas tout de la personne, et heureusement !

Le premier date, l’épreuve de réalité

Vient le moment du rendez-vous avec votre crush, c’est là que tout se joue (ou pas). Si les petits éléments que vous avez décelé à travers le profil, les photos et les échanges avec votre crush vous ont donné envie de le/la rencontrer, c’est là que vous pouvez savoir s’il y a effectivement un bon feeling.

Petit tips : Pour éviter de fantasmer des semaines sur un.e inconnu.e, il est préférable d’organiser une rencontre assez rapidement. Pour les plus stressé.e.s, vous pouvez suggérer à votre crush un premier contact par appel téléphonique ou en visio.

La rencontre c’est l’expérience de la sensorialité, c’est elle qui va dévoiler tout ce que les photos ne montrent pas : la voix, la gestuelle, la démarche, l’odeur.

Le lieu du premier date peut se révéler déterminant. Si votre crush vous donne rdv au cimetière du Père-Lachaise, il y a des chances pour qu’il soit un peu déprimé… À défaut de boire un verre ou de se faire une toile, c’est le moment de proposer un date original.

N’oubliez pas que la personne que vous rencontrez est un.e inconnu.e. Aussi choisissez un point de rencontre dans un lieu public sûr. Vous pouvez donner l’adresse du date à un proche si cela vous rassure.

Ne misez pas tout sur le premier rendez-vous, c’est avant tout un premier contact. Inutile de stresser avant le rendez-vous. Au pire la rencontre est bizarre et vous aurez des choses à raconter aux copines/copains, au mieux (et c’est la majorité des cas), vous passez un bon moment avec quelqu’un d’intéressant.

Consumérisme et désenchantement

Lorsqu’on débute sur les applis de rencontre, on est friands et curieux, on swipe les profils de manière frénétique. Non seulement l’ego est renforcé, on retrouve une certaine estime de soi, mais on en veut encore et toujours plus. Le risque c’est l’effet addictif. Ces applis sont d’ailleurs conçues pour sécréter la dopamine, molécule qui influence le plaisir, la motivation et l’addiction.

Il y a bel et et bien une logique de consommation dans la pratique de ces applications. On fait défiler des profils comme on ferait notre shopping sur un site marchand. Chacun cherche à « vendre » le meilleur de soi-même, en mettant en avant des « critères » attractifs. Inconsciemment, on en vient à catégoriser les profils si bien que les sujets qu’il y a derrière chacun d’eux se voient interchangeables. Sur des sites comme AdopteUnMec, on met les profils dans son panier, c’est pour dire !

Un match a d’ailleurs une limite de validité, sur Bumble par exemple le match expire au bout de 24h, prolongeable une fois. Il y a une logique de « offre à saisir dès maintenant » qui peut en faire reculer plus d’un.

Cette course contre la montre se retrouve dans la vraie rencontre par la suite : on veut définir vite la relation, savoir ce que l’autre « cherche », on zappe d’une personne à une autre. On prend, on jette quand l’Autre ne correspond plus à nos « attentes ». Consciemment ou non, on cherche à ne pas perdre son temps. Ce rapport au temps est lié à une logique de concurrence car les abonné.e.s sont si nombreux que cela rassure, il n’y a pas la peur du manque et de la solitude. Après quelques clics, on sait qu’on pourra toujours rencontrer quelqu’un d’autre. Cela fait abstraction des sentiments, et c’est regrettable.

La déshumanisation que cela cause s’observe dans des modes comme le ghosting : lorsque tout à coup, le crush coupe tout contact avec vous (en vous « supprimant » ), ou en faisant le mort. À moins que la personne ait été trop insistante ou n’ait pas respecté votre consentement, ce genre de comportement peut avoir des effets humiliants et blessants. Le virtuel dispense de toute explication et de responsabilité. Pour éviter ce genre de situations, on mise sur des applis progressistes prônant le respect et la bienveillance.

Nota bene : Les applications viennent en aide à ceux qui sont victimes de ghosting ou autres comportements agressifs et violents.

Derrière le virtuel, il y a bien des êtres réels et des sentiments. Il est donc préférable d’adopter une communication honnête, bienveillante et respectueuse avec sa/son potentiel.le partenaire ! Si vous n’envisagez rien de très sérieux, que vous êtes polyamoureux.se ou qu’au contraire vous ne savez pas trop où vous en êtes en ce moment, COMMUNIQUEZ !

À passer trop de temps sur ces réseaux, on peut en venir à un certain désenchantement. Pour les idéalistes de l’Amour et de la Rencontre, ce peut être une expérience fort désagréable. Lorsqu’on aime la spontanéité et les rencontres insolites, les applis de rencontre peuvent nous rebuter quelque peu. On peut se sentir blasé par cet effet de masse et de consumérisme. Pour éviter cela, n’hésitez pas à désactiver les notifications et à limiter votre temps d’activité sur ces applis. Si l’overdose va jusqu’aux personnes que vous rencontrez, c’est le moment de faire une pause ou de limiter vos rendez-vous.

Prenez votre temps, y a pas le feu au lac !

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